La France interdite, de Laurent Obertone : tromperies sur l’immigration et embrouille idéologique.

Posté sur une plage de Normandie, Laurent Obertone fixe l’horizon, le visage grave. Un mauvais vent s’est levé, des nuages noirs ternissent le ciel. La bande-son anxiogène annonce un drame imminent… Un débarquement de réfugiés ? Une tempête migratoire ? Comme un présage de cette menace, une vague plus forte que les autres lui recouvre les pieds… Il se recule et se met en marche d’un pas lourd, les gestes décomposés par le ralenti.

Dans ce clip chichiteux et racoleur dont la maison d’édition Ring s’est fait une spécialité, Laurent Obertone nous explique qu’il « est temps de regarder les choses en face », « de nous poser les bonnes questions », de reprendre en main notre destin confisqué par les élites médiatico-politiques pour le rendre à la démocratie ». En clair : d’en finir avec les tabous sur l’immigration de masse pour lever le voile sur cette réalité. Et il y a urgence, s’agissant du « seul et unique sujet important, crucial, vital pour notre pays et pour les peuples européens ». Fichtre ! L’immigration, plus grave que le changement climatique ? Les tensions géopolitiques ? Les crises financières ? Les risques sanitaires ? Oui, car nous dit Laurent Obertone, elle renferme à elle seule tous les autres problèmes. L’heure est donc grave mais fort heureusement, il est possible d’y voir plus clair à condition de s’intéresser aux faits, rien qu’aux faits. Intention louable… Mais si les faits sont têtus, ils peuvent être passablement déformés. Démonstration faite avec ce nouvel opus qui cumule erreurs grossières, approximations et manipulations chiffrées.

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La thèse de la France Interdite tient en trois phrases : notre pays, et plus globalement l’Europe, sont victimes d’une immigration incontrôlée menaçant le devenir des « français de souche » ou des « natifs ». Cette invasion a lieu avec la complicité active des élites politiques et médiatiques qui travestissent et minimisent la portée du problème. Soumis au conditionnement médiatique (longuement analysé dans La France Big Brother), les populations blanches seraient condamnées à subir cette dépossession identitaire, ce lent génocide ethnico-culturel sans pouvoir réagir…

Fantasme ou réalité ? La loi du silence étouffe-t-elle l’information sur l’immigration ? Un bref examen de la presse mainstream nous rassure aussitôt : la question migratoire est bien traitée par les médias, et sans modération. Il suffit par exemple d’ouvrir le journal « Valeurs actuelles » (et même souvent l’ouvrir n’est pas nécessaire, un simple coup d’oeil sur la couverture suffit amplement). Un artiste connu parle « d’invasion passive » à propos des réfugiés ? La presse hexagonale s’en fait aussitôt l’écho. Et que dire de l’étrange complaisance dont semble bénéficier Eric Zemmour dont on ne compte plus les dérapages ? A-t-on affaire vraiment à une « invasion ? Le terme convient-il au regard des chiffres ? Pour le démontrer, Laurent Obertone s’attelle à mesurer « le Grand Remplacement »… mais force est de constater qu’il échoue à le faire de manière convaincante.

Mesurer l’invasion

Par bonheur, les statistiques relatives à l’immigration en France existent. Par malheur, elles tendent à infirmer la thèse de Laurent Obertone : la proportion des allogènes en France est remarquablement stable. Entre 1975 et 2015, le taux d’immigrés n’a que très modestement augmenté (de 7,4 % à 9,3 %) et le pourcentage d’étrangers est resté quasiment stable : de 6,5 à 6,7, de même que le solde migratoire qui oscille positivement entre 50.000 et 100.000 depuis 40 ans. Ces chiffres pourraient clore le débat mais, pour Laurent Obertone, tous les migrants ne se valent pas. Les uns, issus de l’immigration européenne ou eurasienne se fondent aisément dans la masse tandis que les autres, venant d’autres continents, ont la particularité de ne pas pouvoir s’intégrer (tout comme l’huile et le vinaigre qui ne se mélangent pas quand on agite la bouteille (p.364)). Mais même en acceptant ce postulat, il n’y a pas péril en la demeure. Il est vrai que le printemps arabe et les guerres menées par la France en Lybie et ailleurs ont eu pour effet indirect de faire monter cette immigration extra-européenne mais dans des proportions somme toute raisonnables : de 200.000 en 2011 à 250.000 en 2017, sans compter les retours. Les demandes d’asile ont, certes quasiment doublé en 15 ans pour franchir la barre symbolique des 100.000 mais les admissions n’ont pas explosé : on en compte 43.000 en 2017 contre 13.000 40 ans plus tôt. Rien dans ces chiffres, que n’importe qui peut aisément consulter, n’indique un Grand remplacement.

