Surveiller et punir – L’ère de la pénalité prédictive, par Lucien Cerise.

Le dernier livre de Nicolas Bourgoin s’inscrit dans la continuité de ses travaux sur le contrôle social, notamment son ouvrage de 2013, La révolution sécuritaire (1976-2012). Cette révolution sécuritaire qui transforme la criminologie et les politiques pénales depuis une quarantaine d’années se radicalise avec l’irruption de la méthode prédictive au milieu de la décennie 2000. L’un des symboles en est le repérage des enfants « à risque » dès l’école maternelle, lancé sous le mandat présidentiel de Nicolas Sarkozy, mais il s’agit plus largement d’une vraie lame de fond technoscientifique propulsée par les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC), qui nous entraîne vers le transhumanisme et l’abolition cybernétique de la différence entre « sujets » et « objets », tous connectés et communicants au moyen de puces électroniques, implantées sous la peau ou remplaçant les code-barres. Nicolas Bourgoin montre que les changements en cours touchent non seulement le contrôle social en général – prévenir au lieu de guérir – mais encore la nature même des rapports sociaux en favorisant la montée en puissance de la suspicion généralisée et de la surveillance de masse – anticiper suppose de connaître.

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Loi anti-« fake news » : comment l’État va contrôler l’information

La vérité est enjeu de lutte. Cet aphorisme prend toute sa portée à l’heure où le Président Macron annonce une nouvelle loi liberticide dont l’enjeu est rien de moins que le contrôle de l’information sous couvert de lutte contre les « fake news ». Les sites accusés de propager de « fausses informations » pourront être ainsi fermés sur simple décision administrative. Dans le viseur de l’exécutif : les journaux russes Russian Today et Sputnik que le Président avait déjà accusés de « se comporter comme des organes de propagande mensongère ».

Ce projet a provoqué une levée de boucliers dans les différents groupes parlementaires, de FI au Front National en passant par Les Républicains, d’autant plus légitimement que la loi de 1881 sur la liberté de la presse permet déjà de sanctionner la diffusion de « fausses nouvelles ». Marine Le Pen, notamment, s’est interrogée sur Twitter : « Contrôle de la parole libre sur internet, judiciarisation supplémentaire de la société : la France est-elle toujours une démocratie si elle musèle ses citoyens ? ». Bruno Retailleau de LR, a pour sa part  rappelé que seuls les régimes autoritaires prétendent au contrôle de la vérité. Jean-Luc Mélenchon, enfin, se demande qui va décider qu’une information est vraie ou fausse. Question évidemment cruciale même si on connaît déjà la réponse…

L’énergie déployée par l’exécutif pour soutenir la désinformation étatique et réduire l’accès à une information alternative montre, si besoin était, que les mots (comme supports des idées) sont des armes dans les rapports politiques entre dominants et dominés. Aux mains des élites mondialistes, ils servent à la fabrication du consentement et prêchent la résignation en présentant la politique actuelle comme la seule praticable. Aux mains des dominés, ils sont un outil de réinformation active et une force émancipatrice.

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