Liberté d’expression à l’Université : chronique d’une mort annoncée

Les exemples de censure dans le monde universitaire se multiplient. Le dernier en date : l’édiction d’une note par l’université de Strasbourg à l’intention de l’ensemble des personnels, dont les enseignants, leur annonçant que désormais toute expression publique devra au préalable être annoncée à la direction. Mais les réactions ne se sont pas fait attendre et l’établissement a du reculer.

Lire la suite

Publicités

Vive le communisme ! Interview à propos des « Couloirs du temps »

Eric Michel : En 2022, dans un monde dominé par les Soviétiques après une Troisième Guerre mondiale, les services de renseignements français ont éradiqué le terrorisme contre-révolutionnaire grâce à l’Éclair Argenté, une pilule qui permet de revenir dans le passé pour arrêter les activistes avant qu’ils n’agissent. Cette drogue tombe aux mains du camp des vaincus (Corée du Sud) qui l’utilise pour remonter dans le temps et tenter d’infléchir le cours de la Seconde Guerre mondiale au profit des forces de l’Axe (Allemagne, Italie et Japon). Une course de vitesse s’engage entre les deux camps…

À partir de là, tu envisages trois scénarios : 1) les forces Alliées gagnent la Seconde Guerre mondiale puis le bloc communiste sort victorieux d’une Troisième Guerre mondiale, 2) La Russie Soviétique gagne la Seconde Guerre mondiale contre le camp impérialiste (Alliés et forces de l’Axe) 3) Les forces de l’Axe soutenues par les Alliés gagnent la Seconde Guerre mondiale contre la Russie soviétique. On aboutit à chaque fois à des situations radicalement différentes. C’est une manière d’enfoncer le clou à propos des analyses historiques qui mettent sur le même plan fascisme et communisme, comme celles du Livre noir ?

Lire la suite

État d’urgence dans le droit commun : l’exception devient la règle.

L’état d’urgence est un dispositif d’exception visant à réduire les libertés publiques fondamentales, notamment celles de réunion et de manifestation. Réactivé après les attentats du 13 novembre 2015, il est censé en théorie répondre à la menace terroriste. Dans les faits, il s’applique à ce qu’on appelle les « troubles à l’ordre public » : depuis sa dernière mise en oeuvre, il a permis d’interdire des centaines de manifestations, notamment les mobilisations contre la loi travail, d’ordonner des interdictions individuelles de manifester (près d’un millier), de réaliser des milliers de perquisitions administratives et des centaines d’assignations à résidence hors de tout cadre judiciaire dont seules une extrême minorité ont donné lieu à des mises en examen pour des faits associés au terrorisme. Pas de djihadistes, donc, mais des militants écologistes, des restaurateurs, des personnes figurant comme « mis en cause » dans le Traitement des Antécédents Judiciaires (qui regroupe près d’un Français sur cinq…), des fidèles d’une mosquée, des maraîchers bio ou de simples manifestants dont l’indocilité pouvait perturber la bonne marche de l’exercice du pouvoir, notamment lors de la tenue de la COP21 ou du passage en force de la loi travail. Amnesty International note à propos de l’état d’urgence dans l’un de ses rapports : « des stratégies de maintien de l’ordre sont mises en place qui impactent fortement des droits fondamentaux dans l’objectif de prévenir des risques qui pourraient avoir lieu, sans aucune preuve concrète et solide que des événements dangereux pour la nation vont en effet arriver et que la seule solution pour y faire face est la restriction d’un ou de plusieurs droits fondamentaux ».

Hasard de calendrier ? Le gouvernement va normaliser ce dispositif d’exception alors même qu’il s’apprête à réformer le droit du travail par ordonnances dans un sens très défavorable au salarié…

xvmcbe66cb6-8c7f-11e5-a72d-5a82671dcda4

Lire la suite

Présidence Macron : réaction et répression !

 

L’élection d’Emmanuel Macron, dernier rempart contre le fascisme ? On peut en douter au vu des éléments de son programme thatchérien dont la mise en oeuvre aggravera le sort de l’immense majorité de la population. Paupérisation, guerre et répression au service du capital financier sont les éléments essentiels de la politique qu’il entend mettre en oeuvre.