Mais pour Laurent Obertone, ces « minorités visibles » ne sont décidément pas assimilables car leur extranéité a la particularité de se transmettre de génération en génération. Ni les naturalisations, ni le droit du sol, ni aucun principe d’intégration ne peut en venir à bout pour en faire des citoyens comme les autres. Ce parti-pris lui permet d’affirmer qu’aujourd’hui « près d’un habitant de l’Hexagone sur cinq est visiblement issu de la diversité » (p.25). Cette proportion est six fois plus élevée qu’en 1970, ce qui n’est guère étonnant du fait des nombreuses vagues d’immigration s’étant produit depuis surtout quand on considère qu’on ne peut que rentrer dans cette catégorie et non en sortir.

On l’aura compris, tout le reste de la démonstration de Laurent Obertone repose sur ce tour de passe-passe : cliver les citoyens français en « natifs » et « membres des diversités visibles » en faisant de ces derniers et de leurs descendants des allogènes définitifs au mépris des lois qui gouvernement l’acquisition de la nationalité française. Fait aggravant, selon l’auteur qui reprend une étude controversée d’Hughes Lagrange, les familles subsahariennes sont souvent polygames et seraient nettement plus fécondes que les couples natifs. Affirmation à relativiser. Dans les faits, la France étant assimilationniste, cet écart n’existe généralement que pour la génération des arrivants : la fécondité des descendantes d’immigrés est proche de celle de la population majoritaire, en lien avec leur acculturation et leur conversion identitaire (les personnes de la seconde génération se sentent très majoritairement françaises). De façon plus large, la fécondité de ces couples étant en moyenne trois plus élevée que celle des natifs, près d’un tiers des naissances sur le territoire français est issu de l’immigration extra-européenne. Les naissances des parents « français de souche » ont en effet tendance à diminuer depuis le pic historique de l’an 2000 mais plutôt modestement (d’environ 10 %) et reste actuellement proche du seuil de remplacement des générations (contrairement à ce que suggère le graphique présenté page 37 dont l’échelle des ordonnées a été soigneusement choisie pour faire croire à un effondrement de la fécondité). Inversement, nous dit l’auteur, les « natifs » étant plus vieux, ils sont plus nombreux à décéder. En compilant toutes ces données, on arrive sans surprise à des projections alarmistes à l’horizon 2040 montrant un phénomène de vase communicant : toujours moins de « français de souche », toujours plus de faux français « issus de la diversité visible » et ça ne risque pas de s’arranger car comme disait Pierre Desproges, il y a de plus en plus d’étrangers dans le monde…  Grand remplacement ? L’auteur n’hésite pas à répondre oui sans hésiter, affirmant que la « majorité autochtone » sera « une minorité sur ces terres, au milieu de ce siècle » (p.43), oubliant au passage que ces descendants d’immigrés sont au moins administrativement aussi français que les autres et que la plupart parviennent tant bien que mal à s’intégrer.

Etrangers de l’intérieur

Dès lors, la démonstration de Laurent Obertone ne tient qu’avec ce postulat : les migrants extra-européens et leurs descendants ne sont pas des gens comme nous, ils ont des particularités génétiques qui les rendent inassimilables et sont un obstacle insurmontable au « vivre-ensemble » que les élites politiques et médiatiques voudraient imposer aux « français de souche » contre leurs intérêts et leur volonté. Sur-représentés parmi les chômeurs et les bénéficiaires des aides sociales (p.68), davantage auteurs de crimes et de délits (p.86, 141, 235 et 253; aucune statistique ethnique n’existant en France, l’auteur s’appuie sur une étude de Pierre Tournier vieille de 20 ans, une vague référence aux faits divers de la « presse locale », à son livre La France orange mécanique et à des corrélations écologiques dont le caractère fallacieux a déjà été démontré), les immigrés de la « diversité visible » auraient une compétence moindre du fait d’un Quotient Intellectuel moyen plus faible que celui des natifs et leurs enfants seraient moins performants à l’école pour cette même raison. Les statistiques pour le montrer faisant encore une fois défaut, Laurent Obertone s’appuie sur les enquêtes nationales PISA (p.256) ainsi que sur des enquêtes étrangères parfois anciennes sur le lien entre nationalité d’origine et quotient intellectuel (p.323). La conclusion s’impose selon lui : les populations allogènes (« diversités visibles ») tirent la France et plus généralement l’Europe vers le bas en faisait baisser le QI moyen, la réussite scolaire et la compétitivité économique (p.324). Et ça ne risque pas non plus de s’arranger puisque l’intelligence serait « très fortement héréditaire » (p.325) et que les personnes incultes ou « socialement moins compétentes » ont plus d’enfants que les autres (p.326). Une question demeure toutefois : la baisse du QI que l’auteur situe à partir des années 1990 est beaucoup plus récente que l’immigration… pourquoi alors n’a-t-il pas baissé plus tôt ? L’hypothèse des perturbateurs endocriniens que l’auteur balaie d’un revers de main semble beaucoup plus solide.

