La France interdite, de Laurent Obertone : tromperies sur l’immigration et embrouille idéologique.

Posté sur une plage de Normandie, Laurent Obertone fixe l’horizon, le visage grave. Un mauvais vent s’est levé, des nuages noirs ternissent le ciel. La bande-son anxiogène annonce un drame imminent… Un débarquement de réfugiés ? Une tempête migratoire ? Comme un présage de cette menace, une vague plus forte que les autres lui recouvre les pieds… Il se recule et se met en marche d’un pas lourd, les gestes décomposés par le ralenti.

Dans ce clip chichiteux et racoleur dont la maison d’édition Ring s’est fait une spécialité, Laurent Obertone nous explique qu’il « est temps de regarder les choses en face », « de nous poser les bonnes questions », de reprendre en main notre destin confisqué par les élites médiatico-politiques pour le rendre à la démocratie ». En clair : d’en finir avec les tabous sur l’immigration de masse pour lever le voile sur cette réalité. Et il y a urgence, s’agissant du « seul et unique sujet important, crucial, vital pour notre pays et pour les peuples européens ». Fichtre ! L’immigration, plus grave que le changement climatique ? Les tensions géopolitiques ? Les crises financières ? Les risques sanitaires ? Oui, car nous dit Laurent Obertone, elle renferme à elle seule tous les autres problèmes. L’heure est donc grave mais fort heureusement, il est possible d’y voir plus clair à condition de s’intéresser aux faits, rien qu’aux faits. Intention louable… Mais si les faits sont têtus, ils peuvent être passablement déformés. Démonstration faite avec ce nouvel opus qui cumule erreurs grossières, approximations et manipulations chiffrées.

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La thèse de la France Interdite tient en trois phrases : notre pays, et plus globalement l’Europe, sont victimes d’une immigration incontrôlée menaçant le devenir des « français de souche » ou des « natifs ». Cette invasion a lieu avec la complicité active des élites politiques et médiatiques qui travestissent et minimisent la portée du problème. Soumis au conditionnement médiatique (longuement analysé dans La France Big Brother), les populations blanches seraient condamnées à subir cette dépossession identitaire, ce lent génocide ethnico-culturel sans pouvoir réagir…

Fantasme ou réalité ? La loi du silence étouffe-t-elle l’information sur l’immigration ? Un bref examen de la presse mainstream nous rassure aussitôt : la question migratoire est bien traitée par les médias, et sans modération. Il suffit par exemple d’ouvrir le journal « Valeurs actuelles » (et même souvent l’ouvrir n’est pas nécessaire, un simple coup d’oeil sur la couverture suffit amplement). Un artiste connu parle « d’invasion passive » à propos des réfugiés ? La presse hexagonale s’en fait aussitôt l’écho. Et que dire de l’étrange complaisance dont semble bénéficier Eric Zemmour dont on ne compte plus les dérapages ? A-t-on affaire vraiment à une « invasion ? Le terme convient-il au regard des chiffres ? Pour le démontrer, Laurent Obertone s’attelle à mesurer « le Grand Remplacement »… mais force est de constater qu’il échoue à le faire de manière convaincante.

Mesurer l’invasion

Par bonheur, les statistiques relatives à l’immigration en France existent. Par malheur, elles tendent à infirmer la thèse de Laurent Obertone : la proportion des allogènes en France est remarquablement stable. Entre 1975 et 2015, le taux d’immigrés n’a que très modestement augmenté (de 7,4 % à 9,3 %) et le pourcentage d’étrangers est resté quasiment stable : de 6,5 à 6,7, de même que le solde migratoire qui oscille positivement entre 50.000 et 100.000 depuis 40 ans. Ces chiffres pourraient clore le débat mais, pour Laurent Obertone, tous les migrants ne se valent pas. Les uns, issus de l’immigration européenne ou eurasienne se fondent aisément dans la masse tandis que les autres, venant d’autres continents, ont la particularité de ne pas pouvoir s’intégrer (tout comme l’huile et le vinaigre qui ne se mélangent pas quand on agite la bouteille (p.364)). Mais même en acceptant ce postulat, il n’y a pas péril en la demeure. Il est vrai que le printemps arabe et les guerres menées par la France en Lybie et ailleurs ont eu pour effet indirect de faire monter cette immigration extra-européenne mais dans des proportions somme toute raisonnables : de 200.000 en 2011 à 250.000 en 2017, sans compter les retours. Les demandes d’asile ont, certes quasiment doublé en 15 ans pour franchir la barre symbolique des 100.000 mais les admissions n’ont pas explosé : on en compte 43.000 en 2017 contre 13.000 40 ans plus tôt. Rien dans ces chiffres, que n’importe qui peut aisément consulter, n’indique un Grand remplacement.

