Guerre contre le terrorisme, gouvernance par le chaos, surveillance de masse, attentats sous faux drapeau… bienvenue dans le monde de L’effet papillon !

Pourquoi un troisième livre ?

Quand j’ai proposé mon premier manuscrit (Apocalypse orange) aux éditeurs, le reproche m’a été fait de ne pas faire suffisamment jouer l’uchronie dans mon récit, de n’en faire qu’une toile de fond. Au lieu de réécrire le texte, ce qui aurait été un exercice un peu fastidieux, j’ai préféré en produire une version alternative. Dans L’effet papillon, on retrouve le même cadre (la France soviétique de 1980), les mêmes personnages et parfois les mêmes situations. Seule la trame de l’histoire est différente.

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Comment devient-on terroriste ? Entretien à propos « du messager », le second livre des Quatre Cavaliers.

Eric Michel : Je commence par une citation extraite de ton précédent roman : « Les quatre cavaliers racontait les aventures d’Helga, Isabelle, Alexandre et Jonas, quatre jeunes de son âge, dans un monde imaginaire » (Apocalypse orange, p.117). Le lecteur comprend vite qu’il s’agit du nôtre, le monde capitaliste. Avec Le messager y sommes et avons donc entre les mains le livre que lisait Natacha au début de l’histoire. Le messager est un roman dans le roman ou c’est la suite du premier ?

Undated police hand-out of a Red Army Fraction members wanted list. Upper row L to R: Andreas Baader, Ulrike Meinhof, Gudrun Ensslin and Ronald Augustin. Below L to R: Jan-Carl Raspe, Klaus Juenschke, Ilse Stachowiak und Irmgard Mueller. The RAF announced 20 April its dissolution, in a eight-page letter to a press agency confirmed by the federal prosecutor's office but to be verified by criminal police. The letter said: "Today we end this project. The urban guerilla battle of the RAF is now history."

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Les Quatre Cavaliers, le roman de l’Apocalypse. À découvrir !

À l’occasion de la sortie de mon dernier livre, je retrouve Eric Michel pour une longue interview que je présente ici en intégralité.

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Eric Michel : Bonjour. On te connaît surtout pour tes travaux scientifiques et tes essais politiques. Pourquoi un roman ?

Nicolas Bourgoin : La fiction a été un prétexte pour développer certaines analyses de façon moins rébarbative que dans un écrit académique. Certains auteurs ont suivi cette voie, je pense notamment à Lucien Cerise avec Oliganarchy. La question de la surveillance des populations, celle du conditionnement médiatique ou encore celle de la guerre anti-subversive qui forment la matière de mon roman sont traitées de manière plus vivante et plus accessible que dans un ouvrage théorique. Et le procédé de l’uchronie permet de décentrer le regard porté sur notre société, de la redécouvrir à partir d’un point de vue différent. Lire la suite

« Guerilla » de Laurent Obertone : pourquoi un tel succès ?

Le succès éditoral de Guerilla ne faiblit pas. Parti sur les chapeaux de roues (30.000 exemplaires ont été écoulés le mois de sa sortie), le livre marche toujours aussi bien deux ans après, figurant encore dans le peloton des 1000 premières ventes sur Amazon. Comment expliquer ce phénomène ? Bien que le roman ait largement bénéficié de l’intérêt et du soutien des médias au moment de sa sortie en tout cas ceux ancrés à droite (contrairement à ce qu’affirme l’auteur) ainsi que des réseaux islamophobes ou identitaires, le buzz ne fait pas le best-seller, loin s’en faut. Invoquer ses qualités littéraires intrinsèques ? À vrai dire, elles font plutôt défaut. Au lieu du choc annoncé dans de la bande-annonce tapageuse et racoleuse dont les sulfureuses éditions Ring se sont fait une spécialité, c’est plutôt du toc qui attend le lecteur. Écrit à l’emporte-pièce, décousu et morcelé, passant d’un personnage à un autre sans unité d’ensemble, le roman se contente d’aligner avec complaisance scènes de pillages, de lynchages et de meurtres jusqu’à l’écoeurement. Et lesdits personnages ne brillent pas par leur finesse. Les portraits prétendument sociologiques (le journaliste bobo, le militaire en retraite, l’antifa, le militant identitaire,…) sont grossiers et caricaturaux, sans nuances. Tout est artificiel, outrancier, invraisemblable jusqu’au nom du Président de la République (franchement, qui oserait s’appeler Jacques Chalarose ?).