Contre les lieux communs, il faut rappeler que près de la moitié des migrants à Calais appartiennent à des classes sociales supérieures dans leur pays d’origine et 20% à des classes moyennes. Le voyage coûte cher, plus de 5000 dollars pour simplement traverser la méditerranée, ce qui sélectionne les candidats à l’exil. « Il y a une règle : ce ne sont jamais les plus pauvres qui migrent », souligne Pierre Henry, directeur de l’association France Terre d’Asile à « l’Obs ». « Pour la plupart, ce sont des gens qui ont eu accès à l’éducation et la culture dans leurs pays d’origine. C’est même souvent l’éducation qui les pousse à tenter leur chance pour un meilleur avenir. » Se pose aussi la question de la discrimination à l’égard des populations de couleur que Laurent Obertone évoque pour l’écarter aussitôt : les asiatiques, bien que tout aussi discriminés que les noirs et les arabes, réussissent mieux que ces derniers (p.267). Sauf que, reconnaît l’auteur, si la communauté asiatique a été ostracisée, c’est surtout « dans le passé »… Certaines enquêtes montrent exactement le contraire : les immigrés non-européens se sentent majoritairement français à partir de la seconde génération… mais se sentent tout aussi majoritairement perçus comme étrangers.

Partant de ce constat pour le moins fragile (les Noirs et les Arabes ont des compétences inférieures à celles des Blancs) bricolé avec des données peu fiables et hétérogènes, l’auteur justifie leur discrimination de fait : « si nous ne sommes pas égaux, en aptitude comme en volonté, nous n’avons aucune raison de viser et encore moins d’obtenir les mêmes revenus, les mêmes prestiges, les mêmes gratifications. L’inégalité est un fait, l’égalité est un rêve » (p.317). Il va même jusqu’à affirmer que leur exclusion sociale devrait être encore plus forte compte tenu de leurs faibles compétences (p.290). Pourquoi donc ne l’est-elle pas ? À cause de la discrimination positive qui défavoriserait les Blancs, la peur des employeurs ou des bailleurs d’être taxés de racistes et sans doute une vague culpabilité d’anciens colonisateurs soigneusement entretenue par les medias. Cette sélection « contre nature » (p.313) stigmatisant les autochtones serait, selon lui, la manifestation d’un « racisme anti-blanc ». Faut-il rappeler une nouvelle fois que ce mythe propagé par la droite est un non-sens sociologique ? Le racisme est une violence symbolique exercée par des dominants à l’encontre de dominés. Agressivité, ressentiment ou animosité oui, racisme non. Mais il est vrai que Laurent Obertone ne croit pas aux réalités sociales…

Le gène de la pauvreté.

De façon plus générale, comme dans son précédent opus La France Big Brother, Laurent Obertone prend systématiquement le contrepied des analyses sociologiques en substituant un hypothétique déterminisme génétique aux déterminismes sociaux. Conséquence de ce parti-pris, les données empiriques dont il abreuve le lecteur (on trouve plus de 60 pages de références !) sont souvent sorties de leur contexte social, culturel et historique et s’en trouvent de fait fragilisées. « Tout groupe vivant veut protéger son homogénéité. Toute différence est perçue comme une menace. Cette défiance réciproque, norme plus qu’exception, est le prix de la préservation des espèces. » Cette assertion empruntée à Konrad Lorenz permet à l’auteur d’affirmer que le multiculturalisme est un crime contre l’humanité (p.161). S’applique-t-elle à toutes les sociétés humaines ? On peut évidemment en douter. Même motif même punition page 315 («Comme tous les êtres humains, et comme tous les animaux, nous naissons avec l’ambition de créer une inégalité favorable à notre personne »). L’homme n’est-il pas (au moins en partie) un être social, façonné par une société ? Plus loin (p.332), l’auteur cite le professeur Tatu Vanhanen (« les difficultés intellectuelles sont le facteur le plus significatif pour expliquer la pauvreté ») mais sans montrer le mécanisme qui lie ces deux variables. En revanche, le rapport entre QI et réussite sociale évoqué peu après (p.337) se comprend si l’on considère que ce test mesure en réalité la capacité d’adhésion aux normes culturelles dominantes. On peut enfin citer cette perle : « la peur du métissage, qu’il soit racial ou culturel, serait un banal mécanisme de conservation » (p.364). Pas un mot pour expliquer pourquoi certains sont plus téméraires que d’autres…