  • Impérialisme : En plus de ces mesures et du projet de lancer une « guerre de l’information », Emmanuel Macron développe une vision agressive de l’impérialisme – toujours bien sûr sous prétexte de « guerre contre le terrorisme ».Son programme cite explicitement l’Afrique, la Méditerranée et le Proche-Orient comme zones d’intervention. La présence de la France dans ses colonies comme la Guyane sera aussi renforcée. Un service militaire obligatoire d’un mois sera rétabli, la « garde nationale » gagnera en importance, l’opération Sentinelle sera maintenue, un centre de commandement des opérations à l’intérieur du pays sera mis en place… Et pour tout ça, il prévoit d’augmenter le budget de la défense à 2% du PIB. Bref, renforcement de la dynamique contre-révolutionnaire préventive, militarisation, marche vers la guerre.

  • Droit du travail et cadeaux à la bourgeoisie : Emmanuel Macron défend une « super loi Travail » où les accords d’entreprise primeraient systématiquement sur les accords de branche, et qui serait défavorable en tous points aux salariés. La seule chose qu’il ne veut pas déréguler, ce sont les indemnités prud’hommales : pas question que les entreprises en tort paient trop d’indemnités aux personnes lésées, ces indemnités seront donc plafonnées. On pourra également perde son chômage après un refus de deux offres d’emploi, même si celles-ci sont minables ! Et, bien sûr, toutes ces lois seront passées durant l’été par décret présidentiel pour ne même plus avoir à faire semblant de passer par un processus démocratique.

    Suppression de l’ISF, coupes dans le code du travail, plus de droits pour les directions d’entreprises… Le programme d’Emmanuel Macron a été soutenu par le MEDEF pour des raisons évidentes. Pour nous par contre, c’est le bâton : départ à la retraite retardé, précarisation du travail, vision managériale de la société, affaiblissement du « dialogue social ». Les mesures pour lutter contre la pauvreté font rire jaune, comme la proposition de numériser les documents des personnes vivant à la rue. Il ne leur restera plus qu’à trouver un smartphone !

  • Police : 10 000 policiers et gendarmes seront recrutés, la police pourra interdire des zones à un individu, lui mettre immédiatement des contraventions pour des faits mineurs (possession de drogues illicites…), sera plus lourdement équipée… De plus, un centre du renseignement sous contrôle présidentiel sera mis en place pour surveiller la population. Rassurant.

  • Justice : Suppression de l’appel suspensif. En gros, si vous êtes innocents mais que la justice vous a condamné, vous allez en tôle et vous ferez appel derrière les barreaux ! Idem pour les aménagements de peine : vous pensiez prendre des TIG ? Non, ce sera la prison ferme : plus d’aménagements de peine en dessous de 2 ans. D’où la construction de 15000 nouvelles places de prison, et le recrutement massif de matons.

  • Etat d’urgence : Ayant constaté l’intérêt de l’état d’urgence pour briser les mobilisations sociales, Emmanuel Macron a déclaré que seuls les services de renseignement pouvaient juger d’en sortir. En gros, l’état d’urgence deviendra la norme, en matière de sécurité, de réformes, d’information, bref, de contrôle de la population.

  • Vision d’ensemble : Ce que propose Emmanuel Macron, c’est une société de l’état d’urgence permanent, militarisée, où les prolétaires doivent vivre dans la précarité permanente. Pour cacher ce cauchemar digne de Thatcher, l’accent est mis sur les nouvelles technologies (notamment la numérisation des procédures ou l’emploi de drones) et sur des incitatifs visant à s’assurer le soutien des classes moyennes éduquées. Quand on se rappelle des promesses de François Hollande, et qu’on les compare au bilan désastreux du dernier quinquennat pour notre classe, on ne peut que s’inquiéter d’un programme aussi ouvertement agressif.

Source : Reconstruction communiste

Libertés publiques : Macron dans les pas de Valls.

Moins d’État signifie en réalité moins d’État social et plus d’État répressif, le programme (très) libéral d’Emmanuel Macron se charge de nous le rappeler. Partisan d’une dérégulation accrue de l’économie avec une nouvelle loi travail encore plus destructrice que la précédente pour les droits des salariés, il prévoit de nombreuses mesures destinées à renforcer l’arsenal répressif et la surveillance des citoyens : nouveaux pouvoirs donnés à la police (dont les effectifs seront fortement augmentés dans un contexte de suppression massive de fonctionnaires), agrandissement du parc pénitentiaire, durcissement de la cybersurveillance, alourdissement des sanctions contre les fraudes, effort accru en faveur de la défense nationale, priorité donnée à la lutte antiterroriste avec la mise sur pied d’une task-force de renseignement… Le projet sécuritaire d’Emmanuel Macron se borne en réalité à confirmer la politique menée pendant cinq ans par Manuel Valls.