Mais pour Laurent Obertone, ces « minorités visibles » ne sont décidément pas assimilables car leur extranéité a la particularité de se transmettre de génération en génération. Ni les naturalisations, ni le droit du sol, ni aucun principe d’intégration ne peut en venir à bout pour en faire des citoyens comme les autres. Ce parti-pris lui permet d’affirmer qu’aujourd’hui « près d’un habitant de l’Hexagone sur cinq est visiblement issu de la diversité » (p.25). Cette proportion est six fois plus élevée qu’en 1970, ce qui n’est guère étonnant du fait des nombreuses vagues d’immigration s’étant produit depuis surtout quand on considère qu’on ne peut que rentrer dans cette catégorie et non en sortir.

On l’aura compris, tout le reste de la démonstration de Laurent Obertone repose sur ce tour de passe-passe : cliver les citoyens français en « natifs » et « membres des diversités visibles » en faisant de ces derniers et de leurs descendants des allogènes définitifs au mépris des lois qui gouvernement l’acquisition de la nationalité française. Fait aggravant, selon l’auteur qui reprend une étude controversée d’Hughes Lagrange, les familles subsahariennes sont souvent polygames et seraient nettement plus fécondes que les couples natifs. Affirmation à relativiser. Dans les faits, la France étant assimilationniste, cet écart n’existe généralement que pour la génération des arrivants : la fécondité des descendantes d’immigrés est proche de celle de la population majoritaire, en lien avec leur acculturation et leur conversion identitaire (les personnes de la seconde génération se sentent très majoritairement françaises). De façon plus large, la fécondité de ces couples étant en moyenne trois plus élevée que celle des natifs, près d’un tiers des naissances sur le territoire français est issu de l’immigration extra-européenne. Les naissances des parents « français de souche » ont en effet tendance à diminuer depuis le pic historique de l’an 2000 mais plutôt modestement (d’environ 10 %) et reste actuellement proche du seuil de remplacement des générations (contrairement à ce que suggère le graphique présenté page 37 dont l’échelle des ordonnées a été soigneusement choisie pour faire croire à un effondrement de la fécondité). Inversement, nous dit l’auteur, les « natifs » étant plus vieux, ils sont plus nombreux à décéder. En compilant toutes ces données, on arrive sans surprise à des projections alarmistes à l’horizon 2040 montrant un phénomène de vase communicant : toujours moins de « français de souche », toujours plus de faux français « issus de la diversité visible » et ça ne risque pas de s’arranger car comme disait Pierre Desproges, il y a de plus en plus d’étrangers dans le monde…  Grand remplacement ? L’auteur n’hésite pas à répondre oui sans hésiter, affirmant que la « majorité autochtone » sera « une minorité sur ces terres, au milieu de ce siècle » (p.43), oubliant au passage que ces descendants d’immigrés sont au moins administrativement aussi français que les autres et que la plupart parviennent tant bien que mal à s’intégrer.

Etrangers de l’intérieur

Dès lors, la démonstration de Laurent Obertone ne tient qu’avec ce postulat : les migrants extra-européens et leurs descendants ne sont pas des gens comme nous, ils ont des particularités génétiques qui les rendent inassimilables et sont un obstacle insurmontable au « vivre-ensemble » que les élites politiques et médiatiques voudraient imposer aux « français de souche » contre leurs intérêts et leur volonté. Sur-représentés parmi les chômeurs et les bénéficiaires des aides sociales (p.68), davantage auteurs de crimes et de délits (p.86, 141, 235 et 253; aucune statistique ethnique n’existant en France, l’auteur s’appuie sur une étude de Pierre Tournier vieille de 20 ans, une vague référence aux faits divers de la « presse locale », à son livre La France orange mécanique et à des corrélations écologiques dont le caractère fallacieux a déjà été démontré), les immigrés de la « diversité visible » auraient une compétence moindre du fait d’un Quotient Intellectuel moyen plus faible que celui des natifs et leurs enfants seraient moins performants à l’école pour cette même raison. Les statistiques pour le montrer faisant encore une fois défaut, Laurent Obertone s’appuie sur les enquêtes nationales PISA (p.256) ainsi que sur des enquêtes étrangères parfois anciennes sur le lien entre nationalité d’origine et quotient intellectuel (p.323). La conclusion s’impose selon lui : les populations allogènes (« diversités visibles ») tirent la France et plus généralement l’Europe vers le bas en faisait baisser le QI moyen, la réussite scolaire et la compétitivité économique (p.324). Et ça ne risque pas non plus de s’arranger puisque l’intelligence serait « très fortement héréditaire » (p.325) et que les personnes incultes ou « socialement moins compétentes » ont plus d’enfants que les autres (p.326). Une question demeure toutefois : la baisse du QI que l’auteur situe à partir des années 1990 est beaucoup plus récente que l’immigration… pourquoi alors n’a-t-il pas baissé plus tôt ? L’hypothèse des perturbateurs endocriniens que l’auteur balaie d’un revers de main semble beaucoup plus solide.

