Les Partisans : récit d’une dérive gauchiste (par Ilian Karst)

Le démographe Nicolas Bourgoin, enseignant-chercheur, publie une fiction dont le héros, jeune militant communiste au tournant des années 1980, s’engage avec quelques proches dans une voie sans issue. Va-t-il franchir le pas du terrorisme ? Un thriller plaisant qui articule politique, sociologie et libération des mœurs.

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« Guerilla » de Laurent Obertone : pourquoi un tel succès ?

Le succès éditoral de Guerilla ne faiblit pas. Parti sur les chapeaux de roues (30.000 exemplaires ont été écoulés le mois de sa sortie), le livre marche toujours aussi bien deux ans après, figurant encore dans le peloton des 1000 premières ventes sur Amazon. Comment expliquer ce phénomène ? Bien que le roman ait largement bénéficié de l’intérêt et du soutien des médias au moment de sa sortie en tout cas ceux ancrés à droite (contrairement à ce qu’affirme l’auteur) ainsi que des réseaux islamophobes ou identitaires, le buzz ne fait pas le best-seller, loin s’en faut. Invoquer ses qualités littéraires intrinsèques ? À vrai dire, elles font plutôt défaut. Au lieu du choc annoncé dans de la bande-annonce tapageuse et racoleuse dont les sulfureuses éditions Ring se sont fait une spécialité, c’est plutôt du toc qui attend le lecteur. Écrit à l’emporte-pièce, décousu et morcelé, passant d’un personnage à un autre sans unité d’ensemble, le roman se contente d’aligner avec complaisance scènes de pillages, de lynchages et de meurtres jusqu’à l’écoeurement. Et lesdits personnages ne brillent pas par leur finesse. Les portraits prétendument sociologiques (le journaliste bobo, le militaire en retraite, l’antifa, le militant identitaire,…) sont grossiers et caricaturaux, sans nuances. Tout est artificiel, outrancier, invraisemblable jusqu’au nom du Président de la République (franchement, qui oserait s’appeler Jacques Chalarose ?).

Alors quoi ? Pour expliquer ses ventes, Laurent Obertone invoque souvent ses positions à contre-courant des médias officiels. Mais est-ce vraiment le cas ? Et si au contraire Guerilla devait son succès à sa parfaite conformité à l’air du temps ?

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Les années 80 ou le Grand Bond en arrière

Eric Michel : Pourquoi un livre sur les années 80 ?

Nicolas Bourgoin : C’est à cette période que tout ce que nous connaissons aujourd’hui se met en place : le néoconservatisme de Reagan et Thatcher, la russophobie (on se souvient de la campagne hystérique contre les JO de Moscou), les politiques sécuritaires, la conversion de la gauche au libéralisme économique, l’implantation durable du Front National dans le paysage politique français, l’émergence de la question identitaire en lieu et place de la question sociale avec le lancement de SOS Racisme… Les années 80 ferment la période ouverte par mai 68, celle de la contestation sociale et de l’esprit critique.

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Question identitaire contre question sociale : à propos de « Soleil Noir »

Eric Michel : Ton dernier roman s’intitule « Soleil Noir ». Pourquoi avoir choisi ce titre ?

Nicolas Bourgoin : Le Soleil Noir est un cocktail d’amphétamines consommé par les militaires de l’OTAN sur les théâtres de guerre moyen-orientaux (Afghanistan, Syrie, Irak, Yemen, etc.). Ses effets sont à la fois immédiats et spectaculaires : démultiplication de la force physique, des fonctions motrices et de l’agressivité, insensibilité à la douleur et à la pitié. De quoi transformer n’importe qui en machine à tuer. Officiellement proscrit sur le territoire français, il fait l’objet de trafics et arrivent dans les mains d’identitaires qui vont semer la terreur dans Paris.

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Vive le communisme ! Interview à propos des « Couloirs du temps »

Eric Michel : En 2022, dans un monde dominé par les Soviétiques après une Troisième Guerre mondiale, les services de renseignements français ont éradiqué le terrorisme contre-révolutionnaire grâce à l’Éclair Argenté, une pilule qui permet de revenir dans le passé pour arrêter les activistes avant qu’ils n’agissent. Cette drogue tombe aux mains du camp des vaincus (Corée du Sud) qui l’utilise pour remonter dans le temps et tenter d’infléchir le cours de la Seconde Guerre mondiale au profit des forces de l’Axe (Allemagne, Italie et Japon). Une course de vitesse s’engage entre les deux camps…

À partir de là, tu envisages trois scénarios : 1) les forces Alliées gagnent la Seconde Guerre mondiale puis le bloc communiste sort victorieux d’une Troisième Guerre mondiale, 2) La Russie Soviétique gagne la Seconde Guerre mondiale contre le camp impérialiste (Alliés et forces de l’Axe) 3) Les forces de l’Axe soutenues par les Alliés gagnent la Seconde Guerre mondiale contre la Russie soviétique. On aboutit à chaque fois à des situations radicalement différentes. C’est une manière d’enfoncer le clou à propos des analyses historiques qui mettent sur le même plan fascisme et communisme, comme celles du Livre noir ?

