« Guerilla » de Laurent Obertone : pourquoi un tel succès ?

Le succès éditoral de Guerilla ne faiblit pas. Parti sur les chapeaux de roues (30.000 exemplaires ont été écoulés le mois de sa sortie), le livre marche toujours aussi bien deux ans après, figurant encore dans le peloton des 1000 premières ventes sur Amazon. Comment expliquer ce phénomène ? Bien que le roman ait largement bénéficié de l’intérêt et du soutien des médias au moment de sa sortie en tout cas ceux ancrés à droite (contrairement à ce qu’affirme l’auteur) ainsi que des réseaux islamophobes ou identitaires, le buzz ne fait pas le best-seller, loin s’en faut. Invoquer ses qualités littéraires intrinsèques ? À vrai dire, elles font plutôt défaut. Au lieu du choc annoncé dans de la bande-annonce tapageuse et racoleuse dont les sulfureuses éditions Ring se sont fait une spécialité, c’est plutôt du toc qui attend le lecteur. Écrit à l’emporte-pièce, décousu et morcelé, passant d’un personnage à un autre sans unité d’ensemble, le roman se contente d’aligner avec complaisance scènes de pillages, de lynchages et de meurtres jusqu’à l’écoeurement. Et lesdits personnages ne brillent pas par leur finesse. Les portraits prétendument sociologiques (le journaliste bobo, le militaire en retraite, l’antifa, le militant identitaire,…) sont grossiers et caricaturaux, sans nuances. Tout est artificiel, outrancier, invraisemblable jusqu’au nom du Président de la République (franchement, qui oserait s’appeler Jacques Chalarose ?).

Alors quoi ? Pour expliquer ses ventes, Laurent Obertone invoque souvent ses positions à contre-courant des médias officiels. Mais est-ce vraiment le cas ? Et si au contraire Guerilla devait son succès à sa parfaite conformité à l’air du temps ?

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L’avenir radieux, une histoire des années 90.

Pourquoi ce nouveau roman ?

C’est la suite du précédent qui entendait résumer l’histoire des années 80 au moyen d’une fiction. Ici, le procédé est le même : saisir « l’esprit » de la décennie et en faire le ressort d’une intrigue.

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Que retiens-tu des années 90 ?

Le thème-clé est évidemment le mythe de « la fin de l’Histoire » qui s’est imposé dans le sillage post-soviétique. L’effondrement du bloc communiste a permis aux classes dominantes et à leurs élites politiques, à grands renforts de « Livre noir du communisme« , d’asseoir le régime capitaliste comme seul horizon possible pour l’humanité. Dans ce sens, la décennie 90 prolonge le mouvement réactionnaire des années 80 (les « années-fric ») en l’aggravant. Mais comme le souligne François Cusset dans son livre, cet épisode régressif se clôt momentanément au milieu des années 90 avec le réveil des luttes sociales. Il y a là une vraie coupure qui montre que cette décennie est loin d’être homogène comme ont pu l’être les années 80.

Comment qualifies-tu la seconde période ? Peut-on encore parler de lutte de classes ?

Si on se réfère au marxisme, ces luttes sont davantage petites-bourgeoises qu’ouvrières : en décembre 1995, c’étaient surtout les agents de la fonction publique qui étaient dans la rue. De même, le zapatisme ou l’altermondialisme né au mitan de la décennie 90 sont le fait d’intellectuels qui ne raisonnent plus dans les catégories du matérialisme historique. Le mouvement ATTAC né à cette époque combat le néolibéralisme, non le capitalisme dont il cherche seulement à atténuer les rigueurs, comme si le mouvement social avait repris à son compte les thèses de Fukuyama.

Les années 90 sont-elles vraiment identifiables ?

Objectivement oui, en tout cas si l’on s’en tient au bornage temporel évoqué par François Cusset qui les fait démarrer après la chute du mur de Berlin et s’achever avec les attentats du 11 septembre. Suivra alors la montée en force d’un nouveau paradigme néoconservateur et belliciste. Mais les choses ne sont pas aussi simples : la régression politique des années 90 était déjà en filigrane dix ans plus tôt avec les trahisons de la gauche en France ou le thatchérisme outre-manche, et les prémices de la « guerre contre le terrorisme » de la décennie suivante sont déjà là : n’oublions pas que l’Amérique de Clinton bombardait allègrement l’Irak et que Chirac nouvellement élu faisait voter ses premières lois antiterroristes. Si on doit mettre un nom sur cette décennie, ça ne peut être qu’un concept idéologique. C’est ce qui a motivé mon choix pour celui de « la fin de l’Histoire ».

Deux mots sur le suivant ?

Il sera consacré aux années 70. Je remontrai donc le temps pour respecter la limite que je me suis fixée : celle du XXème siècle.

 

Pour aller plus loin

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