Alors quoi ? Pour expliquer ses ventes, Laurent Obertone invoque souvent ses positions à contre-courant des médias officiels. Mais est-ce vraiment le cas ? Et si au contraire Guerilla devait son succès à sa parfaite conformité à l’air du temps ?

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L’avenir radieux, une histoire des années 90.

Pourquoi ce nouveau roman ?

C’est la suite du précédent qui entendait résumer l’histoire des années 80 au moyen d’une fiction. Ici, le procédé est le même : saisir « l’esprit » de la décennie et en faire le ressort d’une intrigue.

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Que retiens-tu des années 90 ?

Le thème-clé est évidemment le mythe de « la fin de l’Histoire » qui s’est imposé dans le sillage post-soviétique. L’effondrement du bloc communiste a permis aux classes dominantes et à leurs élites politiques, à grands renforts de « Livre noir du communisme« , d’asseoir le régime capitaliste comme seul horizon possible pour l’humanité. Dans ce sens, la décennie 90 prolonge le mouvement réactionnaire des années 80 (les « années-fric ») en l’aggravant. Mais comme le souligne François Cusset dans son livre, cet épisode régressif se clôt momentanément au milieu des années 90 avec le réveil des luttes sociales. Il y a là une vraie coupure qui montre que cette décennie est loin d’être homogène comme ont pu l’être les années 80.

Comment qualifies-tu la seconde période ? Peut-on encore parler de lutte de classes ?

Si on se réfère au marxisme, ces luttes sont davantage petites-bourgeoises qu’ouvrières : en décembre 1995, c’étaient surtout les agents de la fonction publique qui étaient dans la rue. De même, le zapatisme ou l’altermondialisme né au mitan de la décennie 90 sont le fait d’intellectuels qui ne raisonnent plus dans les catégories du matérialisme historique. Le mouvement ATTAC né à cette époque combat le néolibéralisme, non le capitalisme dont il cherche seulement à atténuer les rigueurs, comme si le mouvement social avait repris à son compte les thèses de Fukuyama.

Les années 90 sont-elles vraiment identifiables ?

Objectivement oui, en tout cas si l’on s’en tient au bornage temporel évoqué par François Cusset qui les fait démarrer après la chute du mur de Berlin et s’achever avec les attentats du 11 septembre. Suivra alors la montée en force d’un nouveau paradigme néoconservateur et belliciste. Mais les choses ne sont pas aussi simples : la régression politique des années 90 était déjà en filigrane dix ans plus tôt avec les trahisons de la gauche en France ou le thatchérisme outre-manche, et les prémices de la « guerre contre le terrorisme » de la décennie suivante sont déjà là : n’oublions pas que l’Amérique de Clinton bombardait allègrement l’Irak et que Chirac nouvellement élu faisait voter ses premières lois antiterroristes. Si on doit mettre un nom sur cette décennie, ça ne peut être qu’un concept idéologique. C’est ce qui a motivé mon choix pour celui de « la fin de l’Histoire ».

Deux mots sur le suivant ?

Il sera consacré aux années 70. Je remontrai donc le temps pour respecter la limite que je me suis fixée : celle du XXème siècle.

 

Pour aller plus loin

Voir une interview filmée sur ce livre

Le commander

Les années 80 ou le Grand Bond en arrière

Eric Michel : Pourquoi un livre sur les années 80 ?

Nicolas Bourgoin : C’est à cette période que tout ce que nous connaissons aujourd’hui se met en place : le néoconservatisme de Reagan et Thatcher, la russophobie (on se souvient de la campagne hystérique contre les JO de Moscou), les politiques sécuritaires, la conversion de la gauche au libéralisme économique, l’implantation durable du Front National dans le paysage politique français, l’émergence de la question identitaire en lieu et place de la question sociale avec le lancement de SOS Racisme… Les années 80 ferment la période ouverte par mai 68, celle de la contestation sociale et de l’esprit critique.

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Question identitaire contre question sociale : à propos de « Soleil Noir »

Eric Michel : Ton dernier roman s’intitule « Soleil Noir ». Pourquoi avoir choisi ce titre ?