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« Un Vent nouveau », une brève histoire de la France soviétique. Interview avec Eric Michel

Qu’est-ce que le Vent Nouveau ?

C’est le nom d’une campagne de libéralisation politique lancée par l’État soviétique qui gouverne la France depuis la fin de la Troisième guerre mondiale. On est à nouveau dans l’uchronie comme dans le livre 1 et 3. Là il s’agit du 5. C’est une réforme pour promouvoir un socialisme à visage humain, qui ressemble en gros à celle menée par Alexander Dubcek en Tchéchoslovaquie dans les années 1960. L’enjeu est de redonner du pouvoir aux organes démocratiques que sont les conseils ouvriers ( ce qu’on appelle les « Soviets ») tout en limitant l’influence du Parti sur la vie politique et sociale.

Éric Michel : Les personnages en quelques mots ?

Nicolas Bourgoin : Les deux principaux personnages sont ceux de la trilogie : François, jeune étudiant en médecine plutôt faible et introverti et sa compagne Natacha, très belle, très brillante, qui est interrogatrice-mentaliste au Centre Beria. J’ai voulu approfondir davantage leurs rapports aussi bien dans ce qu’ils paraissent être que dans leurs contradictions internes. L’épreuve que va traverser François va le révéler à lui-même, le transformer en activant des parties latentes de sa personnalité. Il va s’apercevoir notamment qu’il est capable de tuer de sang-froid… Ces changements vont avoir un effet dans ses relations avec Natacha et aussi dans ce qu’on perçoit d’elle. Elle semble très lisse au début, sûre d’elle avec un caractère affirmé, en fait l’antithèse de François et finalement on va s’apercevoir qu’elle est minée par des fractures internes et qu’elle est finalement assez fragile et vulnérable. Ce roman a donc été est une occasion de travailler son personnage qui n’existe vraiment que dans le livre 1. Dans le 2 elle fait une courte apparition, dans le 3 elle est hors champ et dans le 4 elle apparaît sous une autre identité. Ici elle a une vraie place où elle peut déployer sa forte personnalité dans une relation à la fois passionnée et tumultueuse.

EM : Sans tout résumer peux-tu nous parler de l’intrigue ?

NB : François se réveille un beau matin de mai 1984 avec une cassette vidéo scotchée sur la poitrine. Elle contient un message qu’il s’est envoyé depuis le futur (trois semaines plus tard) l’avertissant d’un attentat contre les bureaux administratifs du Parti. Et dans cet attentat, Natacha trouvera la mort. Dans la vidéo, il se donne des instructions pour éviter que le drame ne se produise mais il se rend compte qu’en les suivant, il contribue à reproduire le cours funeste des événements… Il va donc devoir faire sa propre enquête pour démêler les fils de l’intrigue, une enquête chaotique avec une grosse surprise au bout !

EM : Il y a beaucoup de luttes intestines au sein du Parti…

NB : La campagne du Vent nouveau est vue d’un mauvais œil par les apparatchiks qui profitent à fond du système et cherchent à mettre en échec l’élan réformateur pour le maintenir en l’état sans rien changer. Si la société se démocratise trop, le peuple risque de leur demander des comptes. Du coup, certains cadres du parti qui prônent une ligne dure sont accusés par d’autres de commanditer des attentats sous faux drapeau afin d’encourager une politique répressive. La bonne vieille stratégie de la tension… François, qui intègre une organisation de défense du socialisme et infiltre un groupe de terroristes radicaux (suivant ainsi les instructions qu’il s’est données), se posera très vite des questions : Certains de ses collègues ne seraient pas des agents doubles ? Les terroristes ne seraient-ils pas des agents du Parti ? Comment distinguer les uns des autres ? Les choses qui semblaient claires au début deviennent rapidement confuses…

EM : Quelques mots sur l’Éclair argenté ?

NB : Les lecteurs des Quatre cavaliers le connaissent. Il s’agit d’une pilule qui permet de voyager dans le temps. Dans Un vent nouveau, elle est utilisée par les agents des services de renseignement pour remonter dans le passé et arrêter les auteurs d’actes terroristes avant même qu’ils ne passent à l’acte. Une version radicale de Minority Report… C’est justement grâce à cette pilule que François a pu s’envoyer son message et va tenter de sauver Natacha. Mais il va aussi apprendre à ses dépens qu’on peut en faire un usage malintentionné…

EM : Pourquoi tu situes l’action en 1984 ?