Plus grave, certaines assertions sont partiellement ou totalement inexactes. Ainsi, il est vrai que le nombre d’accidents du travail diminue en France mais seulement chez les hommes (p.197), notre taux d’incarcération n’est pas « un des plus bas de l’Europe occidentale » (p.221) mais se situe plutôt dans la moyenne haute (il a quasiment triplé en 40 ans), les hommes des pays subsahariens n’ont pas « en moyenne 6 à 13 enfants » (p.93) mais un peu plus de 4 selon les dernières estimations de 2017 (INED). D’autres sont non sourcées, et pour cause : comment affirmer que la population extra-européenne et non eurasienne résidant en France a été multipliée par 200 en 40 ans (p.12) alors que les statistiques ethniques font défaut pour le montrer ? D’autres encore incomplètes : l’évaluation du « coût » de l’immigration (p.133 et suivantes) est uniquement à charge et présente des inexactitudes : les migrants ne touchent pas d’argent de poche, pour percevoir une allocation (famille ou logement) ou prétendre au RSA il faut être réfugié statutaire et avoir obtenu un permis de séjour de dix ans, l’attribution d’une AME n’est pas systématique mais très restrictive, etc. Et Quid de ce qu’elle rapporte à la France ? Question subsidiaire : combien leur ont coûté les guerres impérialistes menées par l’Occident en Lybie, en Afghanistan ou au Mali ?

« La frontière qui traverse l’Europe aujourd’hui est celle qui sépare les progressistes des nationalistes » (Emmanuel Macron).

En définitive, ce livre en dit autant sinon plus par sa réception que par son contenu explicite. Il y a ne serait-ce que 20 ans, sa diffusion aurait été confidentielle, cantonnée à des réseaux militants. Aujourd’hui, il s’affiche dans les cinq premières ventes sur Amazon juste derrière Destin Français , le dernier livre d’Eric Zemmour encensé par de nombreux médias. Cette mise en cause de l’immigration, symptôme d’un malaise identitaire, est répandue beaucoup de pays européens comme le montrent de nombreuses enquêtes. Entre temps, il y a eu la révolution (néo)conservatrice sur fond de « guerre contre le terrorisme » et les nombreuses lois contre le port du voile. Pendant qu’on montre du doigt l’Islam, on lamine l’esprit critique dans l’enseignement scolaire et on fait disparaître l’histoire de l’immigration des programmes de lycée. L’islamophobie monte en flèche, la parole raciste se libère un peu partout et ce livre, quoi qu’en dise l’auteur, en sera un formidable accélérateur. Du pain béni pour le système de domination en permettant à ses représentants politiques (Merkel, Macron et les autres) de se poser en « remparts contre le fascisme » et de réduire le débat à une opposition de façade entre libéraux-progressistes-mondialistes et populistes-nationalistes. Attali contre Zemmour. Dans ce clivage taillé sur mesure pour les dominants, c’est bien la question sociale qu’on étouffe sous la question identitaire.

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Question identitaire contre question sociale : à propos de « Soleil Noir »

Eric Michel : Ton dernier roman s’intitule « Soleil Noir ». Pourquoi avoir choisi ce titre ?

Nicolas Bourgoin : Le Soleil Noir est un cocktail d’amphétamines consommé par les militaires de l’OTAN sur les théâtres de guerre moyen-orientaux (Afghanistan, Syrie, Irak, Yemen, etc.). Ses effets sont à la fois immédiats et spectaculaires : démultiplication de la force physique, des fonctions motrices et de l’agressivité, insensibilité à la douleur et à la pitié. De quoi transformer n’importe qui en machine à tuer. Officiellement proscrit sur le territoire français, il fait l’objet de trafics et arrivent dans les mains d’identitaires qui vont semer la terreur dans Paris.