Contre les lieux communs, il faut rappeler que près de la moitié des migrants à Calais appartiennent à des classes sociales supérieures dans leur pays d’origine et 20% à des classes moyennes. Le voyage coûte cher, plus de 5000 dollars pour simplement traverser la méditerranée, ce qui sélectionne les candidats à l’exil. « Il y a une règle : ce ne sont jamais les plus pauvres qui migrent », souligne Pierre Henry, directeur de l’association France Terre d’Asile à « l’Obs ». « Pour la plupart, ce sont des gens qui ont eu accès à l’éducation et la culture dans leurs pays d’origine. C’est même souvent l’éducation qui les pousse à tenter leur chance pour un meilleur avenir. » Se pose aussi la question de la discrimination à l’égard des populations de couleur que Laurent Obertone évoque pour l’écarter aussitôt : les asiatiques, bien que tout aussi discriminés que les noirs et les arabes, réussissent mieux que ces derniers (p.267). Sauf que, reconnaît l’auteur, si la communauté asiatique a été ostracisée, c’est surtout « dans le passé »… Certaines enquêtes montrent exactement le contraire : les immigrés non-européens se sentent majoritairement français à partir de la seconde génération… mais se sentent tout aussi majoritairement perçus comme étrangers.

Partant de ce constat pour le moins fragile (les Noirs et les Arabes ont des compétences inférieures à celles des Blancs) bricolé avec des données peu fiables et hétérogènes, l’auteur justifie leur discrimination de fait : « si nous ne sommes pas égaux, en aptitude comme en volonté, nous n’avons aucune raison de viser et encore moins d’obtenir les mêmes revenus, les mêmes prestiges, les mêmes gratifications. L’inégalité est un fait, l’égalité est un rêve » (p.317). Il va même jusqu’à affirmer que leur exclusion sociale devrait être encore plus forte compte tenu de leurs faibles compétences (p.290). Pourquoi donc ne l’est-elle pas ? À cause de la discrimination positive qui défavoriserait les Blancs, la peur des employeurs ou des bailleurs d’être taxés de racistes et sans doute une vague culpabilité d’anciens colonisateurs soigneusement entretenue par les medias. Cette sélection « contre nature » (p.313) stigmatisant les autochtones serait, selon lui, la manifestation d’un « racisme anti-blanc ». Faut-il rappeler une nouvelle fois que ce mythe propagé par la droite est un non-sens sociologique ? Le racisme est une violence symbolique exercée par des dominants à l’encontre de dominés. Agressivité, ressentiment ou animosité oui, racisme non. Mais il est vrai que Laurent Obertone ne croit pas aux réalités sociales…

Le gène de la pauvreté.