NB : C’est un clin d’oeil au livre d’Orwell qui se passe exactement au même moment (printemps 1984). J’ai même fait apparaître Big Brother dans une courte scène, quand François va voir sa copine qui travaille au Centre Beria (page 52 du roman). Mais le rapprochement s’arrête là. La France soviétique que je décris n’est pas vraiment dystopique, elle correspond en gros à la réalité politique des pays de l’Est : très sociale par certains côtés (plein emploi, peu d’écarts de salaires, grande place donnée à la culture, éducation et médecine gratuites, etc.) et répressive par d’autres, avec une surveillance étroite de la dissidence (en raison notamment du contexte géopolitique lié à la guerre froide). Mais les choses peuvent toujours évoluer favorablement comme j’ai essayé de le montrer dans le roman. Quand la situation économique du pays s’améliore (ce qui est le cas), il y a plus de « grain à moudre », moins de tensions sociales et les gens acceptent davantage la situation qui leur est faite. La répression politique perd alors une partie de sa raison d’être et la société se libéralise. Notre vision du communisme est en fait une vision occidentale qui fige dans un temps sans histoire la situation politique des démocraties populaires. Or, tout comme les pays capitalistes, c’étaient des pays travaillés par des contradictions, par des tensions sociales qui pouvaient les faire bouger comme on a pu le voir avec le printemps de Prague. Comme le disait Lénine, la lutte des classes continue sous le socialisme !

EM : Les femmes que tu décris sont plutôt délurées…

NB : L’homme nouveau socialiste peut-être aussi une femme ! Sous le communisme comme sous le capitalisme, la société façonne l’individu. Dans les pays communistes, la femme avait beaucoup plus de droits (avortement, contraception, divorce, droit de vote, égalité salariale, etc.), ce qui a un effet inévitable dans les rapports de couple, plus égalitaires que dans les pays capitalistes. Il est compréhensible qu’elle ait alors une sexualité plus affirmée, plus entreprenante ou active, voire dominatrice. C’est en tout cas, l’hypothèse qui a guidé mon récit.

EM : Il y aura une suite ?

NB : Oui, elle est même déjà écrite. À l’origine, Un vent nouveau était la première partie d’un livre qui en comptait trois. Mais le manuscrit était trop long et, en raison des contraintes éditoriales, il a été coupé en deux. La suite, donc le livre 6, sera publiée sous le titre « Les couloirs du temps » et pourra d’ailleurs se lire indépendamment du précédent.

Eric Michel, romancier humaniste et engagé, est l’auteur de deux romans qui ont rencontré un vif succès critique : Algérie ! Algérie ! et Pacifique.

Pour aller plus loin :

Voir la présentation du roman et le commander sur le site de l’éditeur.

Voir la bande-annonce du roman.

Retour sur l’attentat de la rue Copernic (interview à propos du roman « Les heures sombres »)

Eric Michel : Montée de l’extrême droite sur fond de tensions communautaires, aggravation de la crise, chômage de masse, montée en force du néo-conservatisme, risque accru de guerre nucléaire, stratégie de la tension… tu situes l’action de ton quatrième roman en décembre 1980 mais ce que tu décris ressemble beaucoup à ce qu’on vit aujourd’hui. C’est volontaire ?

Nicolas Bourgoin : Il y a en effet des ressemblances avec notre époque et c’est aussi ce qui fait l’intérêt d’un roman politique qui prend la fiction comme un détour pour analyser le monde actuel, comme je l’avais d’ailleurs fait dans ma trilogie. Il y a aussi des différences, le camp socialiste s’est effondré depuis, le marxisme a quasiment disparu du paysage intellectuel français, le djihadisme n’existait pas encore en tant que tel, Reagan envisageait sans rire une confrontation nucléaire avec l’URSS tandis que l’élection de Donald Trump a mis un coup de frein à l’escalade des tensions avec la Russie… En réalité, ce qui rapproche surtout ces deux périodes est leur statut d’année-charnière : en 1980, on était à la fin du giscardisme, au début des politiques néoconservatistes après l’élection de Thatcher et Reagan et aux premiers craquements dans le camp socialiste avec les menées de l’OTAN en Pologne et la déstabilisation américaine en Afghanistan. C’est aussi la montée en force des « nouveaux philosophes » dont l’idéologie réactionnaire (au sens propre du terme) annonce le déclin de la pensée libératrice et marxisante qui était par exemple celle de Jean-Paul Sartre ou de Michel Foucault. On avait le sentiment d’être à un tournant et on peut aussi l’avoir aujourd’hui quand on considère le déclin de l’hégémonie américaine et le grand retour de la diplomatie russe ou encore la remise en cause par l’administration Trump des politiques de libre-échange…

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