Moins de liberté pour moins de sécurité : le triste bilan de Valls-Cazeneuve

Qui eut cru que la France de 2015 offrirait un tel tableau : plus d’une centaine de procédures pour « apologie de terrorisme », des dizaines de personnes – dont des enfants et des individus handicapés mentaux ou simplement en état d’ébriété – condamnés à de la prison ferme en comparution immédiate. Rappels à l’ordre, surveillance, délation, arrestations et garde à vue pour avoir eu le seul tort d’exprimer une opinion dissidente. Cette hystérie collective rappelle étrangement la chasse aux quenelliers de l’année passée où plusieurs centaines de personnes avaient perdu leur emploi.

Jamais aucun gouvernement n’aura contribué à ce point à faire reculer les libertés publiques : 2 lois antiterroristes en moins de 3 ans, dont l’une qui instaure un délit d’opinion inédit dans le droit pénal français, une jurisprudence qui lamine le droit à l’expression publique et artistique, une loi de programmation militaire qui légalise la surveillance d’Internet… les verrous protecteurs de la vie privée des citoyens sautent les uns après les autres. Les réseaux sociaux sont une cible privilégiée du zèle intrusif de l’État qui a hissé  la France au rang de championne du monde de la censure de tweets en 2014.  Quant à Facebook, il doit faire face à une demande d’informations de la part du gouvernement en hausse exponentielle (plus 45 % en un an), plaçant notre pays au quatrième rang mondial des plus grands demandeurs (après les Etats-Unis, l’Inde et l’Allemagne).

L’utilité de cette surenchère sécuritaire ? vraisemblablement nulle, aucune des personnes inquiétées n’ayant selon toute vraisemblance la moindre intention de commettre un quelconque attentat. Pas plus que la promulgation de la dernière loi antiterroriste – sans doute la plus liberticide jamais votée – n’a pu prévenir la fusillade de Charlie Hebdo, cette chasse aux sorcières ne fera diminuer le risque d’attentat.

Cette absurdité est représentative de la politique suivie par le ministère de l’Intérieur : entièrement mobilisé sur le front d’un risque qui fait moins de 10 victimes par an, il tourne le dos à la lutte contre l’insécurité réelle qui concerne des centaines de milliers de personnes. Dès lors, on ne s’étonnera pas que les chiffres de la délinquance soient chaque année plus mauvais. Nous l’avions constaté en 2013 et  2014 ne fait pas exception. Lire la suite

Chasse aux sorcières et hystérie antiterroriste.

La liberté d’expression vit sans doute ses dernières heures. Comme on pouvait le craindre, le gouvernement a récupéré sans vergogne l’émotion collective suscitée par la fusillade de Charlie Hebdo pour mettre en place un véritable régime d’exception comparable au Patriot Act étasunien. Ce tour de vis sécuritaire survient dans un contexte déjà marqué par de nombreuses atteintes aux libertés publiques avec la dissolution de mouvements nationalistes, la jurisprudence Dieudonné et deux lois antiterroristes.

Cette véritable chasse aux sorcières a d’ores et déjà fait de nombreuses victimes en particulier parmi les enfants. Nous publions ci-après une série de témoignages édifiants qui en disent long sur l’état actuel des libertés. Lire la suite

La Nouvelle Laïcité, machine de guerre contre l’Islam

Sale temps pour la République… Multiplication des atteintes contre les musulmans et leurs lieux de culte, nouvelles mesures de surveillance et de flicage d’Internet et des réseaux sociaux sur fond de « guerre contre le terrorisme » : la mascarade du 11 janvier, en affichant un front uni contre l’islamisme, a lancé les hostilités en préparant l’opinion aux serrages de vis sécuritaires et liberticides ainsi qu’à toutes les aventures militaires. Et il ne faut pas grand chose pour la convaincre, l’attentat contre Charlie Hebdo survenant dans un contexte déjà marqué par une hausse de l’islamophobie en France et dans toute l’Europe. Les manifestations contre l’Islam ne cessent de prendre de l’ampleur et certains journalistes ou responsables politiques n’hésitent plus à mettre l’Islam directement en cause dans les problèmes économiques et sociaux qui touchent la France.