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Racisme, sexisme… et burkini (par Caroline Andréani)

Militante communiste, féministe et antiraciste, l’affaire du burkini – qui dans un premier temps m’avait abasourdie tellement elle suintait la manipulation politique grossière – me laisse aujourd’hui une impression glaçante.
Que quelques dizaines de femmes, à l’échelle d’un pays de 65 millions d’habitants, choisissent d’aller à la plage avec un vêtement qui leur couvre le corps, voilà de quoi créer une polémique nationale ! Dans les années 60-70, la polémique portait sur les femmes seins nus sur les plages. À cinquante ans de distance, quelques maires, Les Républicains comme socialistes, désignent à la vindicte populaire des femmes dont le crime est de vouloir profiter des plages sans s’exposer.

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La question identitaire, nouvelle imposture socialiste (par Bruno Guigue).

Stratège néo-vichyste d’un PS en putréfaction, Manuel Valls nous avait prévenus. L’élection présidentielle de 2017, disait-il, se jouera sur la « question identitaire ». Qui s’en souvient ? Personne, mais les faits parlent d’eux-mêmes. Sur le plan économique et social, celui où se déroule la vie quotidienne des Français, la gauche de gouvernement a trahi toutes ses promesses de campagne. Elle s’est vautrée dans la compromission avec cette oligarchie financière contre laquelle elle vitupérait pour épater la galerie lors des meetings électoraux. On a dit que le « Cartel des gauches » (1924) s’était fracassé sur le « mur d’argent ». Avec François Hollande, aucun risque : le mur d’argent, il s’est contenté de le repeindre. Des cadeaux fiscaux au patronat (contre de vagues promesses) à la capitulation en rase campagne devant le diktat néo-libéral (Loi-travail), M. Hollande aura laissé dans notre histoire une empreinte molle et visqueuse comme sa politique. Avec son air ahuri, il sera passé maître dans le seul exercice où il excelle : suivre le courant dominant. Autosatisfait compulsif, il aura porté à l’absolu la sujétion du pouvoir politique aux puissances d’argent.

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Guerre à l’Islam !

La psychose anti-burkini a au moins un mérite : démontrer par l’absurde la stratégie du pouvoir visant à attiser les communautarismes. Diviser les classes populaires en désignant un bouc émissaire est toujours une recette utile à l’heure où  la France comme le reste de la zone euro est plus que menacée par la récession économique. Parallèlement au front géopolitique (guerre militarisée contre la Syrie) et au front national (lois discriminatoires anti-musulmans), un troisième front s’est même ouvert : celui des municipalités qui légifèrent contre le burkini présentée comme une menace pour la sécurité (!), l’arrêté pris en Corse semblant faire boule de neige. Et les deux derniers fronts ont fusionné, Manuel Valls ayant apporté son soutien aux maires qui veulent chasser des plages de France le burkini (et les musulmanes qui le portent par la même occasion), en affirmant que cette tenue  était la traduction vestimentaire d’un projet politique dangereux. Emboîtant ainsi le pas à la ministre du droit des femmes, Laurence Rossignol, en guerre contre la mode pudique permettant aux femmes musulmanes de se vêtir conformément à leurs valeurs. Les mêmes arguments faisant toujours recette, Manuel Valls a enfoncé le clou en assimilant burkini et asservissement de la femme.

Pourquoi autant de haine ? Réactiver la fiction d’une communauté nationale par la discrimination d’un groupe mis au ban de la société rejoint évidemment le discours de la droite dure qui fantasme sur les racines chrétiennes de la France. Il valide aussi la thèse du choc des civilisations chère à l’extrême-droite sioniste. Mais attiser la haine des Français dits de souche contre les musulmans répond peut-être à un projet moins avouable : pousser à bout les musulmans et voir se multiplier les agressions insensées et imprévisibles visant les quidams à l’image de ce qui s’est passé à Nice. Avec un bénéfice de taille pour le pouvoir : justifier une guerre militarisée contre la Syrie et pourquoi pas demain contre l’Iran, serrer encore le verrou sécuritaire avec de nouvelles lois liberticides et en prime faire grimper le Front National pour tenter de faire barrage à la droite en 2017.