Nicolas Bourgoin : Le Soleil Noir est un cocktail d’amphétamines consommé par les militaires de l’OTAN sur les théâtres de guerre moyen-orientaux (Afghanistan, Syrie, Irak, Yemen, etc.). Ses effets sont à la fois immédiats et spectaculaires : démultiplication de la force physique, des fonctions motrices et de l’agressivité, insensibilité à la douleur et à la pitié. De quoi transformer n’importe qui en machine à tuer. Officiellement proscrit sur le territoire français, il fait l’objet de trafics et arrivent dans les mains d’identitaires qui vont semer la terreur dans Paris.

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Surveiller et punir – L’ère de la pénalité prédictive, par Lucien Cerise.

Le dernier livre de Nicolas Bourgoin s’inscrit dans la continuité de ses travaux sur le contrôle social, notamment son ouvrage de 2013, La révolution sécuritaire (1976-2012). Cette révolution sécuritaire qui transforme la criminologie et les politiques pénales depuis une quarantaine d’années se radicalise avec l’irruption de la méthode prédictive au milieu de la décennie 2000. L’un des symboles en est le repérage des enfants « à risque » dès l’école maternelle, lancé sous le mandat présidentiel de Nicolas Sarkozy, mais il s’agit plus largement d’une vraie lame de fond technoscientifique propulsée par les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC), qui nous entraîne vers le transhumanisme et l’abolition cybernétique de la différence entre « sujets » et « objets », tous connectés et communicants au moyen de puces électroniques, implantées sous la peau ou remplaçant les code-barres. Nicolas Bourgoin montre que les changements en cours touchent non seulement le contrôle social en général – prévenir au lieu de guérir – mais encore la nature même des rapports sociaux en favorisant la montée en puissance de la suspicion généralisée et de la surveillance de masse – anticiper suppose de connaître.

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Loi anti-« fake news » : comment l’État va contrôler l’information

La vérité est enjeu de lutte. Cet aphorisme prend toute sa portée à l’heure où le Président Macron annonce une nouvelle loi liberticide dont l’enjeu est rien de moins que le contrôle de l’information sous couvert de lutte contre les « fake news ». Les sites accusés de propager de « fausses informations » pourront être ainsi fermés sur simple décision administrative. Dans le viseur de l’exécutif : les journaux russes Russian Today et Sputnik que le Président avait déjà accusés de « se comporter comme des organes de propagande mensongère ».

Ce projet a provoqué une levée de boucliers dans les différents groupes parlementaires, de FI au Front National en passant par Les Républicains, d’autant plus légitimement que la loi de 1881 sur la liberté de la presse permet déjà de sanctionner la diffusion de « fausses nouvelles ». Marine Le Pen, notamment, s’est interrogée sur Twitter : « Contrôle de la parole libre sur internet, judiciarisation supplémentaire de la société : la France est-elle toujours une démocratie si elle musèle ses citoyens ? ». Bruno Retailleau de LR, a pour sa part  rappelé que seuls les régimes autoritaires prétendent au contrôle de la vérité. Jean-Luc Mélenchon, enfin, se demande qui va décider qu’une information est vraie ou fausse. Question évidemment cruciale même si on connaît déjà la réponse…

L’énergie déployée par l’exécutif pour soutenir la désinformation étatique et réduire l’accès à une information alternative montre, si besoin était, que les mots (comme supports des idées) sont des armes dans les rapports politiques entre dominants et dominés. Aux mains des élites mondialistes, ils servent à la fabrication du consentement et prêchent la résignation en présentant la politique actuelle comme la seule praticable. Aux mains des dominés, ils sont un outil de réinformation active et une force émancipatrice.

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« Société de vigilance » : demain, tous suspects ?

« La société de vigilance » est le nom donné par Emmanuel Macron à la nouvelle doctrine de sécurité publique pour les années à venir. Le passage de l’état d’urgence dans le droit commun n’aura donc été qu’une étape d’un processus visant à mettre la société française sous surveillance et à promouvoir un état de suspicion généralisée. La prochaine sera la mise sur pied de la « Police de Sécurité du Quotidien » qui servira d’accélérateur à une politique sécuritaire prédictive.

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