De façon plus générale, comme dans son précédent opus La France Big Brother, Laurent Obertone prend systématiquement le contrepied des analyses sociologiques en substituant un hypothétique déterminisme génétique aux déterminismes sociaux. Conséquence de ce parti-pris, les données empiriques dont il abreuve le lecteur (on trouve plus de 60 pages de références !) sont souvent sorties de leur contexte social, culturel et historique et s’en trouvent de fait fragilisées. « Tout groupe vivant veut protéger son homogénéité. Toute différence est perçue comme une menace. Cette défiance réciproque, norme plus qu’exception, est le prix de la préservation des espèces. » Cette assertion empruntée à Konrad Lorenz permet à l’auteur d’affirmer que le multiculturalisme est un crime contre l’humanité (p.161). S’applique-t-elle à toutes les sociétés humaines ? On peut évidemment en douter. Même motif même punition page 315 («Comme tous les êtres humains, et comme tous les animaux, nous naissons avec l’ambition de créer une inégalité favorable à notre personne »). L’homme n’est-il pas (au moins en partie) un être social, façonné par une société ? Plus loin (p.332), l’auteur cite le professeur Tatu Vanhanen (« les difficultés intellectuelles sont le facteur le plus significatif pour expliquer la pauvreté ») mais sans montrer le mécanisme qui lie ces deux variables. En revanche, le rapport entre QI et réussite sociale évoqué peu après (p.337) se comprend si l’on considère que ce test mesure en réalité la capacité d’adhésion aux normes culturelles dominantes. On peut enfin citer cette perle : « la peur du métissage, qu’il soit racial ou culturel, serait un banal mécanisme de conservation » (p.364). Pas un mot pour expliquer pourquoi certains sont plus téméraires que d’autres…

Plus grave, certaines assertions sont partiellement ou totalement inexactes. Ainsi, il est vrai que le nombre d’accidents du travail diminue en France mais seulement chez les hommes (p.197), notre taux d’incarcération n’est pas « un des plus bas de l’Europe occidentale » (p.221) mais se situe plutôt dans la moyenne haute (il a quasiment triplé en 40 ans), les hommes des pays subsahariens n’ont pas « en moyenne 6 à 13 enfants » (p.93) mais un peu plus de 4 selon les dernières estimations de 2017 (INED). D’autres sont non sourcées, et pour cause : comment affirmer que la population extra-européenne et non eurasienne résidant en France a été multipliée par 200 en 40 ans (p.12) alors que les statistiques ethniques font défaut pour le montrer ? D’autres encore incomplètes : l’évaluation du « coût » de l’immigration (p.133 et suivantes) est uniquement à charge et présente des inexactitudes : les migrants ne touchent pas d’argent de poche, pour percevoir une allocation (famille ou logement) ou prétendre au RSA il faut être réfugié statutaire et avoir obtenu un permis de séjour de dix ans, l’attribution d’une AME n’est pas systématique mais très restrictive, etc. Et Quid de ce qu’elle rapporte à la France ? Question subsidiaire : combien leur ont coûté les guerres impérialistes menées par l’Occident en Lybie, en Afghanistan ou au Mali ?

« La frontière qui traverse l’Europe aujourd’hui est celle qui sépare les progressistes des nationalistes » (Emmanuel Macron).

En définitive, ce livre en dit autant sinon plus par sa réception que par son contenu explicite. Il y a ne serait-ce que 20 ans, sa diffusion aurait été confidentielle, cantonnée à des réseaux militants. Aujourd’hui, il s’affiche dans les cinq premières ventes sur Amazon juste derrière Destin Français , le dernier livre d’Eric Zemmour encensé par de nombreux médias. Cette mise en cause de l’immigration, symptôme d’un malaise identitaire, est répandue beaucoup de pays européens comme le montrent de nombreuses enquêtes. Entre temps, il y a eu la révolution (néo)conservatrice sur fond de « guerre contre le terrorisme » et les nombreuses lois contre le port du voile. Pendant qu’on montre du doigt l’Islam, on lamine l’esprit critique dans l’enseignement scolaire et on fait disparaître l’histoire de l’immigration des programmes de lycée. L’islamophobie monte en flèche, la parole raciste se libère un peu partout et ce livre, quoi qu’en dise l’auteur, en sera un formidable accélérateur. Du pain béni pour le système de domination en permettant à ses représentants politiques (Merkel, Macron et les autres) de se poser en « remparts contre le fascisme » et de réduire le débat à une opposition de façade entre libéraux-progressistes-mondialistes et populistes-nationalistes. Attali contre Zemmour. Dans ce clivage taillé sur mesure pour les dominants, c’est bien la question sociale qu’on étouffe sous la question identitaire.

