L’inquiétant programme sécuritaire de François Fillon

Le programme de François Fillon pour les élections présidentielles ne déroge pas à la règle : « libéralisme » signifie en réalité plus de libertés pour la finance et le patronat et moins pour les citoyens ordinaires. À chaque fois qu’un gouvernement dérégule l’économie et fait des cadeaux aux actionnaires, il promulgue de nouvelles lois liberticides et serre le verrou sécuritaire. Sarkozy avait en son temps usé sans vergogne de cette politique : bouclier fiscal pour les riches, matraques pour les pauvres. C’était sous son quinquennat, particulièrement féroce pour le monde du travail, qu’avaient été votées le plus grand nombre de lois sécuritaires : exactement 62, soit une tous les deux mois.

François Fillon n’a pas oublié les recettes politiques de celui dont il a été Premier ministre : comment faire accepter aux populations une baisse de leur niveau de vie avec la hausse de la TVA ? un recul des services publics avec la suppression de 500.000 postes de fonctionnaires ? une dégradation du système de santé avec le sabordage de la Sécurité sociale ? une hausse de la durée de travail jusqu’à 48 heures par semaine ? un recul de l’âge de départ à la retraite synonyme de baisses de cotisations ? Réponse : par la fiction d’un État protecteur au service de la sécurité des citoyens. Plus concrètement, en agitant des menaces médiatiquement grossies sur fond de crise identitaire et annoncer en même temps de nouvelles mesures pour y faire face. Et au besoin, les moyens investis dans l’appareil de répression seront toujours utiles  pour mater la contestation sociale que cette politique ultralibérale ne manquera tout de même pas de provoquer…

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La victoire surprise de François Fillon aux primaires de la droite fait les choux gras de la presse de ce lundi. La plupart des commentateurs saluent l’audace des réformes envisagées dans le domaine économique et social, une véritable révolution libérale et conservatrice thatchérienne, mais passent largement sous silence le volet sécuritaire. Or celui-ci est particulièrement étoffé. Sa mise en oeuvre signifierait inévitablement un durcissement des politiques liberticides menées depuis quatre ans et un net regain d’inflation carcérale.

Impunité zéro et retour à la politique du chiffre

Pour François Fillon, le constat est sans appel : la délinquance n’est pas la conséquence d’une politique de classe qui aggrave les inégalités sociales et économiques mais d’une « absence de sanction » : « L’impunité a engendré un manque d’autorité sociale qui rejaillit sur l’école et toutes les institutions qui doivent évoluer pour regagner le terrain perdu. » Le remède s’impose alors de lui-même : il consiste à « renforcer la chaîne de la sécurité en renforçant chacun de ses maillons, à tous les niveaux (…) de se concentrer sur le terrorisme, les crimes et délits, d’organiser la coopération entre toutes les forces qui contribuent à la sécurité nationale, de veiller au respect des libertés encadrées par les magistrats, avec une seule exigence : le résultat. » La « culture du résultat », fétiche des années Sarkozy, est donc remise à l’honneur. Faire fonctionner la chaîne pénale de bout en bout sans ratés, renforcer les pouvoirs des forces de l’ordre et assurer des sanctions systématiques, rapides et certaines est présenté comme l’antidote au « laxisme pénal et institutionnel » pratiqué par les socialistes.

Guerre sans fin contre le terrorisme

La question du terrorisme arrive en premier dans les priorités annoncées, et pour cause. La guerre menée par la France sur les fronts syriens et irakiens a des effets collatéraux présentés comme inévitables. Comment y faire face ? En poursuivant la politique de réductions des libertés publiques et de pénalisation du « pré-terrorisme » menée par le gouvernement socialiste : limiter les manifestations et rassemblements publics, rétablir la double peine (prison et expulsion) pour les étrangers jugés dangereux, condamner à des peines allant jusqu’à 30 ans de prison tous les Français qui entretiennent des relations avec l’ennemi djihadiste et réorganiser les services de renseignements pour les décloisonner. De nouveaux moyens matériels et humains sont prévus pour le renseignement territorial, notamment pour optimiser le décèlement précoce de la radicalisation. Le renforcement des frontières devra aussi passer par un contrôle accru des déplacements « en intensifiant l’usage des fichiers informatiques et des données biométriques et les échanges intra-européens », ce qui signifie un durcissement de la surveillance électronique notamment avec la généralisation annoncée de la carte nationale d’identité biométrique.

Surveiller et punir

« Rétablir l’autorité par la certitude de la sanction et l’appliquer aux rapports sociaux, à l’éducation et aux transports » autrement dit rétablir l’ordre en mobilisant la police municipale (qui sera armée pour l’occasion et dotée des mêmes pouvoirs que la Police nationale) ainsi que les maires (qui auront un rôle pilote dans le rétablissement de la tranquillité publique), en « responsabilisant » les familles et en mettant sous tutelle celles en difficulté (par la réactivation du Conseil pour les Droits et les Devoirs des Familles (CDDF)), en donnant une place accrue aux sociétés de sécurité privée, en laminant encore un peu plus le modèle protectionniste des mineurs, et en assurant l’exécution systématique des peines par la construction de 16.000 places de prison… ce dernier volet du programme de sécurité suppose aussi « la surveillance des réseaux sociaux », considérés comme des foyers de la contestation sociale et politique alimentant le terrorisme.

Retrait du domaine économique, verrouillage sur le plan sociétal, réinvestissement dans le champ de la surveillance et de la sécurité : l’effort en faveur des politiques de maintien de l’ordre est un moyen pour l’État de retrouver une légitimité perdue dans le démantèlement progressif et continu de l’État-Providence. Sur cette question, le programme libéral-sécuritaire de François Fillon ne fait que poursuivre la politique des précédents gouvernements en l’aggravant.

Voir ici une vidéo de présentation de mes travaux.

Voir également sur ce site : un entretien à propos de mon ouvrage « La République contre les libertés ».

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