Libertés publiques : Macron dans les pas de Valls.

Moins d’État signifie en réalité moins d’État social et plus d’État répressif, le programme (très) libéral d’Emmanuel Macron se charge de nous le rappeler. Partisan d’une dérégulation accrue de l’économie avec une nouvelle loi travail encore plus destructrice que la précédente pour les droits des salariés, il prévoit de nombreuses mesures destinées à renforcer l’arsenal répressif et la surveillance des citoyens : nouveaux pouvoirs donnés à la police (dont les effectifs seront fortement augmentés dans un contexte de suppression massive de fonctionnaires), agrandissement du parc pénitentiaire, durcissement de la cybersurveillance, alourdissement des sanctions contre les fraudes, effort accru en faveur de la défense nationale, priorité donnée à la lutte antiterroriste avec la mise sur pied d’une task-force de renseignement… Le projet sécuritaire d’Emmanuel Macron se borne en réalité à confirmer la politique menée pendant cinq ans par Manuel Valls.

Lire la suite

Publicités

« Un Vent nouveau », une brève histoire de la France soviétique. Interview avec Eric Michel

Qu’est-ce que le Vent Nouveau ?

C’est le nom d’une campagne de libéralisation politique lancée par l’État soviétique qui gouverne la France depuis la fin de la Troisième guerre mondiale. On est à nouveau dans l’uchronie comme dans le livre 1 et 3. Là il s’agit du 5. C’est une réforme pour promouvoir un socialisme à visage humain, qui ressemble en gros à celle menée par Alexander Dubcek en Tchéchoslovaquie dans les années 1960. L’enjeu est de redonner du pouvoir aux organes démocratiques que sont les conseils ouvriers ( ce qu’on appelle les « Soviets ») tout en limitant l’influence du Parti sur la vie politique et sociale.

Éric Michel : Les personnages en quelques mots ?

Nicolas Bourgoin : Les deux principaux personnages sont ceux de la trilogie : François, jeune étudiant en médecine plutôt faible et introverti et sa compagne Natacha, très belle, très brillante, qui est interrogatrice-mentaliste au Centre Beria. J’ai voulu approfondir davantage leurs rapports aussi bien dans ce qu’ils paraissent être que dans leurs contradictions internes. L’épreuve que va traverser François va le révéler à lui-même, le transformer en activant des parties latentes de sa personnalité. Il va s’apercevoir notamment qu’il est capable de tuer de sang-froid… Ces changements vont avoir un effet dans ses relations avec Natacha et aussi dans ce qu’on perçoit d’elle. Elle semble très lisse au début, sûre d’elle avec un caractère affirmé, en fait l’antithèse de François et finalement on va s’apercevoir qu’elle est minée par des fractures internes et qu’elle est finalement assez fragile et vulnérable. Ce roman a donc été est une occasion de travailler son personnage qui n’existe vraiment que dans le livre 1. Dans le 2 elle fait une courte apparition, dans le 3 elle est hors champ et dans le 4 elle apparaît sous une autre identité. Ici elle a une vraie place où elle peut déployer sa forte personnalité dans une relation à la fois passionnée et tumultueuse.

EM : Sans tout résumer peux-tu nous parler de l’intrigue ?

NB : François se réveille un beau matin de mai 1984 avec une cassette vidéo scotchée sur la poitrine. Elle contient un message qu’il s’est envoyé depuis le futur (trois semaines plus tard) l’avertissant d’un attentat contre les bureaux administratifs du Parti. Et dans cet attentat, Natacha trouvera la mort. Dans la vidéo, il se donne des instructions pour éviter que le drame ne se produise mais il se rend compte qu’en les suivant, il contribue à reproduire le cours funeste des événements… Il va donc devoir faire sa propre enquête pour démêler les fils de l’intrigue, une enquête chaotique avec une grosse surprise au bout !