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En 1972, le sociologue Stanley Cohen théorisait ainsi le concept de « panique morale » : la « panique morale » est une réaction à un danger imaginaire ou amplifié. Elle surgit quand « une condition, un événement, une personne ou un groupe de personnes est montré (par les élites, la presse ou le peuple) comme une menace pour les valeurs et les intérêts d’une société ». Elle met en présence deux acteurs majeurs : les « chefs moraux » (moral entrepreneurs) initiateurs de la dénonciation et les « démons populaires » ou « boucs émissaires » (folk devils), personnes ou groupes de personnes désignés à la vindicte collective. Souvent liée à des controverses, elle est alimentée par une couverture médiatique intense qui en donne souvent une image stéréotypée ou grossie et qui contribue à la faire exister en tant que problème digne d’attention… et de préoccupation. L’origine immédiate est souvent un « fait divers » qui suscite l’effroi, provoque l’indignation collective au nom de la norme dominante et pointe un bouc émissaire individuel ou collectif. L’événement est non seulement amplifié par les medias mais encore présenté comme annonciateur de répliques ou symptôme d’une tendance générale. Cette campagne donne le champ libre aux entrepreneurs de morale qui se saisissent de cette opportunité et contribuent ainsi à produire un nouvel agencement politique. Partant d’un événement parfois exceptionnel qui sert de « fenêtre d’opportunité », ce que Stanley Cohen appelle la « déviance initiale » (initial deviance), « la panique morale peut produire des changements dans les lois, les politiques publiques ou même dans la manière dont la société se conçoit ».

Dans les années 1960, les bandes de jeunes effrayaient le bourgeois, aujourd’hui c’est la femme en burkini qui effraie la nudiste mais la mécanique est évidemment la même. Avec une différence de taille, lié à l’enjeu même de la discrimination. Il s’agit ici de chasser progressivement les musulmans des espaces publics sous couvert de défense de la laïcité (à géométrie variable) en leur donnant un statut discriminé. Depuis le début des années 2000 et le tournant initié par la « nouvelle laïcité » sur fond de guerre contre le terrorisme, les lois anti-musulmanes s’enchaînent à un rythme qui ne faiblit pas. Jusqu’à quand ?

Comment les élites ont fabriqué le « problème salafiste »

Bis repetita placent. Invité à clôturer la journée de conférences et de débats sur «l’islamisme et la récupération populiste en Europe», organisée par le forum «Le Sursaut», Manuel Valls a, une énième fois, considéré que le voile « n’était pas un objet de mode mais un asservissement de la femme ». Cette déclaration fait écho aux propos racistes de la ministre des droits des femmes assimilant les femmes qui choisissaient de porter le voile « aux nègres américains qui étaient pour l’esclavage. » On peut bien sûr voir dans cette ostracisation la dernière carte d’une équipe gouvernementale en déroute. La stratégie du bouc émissaire ou du diviser pour mieux régner et toujours rentable dans les périodes de crise pour dédouaner les vrais responsables (qui ne sont évidemment pas musulmans…). Mais cette haine anti-Islam rejoint un projet politique plus vaste : lever les derniers obstacles qui s’opposent encore à la mise en place d’un capitalisme globalisé.

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Islamophobie en hausse : l’effet Charlie ?

Les djihadistes et leurs commanditaires ont d’ores et déjà atteint l’un de leurs objectifs : monter une partie des Français contre les autres. Jugés collectivement responsables des attentats de janvier et de novembre par tout un pan de la classe politique et des médias sous contrôle, les musulmans sont la cible d’agressions physiques ou verbales en nombre croissant. Le constat que nous faisions il y a exactement un an garde toute son actualité : la haine anti-Islam ne fait que progresser dans notre pays et elle a été particulièrement virulente pendant le premier semestre et à la fin de l’année 2015, en particulier au moment des manifestations de soutien aux victimes de Charlie Hebdo et du Bataclan. Elle est plus largement le résultat de politiques discriminatoires faisant des musulmans des citoyens de seconde zone : pénalisation du port de signes religieux, contrôles policiers au faciès, discrimination à l’embauche. Les musulmans sont aujourd’hui de vrais parias et cette situation ne semble pas gêner l’exécutif qui ne ménage pas sa peine pour les stigmatiser toujours plus sous couvert de défense de la laïcité. Comme le rappelle Raphaël Lioger, l’islamophobie est soutenue et même encouragée par l’État qui cherche à tirer profit du choc des civilisations. La question que nous posions il y a un an garde aussi son actualité : à qui donc profite le crime ?

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