Leitmotiv des discours discriminatoires anti-musulmans, la « laïcité » est le fer de lance de ces croisades des temps modernes. L’Islam est considéré comme une religion conquérante et en expansion continue, et dénoncé comme une menace directe pour les « valeurs de la République ». Pourquoi cette soudaine préoccupation qui marque une rupture avec la politique de tolérance dont ont bénéficié les populations immigrées ou issues de l’immigration pendant plusieurs décennies ? La présence des musulmans en France ne date pas d’hier mais n’a été perçue comme une menace pour la neutralité religieuse qu’à partir du début des années 2000, précisément à l’époque du lancement de la « guerre contre le terrorisme ». La défense actuelle de la laïcité, agressive et discriminatoire, servirait-elle d’autres objectifs que le maintien de la neutralité religieuse de l’État ? Si l’on peut répondre sans hésiter par l’affirmative, reste à savoir lesquels… Lire la suite

« La France Big Brother », le nouvel enfumage idéologique de Laurent Obertone

On ne présente plus Laurent Obertone (un pseudonyme), journaliste, écrivain et essayiste-polémiste, tant le succès de son précédent opus, la France Orange Mécanique a été impressionnant. Pas moins de 200.000 lecteurs, longtemps premier au classement Amazon des essais d’actualité, une diffusion importante grâce au premier distributeur de France, des relais médiatiques prestigieux. Il constitue le premier volet d’une trilogie dont « La France Big Brother » à nouveau préfacé par Xavier Raufer, vieux routier de l’extrême droite anticommuniste, est le second (la sortie du troisième est d’ores et déjà prévue pour janvier 2017). Et s’il est un reproche que l’on ne peut faire à l’auteur c’est bien celui de l’inconstance : ce dernier livre s’inscrit dans la continuité du précédent en véhiculant autant de préjugés identitaires et déclinistes. Dans sa droite ligne, si l’on peut dire. Muni de la même rhétorique de l’anti-politiquement correct, l’auteur prétend détricoter la pensée dominante forcément « de gauche » et progressiste. La France Big Brother à contre-courant ? pas si sûr… Lire la suite

« La République contre les libertés » (entretien avec Eric Michel)

Eric Michel est l’auteur de deux romans « Algérie ! Algérie ! » et « Pacifique » qui ont rencontré un vif succès critique. Humaniste et engagé, sensible à la cause des peuples colonisés ou opprimés par l’impéralisme, Eric Michel est lecteur de mes travaux depuis quelques années. A l’occasion de la sortie de mon dernier livre, « La République contre les libertés », il s’est prêté au jeu d’un entretien amical au sujet de questions qui parcourent ce travail : la conversion libérale de la gauche, l’instrumentalisation de la laïcité, l’obsession antiterroriste, la censure de l’expression publique, entre autres. Cet entretien est présenté ci-après.

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Caroline Fourest ou l’obsession anti-Islam

On ne présente plus Caroline Fourest, défenseure infatigable de la laïcité, du droit des femmes et des homosexuels. Pendant un temps responsable du Centre gay et lesbien de Paris, fondatrice de la revue féministe ProChoix, ancienne collaboratrice du Monde et de Charlie Hebdo, elle pratique l’omniprésence médiatique, dénonçant inlassablement l’intégrisme dans les conférences et sur les plateaux de télévision où elle est régulièrement invitée. La constance de son  engagement lui a valu en 2005 d’être lauréate avec sa compagne Fiammetta Venner du prix national de la laïcité remis par le Comité Laïcité République, les récompensant « pour leurs actions contre tous les fondamentalismes religieux et leurs avatars liberticides, ainsi que pour leur engagement face à l’extrême-droite».

Mais, comme bien souvent, le noble combat pour la « laïcité » (à géométrie variable) et la « défense du droit des femmes » (surtout voilées) est là pour dissimuler un projet nettement moins glorieux… Lire la suite

Le gouvernement va instaurer un régime de surveillance renforcée

La tragédie de Charlie Hebdo est une véritable aubaine pour l’exécutif. Union nationale (et même internationale) affichée – avec à la clé une probable remontée dans les sondages –, coup d’accélérateur donné aux interventions militaires de la France au Moyen-Orient, tensions intercommunautaires et agressions répétées contre des musulmans ou contre leurs lieux de culte  renforçant le pouvoir par effet de division et, last but not least, alourdissement à venir de l’arsenal antiterroriste qui va encore laminer un peu plus ce qu’il reste de libertés publiques. L’histoire récente montre que les événements dramatiques comme les attentats sont propices à toutes les régressions sécuritaires. Et pour ce qui est de serrer la vis et de renforcer le système de domination, la classe politique n’est jamais à court d’imagination. La députée UMP Valérie Pécresse propose même de s’inspirer du Patriot Act étasunien ! Rappelons que cette loi votée dans la foulée des attentats du WTC avait renforcé les pouvoirs des agences gouvernementales américaines, légalisé les écoutes téléphoniques, la surveillance des e-mails, des dossiers médicaux, des transactions bancaires, créé un statut juridique de « combattant ennemi » ou « combattant illégal » autorisant les Etats-Unis à arrêter et inculper sans limite des personnes suspectées de terrorisme et à incarcérer sans procès de détenus sur la base américaine de Guantanamo. Nous sommes encore loin de ce régime législatif mais les propositions de l’exécutif vont clairement dans cette direction en banalisant la surveillance des citoyens.  Lire la suite

