2008, une brève histoire de la crise

Eric Michel : le mot « histoire » est à prendre dans quel sens ?

Nicolas Bourgoin : dans les deux qu’il peut avoir. 2008 est d’abord une fiction classique, une rencontre fortuite entre des personnages qui n’ont pas grand-chose en commun, sur fond de crise des subprimes. C’est un roman social. Mais j’ai aussi voulu faire une histoire de cette crise en prenant les péripéties du récit comme un révélateur de tensions économiques qui affectent la vie de chacun. Comment l’irruption d’une catastrophe économique peut changer les comportements et les destins des individus ? De façon variable, évidemment, car nous ne sommes pas tous égaux pour nous battre face à la crise : certains la subissent de plein fouet, d’autres y échappent, d’autres même en tirent profit.

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EM : 2008 s’inscrit dans ta série des livres politiques ?

NB : oui. Il s’agit là encore de me servir de la fiction pour faire passer un message ou une analyse. Plutôt que de faire une étude générale et forcément rébarbative sur la crise de subprimes, l’enjeu a été de montrer comment ce cataclysme peut être vécu par les gens, comment aussi il est le produit de changements profonds. J’aurais pu sous-titrer mon roman « une histoire des années 2000 » tant tout est lié : l’élection de George Bush, l’effondrement des fonds de pension, l’éclatement de la bulle Internet, les attentats du 11 septembre, les guerres de l’Empire américain au Moyen-Orient, le passage à l’euro, le bourbier irakien, la montée du mouvement djihadiste et la vague d’attentats en Occident, le marasme économique… la faillite de la banque d’investissement Lehman Brothers qui marque officiellement le début de la crise des subprimes n’est elle-même que la conclusion d’événements antérieurs.

EM : au premier rang de ceux qui s’en sortent, il y a les agences de recouvrement bancaire…

NB : oui, et plus généralement tous les organismes qui vivent du crédit, notamment les banques qui ont réalisé à cette occasion des profits pharamineux tout en se faisant renflouer par les Etats. Mais encore une fois, c’est une donnée abstraite qui ne prend vraiment son sens que lorsqu’elle s’incarne. Aurélie, qui travaille au crédit d’une agence bancaire, engrange les primes, Seb, le jeune trader, profite de la chute des cours boursiers pour « faire ses soldes », Selim en revanche, coincé dans sa banlieue de relégation, ne trouve plus de travail car les agences d’intérim sont généralement les premières victimes du ralentissement économique. Le malheur des uns fait les bonheur des autres et inversement, et c’est dans cet aphorisme que va venir se nicher la tension dramatique qui parcourt le récit.

EM : L’idée serait au fond de donner un visage aux victimes de l’horreur économique?

NB : Oui mais pas seulement, elle est aussi de faire se rencontrer des personnes qui évoluent dans des mondes relativement clos et étanches. Que se passe-t-il lorsqu’un agent de recouvrement, une « petite main de la finance » comme dira Seb, se retrouve face à sa victime ? C’est une situation inhabituelle car ces choses-là se règlent généralement de manière impersonnelle, où les « clients » sont réduits à des dossiers que l’on traite informatiquement.

EM : Ton roman a des aspects très réalistes…

NB : J’ai fait un travail documentaire pour analyser le monde des traders, la manière dont ils travaillent, leur emploi du temps, leurs stratégies en période de gros temps. Pour ce qui est fes agents de recouvrement, je me suis appuyé sur la grande enquête qu’a menée Thomas Morel dans Les enchaînés... où l’on découvre d’ailleurs que les bourreaux sont eux-mêmes victimes inconscientes d’une mécanique qui les asservit. C’est aussi ce paradoxe que j’ai voulu reproduire dans mon récit : les individus ne sont finalement que des pions sur l’échiquier de la finance. Selim, le jeune de Bobigny qui s’essaie avec bonheur à la rédaction de nouvelles, aura une image : quand il écrit, c’est « comme si son esprit se mettait à planer au-dessus de son quartier pour observer tout en bas les gens s’agiter comme des insectes ». C’est exactement ça, et ces gens sont tous manipulés plus ou moins directement par les princes qui nous gouvernent.

EM : Il y a aussi l’idée que l’amour peut gripper cette belle mécanique…

NB : Le facteur humain, l’impondérable, peut en effet déjouer le cours du destin. 2008 est dans ce sens un roman « noir et rose ».

 

Voir une interview filmée à propos de 2008.

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