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« Discrimination raciale et politique de classe » par Vincent Gouysse (Organisation des Communistes de France)

Les émeutes/manifestations de Ferguson qui secouent les USA depuis quelques semaines suite au décès d’un jeune noir tué par un policier révèlent l’ampleur de la ségrégation raciale aux États-Unis. Le racisme d’État est propre aux économies capitalistes, il était inexistant dans les pays du bloc socialiste avant la chute de l’URSS et aujourd’hui à Cuba et en RPDC, et il particulièrement virulent dans la première économie capitaliste mondiale. Également à l’avant-poste de la discrimination raciale, la République d’Afrique du Sud. Si le régime d’apartheid a été officiellement aboli par Nelson Mandela, la bourgeoisie gouverne toujours ce pays et la discrimination raciale continue de s’y exercer pleinement sur fond d’inégalités sociales abyssales. Le camarade Vincent Gouysse, il y a tout juste un an, faisait le bilan critique du mandélisme. Ses réflexions permettent de mieux saisir l’enjeu de classe de la discrimination raciale.  Lire la suite

La CEDH légalise le Racisme d’État

La Cour européenne des droits de l’homme a apporté sa pierre à l’hystérie antimusulmane en légalisant la loi anti-burqa voté par le gouvernement Sarkozy, provoquant la joie des parlementaires de la droite dure, notamment Eric Ciotti et Corinne Lepage. Enième loi anti-voile, elle sanctionne la contrevenante de 150 euros d’amende et officialise la discrimination qui touche les musulmans en pénalisant le port de certains signes religieux. Comme pour la loi antivoile de 2004, le débat précédant son adoption a été marqué par une libération de la parole raciste, entraînant une hausse sensible des violences contre les musulmans. Mais ces effets pervers et collatéraux ne semblent guère émouvoir le législateur pour qui l’Islam ne peut qu’être un problème. Un problème fabriqué de toutes pièces par les élites dans le seul but de faire diversion aux effets catastrophiques de la crise économique. La stratégie du bouc émissaire, pourtant usée jusqu’à la corde, marche toujours… Lire la suite

Lynchage de Pierrefitte-sur-Seine : le gouvernement complice ?

Soupçonné d’avoir commis un cambriolage, un jeune rom se trouve toujours dans le coma après avoir été roué de coups par une douzaine de personnes et retrouvé inconscient dans un chariot de supermarché, à Pierrefitte-sur-Seine en Seine-Saint-Denis où il vivait avec sa famille.

La communauté Rom vivant en France, ostracisée, accusée de vols ou de déprédations, est régulièrement la cible de violences racistes et cette dernière agression est la dernière d’une longue liste. Leurs campements sont fréquemment la cible d’incendies parfois d’origine criminelle. En janvier dernier, des Roms ont été agressés à l’acide en plein Paris. Quoi d’étonnant ? Les stéréotypes anti-Roms sont relayés par les médias et même au plus haut niveau de l’État. On se souvient (peut-être) de cette note de service interne d’un commissariat parisien demandant aux policiers « d’évincer » les familles roms vivant dans la rue. Manuel Valls lui-même quand il était Ministre de l’Intérieur n’a pas cessé de les ostraciser, considérant qu’ils n’ont pas « vocation à s’intégrer en France » mais plutôt à rentrer en Roumanie ou en Bulgarie et Bernard Cazeneuve se situe dans la (droite) ligne de son prédécesseur. L’acharnement de Valls et Cazeneuve contre les Roms relève de la logique du bouc-émissaire particulièrement rentable en période de crise et ne peut que conforter les stéréotypes racistes d’une partie de la population française. Le gouvernement responsable du lynchage de Pierrefitte ? la question mérite, en tout cas, d’être posée et l’on peut s’étonner du silence des médias et des associations antiracistes sur ce point, si promptes à mettre en cause « la contamination des esprits par les patrons de l’antisémitisme francophone » quand les victimes sont juives et les agresseurs musulmans. Encore le deux poids/deux mesures ?

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Coupe du Monde : ce qu’on ne verra jamais