EM : Il y a beaucoup de luttes intestines au sein du Parti…

NB : La campagne du Vent nouveau est vue d’un mauvais œil par les apparatchiks qui profitent à fond du système et cherchent à mettre en échec l’élan réformateur pour le maintenir en l’état sans rien changer. Si la société se démocratise trop, le peuple risque de leur demander des comptes. Du coup, certains cadres du parti qui prônent une ligne dure sont accusés par d’autres de commanditer des attentats sous faux drapeau afin d’encourager une politique répressive. La bonne vieille stratégie de la tension… François, qui intègre une organisation de défense du socialisme et infiltre un groupe de terroristes radicaux (suivant ainsi les instructions qu’il s’est données), se posera très vite des questions : Certains de ses collègues ne seraient pas des agents doubles ? Les terroristes ne seraient-ils pas des agents du Parti ? Comment distinguer les uns des autres ? Les choses qui semblaient claires au début deviennent rapidement confuses…

EM : Quelques mots sur l’Éclair argenté ?

NB : Les lecteurs des Quatre cavaliers le connaissent. Il s’agit d’une pilule qui permet de voyager dans le temps. Dans Un vent nouveau, elle est utilisée par les agents des services de renseignement pour remonter dans le passé et arrêter les auteurs d’actes terroristes avant même qu’ils ne passent à l’acte. Une version radicale de Minority Report… C’est justement grâce à cette pilule que François a pu s’envoyer son message et va tenter de sauver Natacha. Mais il va aussi apprendre à ses dépens qu’on peut en faire un usage malintentionné…

EM : Pourquoi tu situes l’action en 1984 ?

NB : C’est un clin d’oeil au livre d’Orwell qui se passe exactement au même moment (printemps 1984). J’ai même fait apparaître Big Brother dans une courte scène, quand François va voir sa copine qui travaille au Centre Beria (page 52 du roman). Mais le rapprochement s’arrête là. La France soviétique que je décris n’est pas vraiment dystopique, elle correspond en gros à la réalité politique des pays de l’Est : très sociale par certains côtés (plein emploi, peu d’écarts de salaires, grande place donnée à la culture, éducation et médecine gratuites, etc.) et répressive par d’autres, avec une surveillance étroite de la dissidence (en raison notamment du contexte géopolitique lié à la guerre froide). Mais les choses peuvent toujours évoluer favorablement comme j’ai essayé de le montrer dans le roman. Quand la situation économique du pays s’améliore (ce qui est le cas), il y a plus de « grain à moudre », moins de tensions sociales et les gens acceptent davantage la situation qui leur est faite. La répression politique perd alors une partie de sa raison d’être et la société se libéralise. Notre vision du communisme est en fait une vision occidentale qui fige dans un temps sans histoire la situation politique des démocraties populaires. Or, tout comme les pays capitalistes, c’étaient des pays travaillés par des contradictions, par des tensions sociales qui pouvaient les faire bouger comme on a pu le voir avec le printemps de Prague. Comme le disait Lénine, la lutte des classes continue sous le socialisme !

EM : Les femmes que tu décris sont plutôt délurées…

NB : L’homme nouveau socialiste peut-être aussi une femme ! Sous le communisme comme sous le capitalisme, la société façonne l’individu. Dans les pays communistes, la femme avait beaucoup plus de droits (avortement, contraception, divorce, droit de vote, égalité salariale, etc.), ce qui a un effet inévitable dans les rapports de couple, plus égalitaires que dans les pays capitalistes. Il est compréhensible qu’elle ait alors une sexualité plus affirmée, plus entreprenante ou active, voire dominatrice. C’est en tout cas, l’hypothèse qui a guidé mon récit.

EM : Il y aura une suite ?

NB : Oui, elle est même déjà écrite. À l’origine, Un vent nouveau était la première partie d’un livre qui en comptait trois. Mais le manuscrit était trop long et, en raison des contraintes éditoriales, il a été coupé en deux. La suite, donc le livre 6, sera publiée sous le titre « Les couloirs du temps » et pourra d’ailleurs se lire indépendamment du précédent.

Eric Michel, romancier humaniste et engagé, est l’auteur de deux romans qui ont rencontré un vif succès critique : Algérie ! Algérie ! et Pacifique.

Pour aller plus loin :

Voir la présentation du roman et le commander sur le site de l’éditeur.

Voir la bande-annonce du roman.