Lire la suite

« Un Vent nouveau », une brève histoire de la France soviétique. Interview avec Eric Michel

Qu’est-ce que le Vent Nouveau ?

C’est le nom d’une campagne de libéralisation politique lancée par l’État soviétique qui gouverne la France depuis la fin de la Troisième guerre mondiale. On est à nouveau dans l’uchronie comme dans le livre 1 et 3. Là il s’agit du 5. C’est une réforme pour promouvoir un socialisme à visage humain, qui ressemble en gros à celle menée par Alexander Dubcek en Tchéchoslovaquie dans les années 1960. L’enjeu est de redonner du pouvoir aux organes démocratiques que sont les conseils ouvriers ( ce qu’on appelle les « Soviets ») tout en limitant l’influence du Parti sur la vie politique et sociale.

Éric Michel : Les personnages en quelques mots ?

Nicolas Bourgoin : Les deux principaux personnages sont ceux de la trilogie : François, jeune étudiant en médecine plutôt faible et introverti et sa compagne Natacha, très belle, très brillante, qui est interrogatrice-mentaliste au Centre Beria. J’ai voulu approfondir davantage leurs rapports aussi bien dans ce qu’ils paraissent être que dans leurs contradictions internes. L’épreuve que va traverser François va le révéler à lui-même, le transformer en activant des parties latentes de sa personnalité. Il va s’apercevoir notamment qu’il est capable de tuer de sang-froid… Ces changements vont avoir un effet dans ses relations avec Natacha et aussi dans ce qu’on perçoit d’elle. Elle semble très lisse au début, sûre d’elle avec un caractère affirmé, en fait l’antithèse de François et finalement on va s’apercevoir qu’elle est minée par des fractures internes et qu’elle est finalement assez fragile et vulnérable. Ce roman a donc été est une occasion de travailler son personnage qui n’existe vraiment que dans le livre 1. Dans le 2 elle fait une courte apparition, dans le 3 elle est hors champ et dans le 4 elle apparaît sous une autre identité. Ici elle a une vraie place où elle peut déployer sa forte personnalité dans une relation à la fois passionnée et tumultueuse.

EM : Sans tout résumer peux-tu nous parler de l’intrigue ?

NB : François se réveille un beau matin de mai 1984 avec une cassette vidéo scotchée sur la poitrine. Elle contient un message qu’il s’est envoyé depuis le futur (trois semaines plus tard) l’avertissant d’un attentat contre les bureaux administratifs du Parti. Et dans cet attentat, Natacha trouvera la mort. Dans la vidéo, il se donne des instructions pour éviter que le drame ne se produise mais il se rend compte qu’en les suivant, il contribue à reproduire le cours funeste des événements… Il va donc devoir faire sa propre enquête pour démêler les fils de l’intrigue, une enquête chaotique avec une grosse surprise au bout !

EM : Il y a beaucoup de luttes intestines au sein du Parti…

NB : La campagne du Vent nouveau est vue d’un mauvais œil par les apparatchiks qui profitent à fond du système et cherchent à mettre en échec l’élan réformateur pour le maintenir en l’état sans rien changer. Si la société se démocratise trop, le peuple risque de leur demander des comptes. Du coup, certains cadres du parti qui prônent une ligne dure sont accusés par d’autres de commanditer des attentats sous faux drapeau afin d’encourager une politique répressive. La bonne vieille stratégie de la tension… François, qui intègre une organisation de défense du socialisme et infiltre un groupe de terroristes radicaux (suivant ainsi les instructions qu’il s’est données), se posera très vite des questions : Certains de ses collègues ne seraient pas des agents doubles ? Les terroristes ne seraient-ils pas des agents du Parti ? Comment distinguer les uns des autres ? Les choses qui semblaient claires au début deviennent rapidement confuses…

EM : Quelques mots sur l’Éclair argenté ?