Après Charlie Hebdo, l’éternel retour de l’ennemi intérieur

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Le scénario est bien rodé. Des violences commises par des déséquilibrés immédiatement qualifiés de « terroristes » ou de « djihadistes » par le gouvernement, une réaction politico-médiatique entre élans compassionnels, bons sentiments et appels à la « fermeté républicaine » contre la « barbarie », rassemblements en hommage aux victimes… et un tour de vis sécuritaire. La fusillade de Charlie Hebdo, en raison de la gravité de l’attaque, a sur tous ces points atteint des sommets inédits. Minutes de silence, drapeaux en berne, journées de deuil national, manifestations de solidarité émaillées de « dérapages » anti-Islam, grande marche républicaine symbolisant l’union sacrée des politiques contre « la barbarie et le terrorisme » et à laquelle s’est associée la totalité des partis du système et des organisations de l’antiracisme institutionnel, slogans de soutien omniprésents, déclarations martiales des responsables politiques en dépit des zones d’ombre qui brouillent cette nouvelle affaire, à l’image de celles des attentats du 11 septembre. Le parallèle a d’ailleurs été fait, notamment par Plantu qui l’a qualifié de « 11 septembre de la pensée libre » mais probablement sans penser à cette dimension des événements… ou par d’autres non sans arrière-pensée belliciste. Il faut dire que les activistes ont visé là un des centres névralgiques du système de domination médiatique : Charlie Hebdo, passé du scato-gauchisme au néoconservatisme bon teint, s’est fait une spécialité dans la discrimination antimusulmane sous couvert de « liberté d’expression » (pourtant à géométrie bien variable par les temps qui courent) avec la bénédiction des élites politiques qui n’ont jamais ménagé leurs efforts pour le soutenir, en particulier au moment du procès des caricatures. Et pour cause… Les colonnes du journal accueillent régulièrement la fine fleur de l’atlantisme dans sa version la plus dure, notamment des journalistes de la mouvance néoconservatrice du Cercle de l’Oratoire : Caroline Fourest, qu’on ne présente plus, Robert Misrahi, Mohamed Sifaoui (lire ici l’article du site ANTINEOCONS). Le journal s’est notamment ilustré en publiant un « manifeste des 12 », dénoncé à juste titre par la Ligue des Droits de l’Homme, sous-titré « ensemble contre le nouveau totalitarisme » qui n’est rien de moins qu’une déclaration de guerre contre la menace islamique assimilée à la barbarie et au totalitarisme : « Après avoir vaincu le fascisme, le nazisme, et le stalinisme, le monde fait face à une nouvelle menace globale de type totalitaire : l’islamisme ». On a déjà vu analyse plus nuancée… Lire la suite

Montée de la haine anti-Islam : à qui profite le crime ?

On observe depuis une dizaine d’années une montée de l’islamophobie en France et plus généralement dans les pays occidentaux. Selon Raphaël Lioger, la  « grande bifurcation » (à partir de laquelle l’islamisation est posée par les responsables politiques comme un problème majeur) a lieu en France en 2003, année de l’intervention américaine en Irak. C’est à cette période que naissent l’ensemble des associations anti-islamisation comme l’Observatoire de l’islamisation, le Bloc Identitaire, Riposte Laïque ou encore Ni Putes Ni Soumises. C’est aussi en 2003 que François Baroin rendra, à la demande du Premier Ministre de l’époque, Jean-Pierre Raffarin, un rapport dans lequel il propose une nouvelle conception de la laïcité. Il conduira  au vote de la première loi anti-voile en mars 2004. Elle sera suivie par d’autres qui contribueront à exclure les manifestations visibles de la religion musulmane d’un nombre croissant de lieux publics.

La fabrication médiatique du « problème musulman » – érigé en « problème de civilisation » par Alain Finkielkraut – favorise une libération de la parole raciste et une stigmatisation des musulmans et de leurs pratiques religieuses avec la bénédiction des journalistes du système. Le battage médiatique autour du dernier roman de Michel Houellebecq ouvertement islamophobe, la complaisance des médias vis-à-vis des dérapages d’Alain Finkielkraut, l’islamophobie déclarée de certains journalistes , l’hostilité rencontrée par un mouvement qui prône la réconciliation avec les populations issues de l’immigration post-coloniale montrent que la classe politico-médiatique dans sa majorité encourage le rejet des musulmans. On peut être surpris de cette tolérance vis-à-vis d’opinions discriminatoires et parfois même racistes surtout au regard de la censure qui frappe impitoyablement les critiques, même mesurées, de la politique israélienne. Deux poids, deux mesures ? Si l’ostracisation de l’Islam ne fait aucun doute, reste à en connaître les raisons. Dès lors, la question devient : quels bénéfices le système en place peut-il en tirer ? Lire la suite