Sous les feux des médias, la grande messe planétaire de la Coupe du Monde de football. Dans l’ombre, la triste réalité de la société brésilienne. Flambées de violence, répression policière brutale… des centaines de blessés, des assassinats ciblés, des disparitions, près de 10.000 familles expulsées… La situation sociale devient explosive au Brésil où les protestations contre la gabegie de la Coupe du Monde de football se multiplient, et alors que la police militaire s’est installée durablement dans les favelas de Rio où de vastes programmes de transformation urbaine sont engagés depuis quelques années. L’indécence des milliards dépensés en pure perte dans un contexte de paupérisation absolue des masses populaires brésiliennes montre une nouvelle fois l’absurdité du capitalisme mondialisé où se côtoient dénuement total et dépenses somptuaires. Mais les enjeux de la Coupe du Monde pour l’oligarchie mondialiste sont énormes : tenter de masquer la faillite inexorable du système par le spectacle d’une opulence factice, réactiver les réflexes nationalistes pour cacher les désastres de la mondialisation, désamorcer les luttes de classe par la grande communion dans le jeu, contrôler les quartiers populaires par le quadrillage militaro-policier. Et, last but not least, permettre aux firmes multinationales d’engranger des profits énormes tandis que les coût pharamineux seront supportés par le peuple brésilien. Socialiser les pertes, privatiser les profits : on ne change pas une recette qui marche. Lire la suite

L’antisémitisme augmente-t-il en France ?

Un couple de touristes Israéliens, une Française et un jeune employé ont été tués samedi dans l’attaque contre le Musée juif de Bruxelles menée par un homme «probablement seul» et «bien préparé». Sans même attendre les conclusions de l’enquête, le président François Hollande en déplacement à Tulle, a déclaré que «le caractère antisémite de cet acte, une fusillade dans le Musée juif de Bruxelles, avec cette volonté de tuer, ne fait pas de doute». Le même jour, deux hommes de confession israélite sont agressés à la sortie de la synagogue de Créteil. Là encore, aucun doute : «l’agression est à caractère antisémite, c’est indiscutable» selon le maire socialiste Créteil, Laurent Cathala.

Le fantasme d’une montée, voire d’une explosion de l’antisémitisme, est régulièrement agité par la communauté juive et ses représentants à l’occasion de ces faits divers dramatiques – comme celui de la tuerie de Toulouse ou du meurtre d’Ilan Halimi -, que certains cherchent à instrumentaliser à des fins politiciennes. Le procédé est toujours le même : disqualifier les opposants au sionisme et à la politique israélienne en les rendant responsables d’un climat délétère favorisant une progression des actes antisémites. Il est très bien analysé par Jean Bricmont qui revient ici sur cet événement. Dimanche, le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA) au sujet de la fusillade de Bruxelles qualifiée « d’attentat antijuif », estimait dans un communiqué que «les juifs sont de nouveau en danger dans plusieurs pays de l’Union européenne», évoquant une «situation inquiétante et persistante due à la stigmatisation d’Israël, de son armée, de son gouvernement, autant que des divagations anti-juives de prétendus humoristes, idéologues, extrémistes de droite et de gauche, tels que Dieudonné ou Soral». On se souvient de la réaction du journaliste Judea Pearl pour qui le meurtre d’Ilan Halimi était une conséquence indirecte de la critique d’Israël. Même son de cloche à la LICRA qui, par la voix de son président, a accusé Alain Soral, Dieudonné et Laurent Louis d’être indirectement à l’origine de la tuerie de Bruxelles. Une dizaine de jours avant ces événements, Roger Cukierman, dans sa déclaration au Congrès Juif mondial, après avoir dressé un tableau noir de la situation des juifs en France, s’en était vivement pris à la population immigrée musulmane, au Front National et aux gauchistes pro-palestiniens jugés par lui responsables d’une montée de l’antisémitisme en France. Mais celle-ci a-t-elle une réalité statistique ? Lire la suite

Le pétard mouillé du « Rapport sur l’intégration »

Peut-on rompre en profondeur avec les politiques assimilationnistes qui ont fait le lit des pratiques discriminatoires que nous connaissons en France ? Le Rapport sur l’intégration remis au Premier ministre semble en tout cas ouvrir une brèche en appelant à une refondation des politiques d’intégration en France pour mieux défendre les diversités culturelles et promouvoir un « droit à la différence » et une laïcité « inclusive ». Il s’agit de mettre en place une « gouvernance de l’Etat » pour la lutte contre les discriminations avec la création d’une autorité indépendante de lutte contre les discriminations sociales et ethniques et d’une instance de pilotage des politiques publiques en la matière. Le rapport propose également la création d’un délit de harcèlement ethnique, d’une « Cour des comptes de l’égalité », ainsi que des pistes pour en finir avec les « discriminations légales » notamment en ce qui concerne les questions relatives à la laïcité. Concrètement, le rapport propose de l’assouplir et milite pour l’abrogation de certaines lois anti-voile. Est-il raisonnable d’y croire ? Lire la suite