NB : Les lecteurs des Quatre cavaliers le connaissent. Il s’agit d’une pilule qui permet de voyager dans le temps. Dans Un vent nouveau, elle est utilisée par les agents des services de renseignement pour remonter dans le passé et arrêter les auteurs d’actes terroristes avant même qu’ils ne passent à l’acte. Une version radicale de Minority Report… C’est justement grâce à cette pilule que François a pu s’envoyer son message et va tenter de sauver Natacha. Mais il va aussi apprendre à ses dépens qu’on peut en faire un usage malintentionné…

EM : Pourquoi tu situes l’action en 1984 ?

NB : C’est un clin d’oeil au livre d’Orwell qui se passe exactement au même moment (printemps 1984). J’ai même fait apparaître Big Brother dans une courte scène, quand François va voir sa copine qui travaille au Centre Beria (page 52 du roman). Mais le rapprochement s’arrête là. La France soviétique que je décris n’est pas vraiment dystopique, elle correspond en gros à la réalité politique des pays de l’Est : très sociale par certains côtés (plein emploi, peu d’écarts de salaires, grande place donnée à la culture, éducation et médecine gratuites, etc.) et répressive par d’autres, avec une surveillance étroite de la dissidence (en raison notamment du contexte géopolitique lié à la guerre froide). Mais les choses peuvent toujours évoluer favorablement comme j’ai essayé de le montrer dans le roman. Quand la situation économique du pays s’améliore (ce qui est le cas), il y a plus de « grain à moudre », moins de tensions sociales et les gens acceptent davantage la situation qui leur est faite. La répression politique perd alors une partie de sa raison d’être et la société se libéralise. Notre vision du communisme est en fait une vision occidentale qui fige dans un temps sans histoire la situation politique des démocraties populaires. Or, tout comme les pays capitalistes, c’étaient des pays travaillés par des contradictions, par des tensions sociales qui pouvaient les faire bouger comme on a pu le voir avec le printemps de Prague. Comme le disait Lénine, la lutte des classes continue sous le socialisme !

EM : Les femmes que tu décris sont plutôt délurées…

NB : L’homme nouveau socialiste peut-être aussi une femme ! Sous le communisme comme sous le capitalisme, la société façonne l’individu. Dans les pays communistes, la femme avait beaucoup plus de droits (avortement, contraception, divorce, droit de vote, égalité salariale, etc.), ce qui a un effet inévitable dans les rapports de couple, plus égalitaires que dans les pays capitalistes. Il est compréhensible qu’elle ait alors une sexualité plus affirmée, plus entreprenante ou active, voire dominatrice. C’est en tout cas, l’hypothèse qui a guidé mon récit.

EM : Il y aura une suite ?

NB : Oui, elle est même déjà écrite. À l’origine, Un vent nouveau était la première partie d’un livre qui en comptait trois. Mais le manuscrit était trop long et, en raison des contraintes éditoriales, il a été coupé en deux. La suite, donc le livre 6, sera publiée sous le titre « Les couloirs du temps » et pourra d’ailleurs se lire indépendamment du précédent.

Eric Michel, romancier humaniste et engagé, est l’auteur de deux romans qui ont rencontré un vif succès critique : Algérie ! Algérie ! et Pacifique.

Pour aller plus loin :

Voir la présentation du roman et le commander sur le site de l’éditeur.

Voir la bande-annonce du roman.

Sécurité : le programme très vallsiste d’Emmanuel Macron

Moins d’État signifie en réalité moins d’État social et plus d’État répressif, le programme (très) libéral d’Emmanuel Macron se charge de nous le rappeler. Partisan d’une dérégulation accrue de l’économie avec une nouvelle loi travail encore plus destructrice que la précédente pour les droits des salariés, il prévoit de nombreuses mesures destinées à renforcer l’arsenal répressif et la surveillance des citoyens : nouveaux pouvoirs donnés à la police (dont les effectifs seront fortement augmentés dans un contexte de suppression massive de fonctionnaires), agrandissement du parc pénitentiaire, durcissement de la cybersurveillance, alourdissement des sanctions contre les fraudes, effort accru en faveur de la défense nationale, priorité donnée à la lutte antiterroriste avec la mise sur pied d’une task-force de renseignement… Le projet sécuritaire d’Emmanuel Macron se borne en réalité à confirmer la politique menée pendant cinq ans par Manuel Valls.

Lire la suite