L’inquiétant programme sécuritaire de François Fillon

Le programme de François Fillon pour les élections présidentielles ne déroge pas à la règle : « libéralisme » signifie en réalité plus de libertés pour la finance et le patronat et moins pour les citoyens ordinaires. À chaque fois qu’un gouvernement dérégule l’économie et fait des cadeaux aux actionnaires, il promulgue de nouvelles lois liberticides et serre le verrou sécuritaire. Sarkozy avait en son temps usé sans vergogne de cette politique : bouclier fiscal pour les riches, matraques pour les pauvres. C’était sous son quinquennat, particulièrement féroce pour le monde du travail, qu’avaient été votées le plus grand nombre de lois sécuritaires : exactement 62, soit une tous les deux mois.

François Fillon n’a pas oublié les recettes politiques de celui dont il a été Premier ministre : comment faire accepter aux populations une baisse de leur niveau de vie avec la hausse de la TVA ? un recul des services publics avec la suppression de 500.000 postes de fonctionnaires ? une dégradation du système de santé avec le sabordage de la Sécurité sociale ? une hausse de la durée de travail jusqu’à 48 heures par semaine ? un recul de l’âge de départ à la retraite synonyme de baisses de cotisations ? Réponse : par la fiction d’un État protecteur au service de la sécurité des citoyens. Plus concrètement, en agitant des menaces médiatiquement grossies sur fond de crise identitaire et annoncer en même temps de nouvelles mesures pour y faire face. Et au besoin, les moyens investis dans l’appareil de répression seront toujours utiles  pour mater la contestation sociale que cette politique ultralibérale ne manquera tout de même pas de provoquer…

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Bruxelles au centre de la stratégie de la terreur (Giulletto Chiesa)

« Ce nouveau massacre à Bruxelles, avec des actions terroristes aussi coordonnées que sanguinaires, c’est-à-dire avec des bombes à fort potentiel et non des kamikazes, ressemble fort à la poursuite d’un plan bien précis.

Mais de qui ? Et contre qui est-il dirigé ? Personne ne sait qui est le sancta sanctorum, le chef d’orchestre qui se cache derrière ce chaos, et donc, toutes les hypothèses sont aussi irrecevables les unes que les autres. Ceux qui avancent immédiatement l’hypothèse d’une « riposte » de Daesh à la capture du dernier terroriste survivant des attentats de Paris en novembre dernier ne font que se ridiculiser. Une petite frappe comme ce Salah, depuis longtemps sous la surveillance des services secrets,… impliqué par le passé dans le trafic de drogue et de prostituées dans la maison de passe dénommée « La Béguine » située dans le quartier de Molenbeek, et qui réussit à passer sans encombre au travers de 4 contrôles de police avant d’aller se réfugier dans ce même quartier où il a toujours vécu, ce type ne peut être pas le cerveau de quoi que ce soit. Ces attentats étaient prévus depuis longtemps, par je ne sais quel organe spécialisé dans la provocation de grande envergure.
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Quenelle, le retour !

Le contraste est saisissant et il résume à lui seul la politique de sécurité suivie par le gouvernement : tolérance zéro pour la contestation politique, tolérance maximale pour la délinquance contre les personnes et les biens. Le « message de fermeté » porté par Manuel Valls lors de sa visite à Moirans, deux semaines après les violentes émeutes qui ont agité la ville, a bien été présent mais pas là où on l’attendait. Alors que celles-ci n’ont donné lieu à aucune interpellation, faisant pourtant de lourds dégâts (pas moins d’une trentaine de voitures incendiées dont certaines jetées sur les voies SNCF, la gare ainsi qu’un restaurant dévastés, la chaussée gravement endommagée) un jeune homme ayant fait le geste de la quenelle au Premier ministre lors de son déplacement a été interpellé peu après par la gendarmerie. Poursuivi pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique, il encourt une peine de six mois de prison et 7.500 euros d’amende. Dans un précédent article, nous avions déjà relevé ce qui semble faire l’originalité de la politique de sécurité du gouvernement actuel : une réduction drastique des libertés publiques sous couvert de guerre contre le « terrorisme » – notion bien élastique qui tend à recouvrir une bonne partie de la contestation sociale – s’accompagnant d’une impuissance manifeste sur le front de la sécurité des biens et des personnes. Cet épisode en est la parfaite illustration.

Polysémique et ambigu, le geste de la quenelle est avant tout un bras d’honneur contre les élites en tout genre. Dans le cas présent, son caractère irrévérencieux est d’ailleurs revendiqué par l’auteur du geste pour qui c’est avant tout « un acte d’opposition politique », a expliqué Jean-Yves Coquillat, procureur de la République à Grenoble. Si la contestation politique reste admise, elle trouve rapidement ses limites avec ce bras d’honneur. Une question vient alors, pourquoi tant de haine ?

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Prostitution : l’ordre moral au secours de la gauche

La proposition de loi de renforçant la lutte contre la prostitution a été adoptée en deuxième lecture à l’Assemblée nationale. Le texte sanctionne l’achat d’actes sexuels d’une contravention de 1500 euros et prévoit la création d’un « parcours de sortie » de la prostitution (sic), des mesures d’accompagnement social ainsi qu’une politique de prévention auprès des jeunes. En outre, il supprime le délit de racolage passif, institué en 2003 par Nicolas Sarkozy et dénoncé par les socialistes comme « inutile et inutilement stigmatisant » pour les prostituées. Mesure plus radicale, le blocage administratif des sites proposant un accès à la prostitution, sur le modèle de ce qui existe pour la pédopornographie ou le terrorisme n’a pas été retenu.

Si le vote de cette loi a reçu la bénédiction des Femen et de certaines associations féministes qui soutiennent ardemment le projet de prohibition, il a en revanche suscité l’inquiétude des syndicats de prostituées qui défendent la liberté d’exercice du métier et avaient appelé à manifester jeudi dernier. Le texte, qui n’est pas dénué d’effets pervers, contribuera à fragiliser encore plus des populations déjà touchées par la précarité et risque de les rejeter dans la clandestinité hors d’accès des structures de soins, de dépistage ou de prévention des maladies sexuellement transmissibles, en particulier du VIH. Pire, privées de cadre légal, elles seront sans doute davantage victimes de violences et auront des besoins accrus de protection, les exposant d’autant plus aux proxénètes et aux trafiquants. L’approche idéologique du problème de la prostitution, déconnectée des réalités économiques et sociales de son terrain, est celle d’une gauche bien-pensante qui a abandonné la défense des opprimés au profit d’un moralisme de façade.

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Lettre ouverte à Ornella Guyet

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Chère Ornella, je voudrais réagir au dernier billet que tu m’as consacré, le cinquième déjà. Une telle attention portée à ma modeste personne aurait pu être flatteuse en d’autres circonstances. Mais ici nulle bienveillance, c’est au contraire pour te réjouir de ma mise à mort institutionnelle que tu as pris la peine de l’écrire : mis au ban de la communauté universitaire, inscrit sur la liste noire des infréquentables, exclu de l’équipe de Laurent Mucchielli et, pour couronner le tout, accusé de frayer avec l’extrême droite alors que j’ai toujours combattu le fascisme… il y a en effet de quoi crier victoire. Mais se réjouir du malheur des autres n’est pas très charitable, tu en conviendras, et plutôt surprenant venant de quelqu’un qui écrit dans Témoignage Chrétien. Lire la suite

Mise en coupe réglée d’Internet : la loi antiterroriste fait sa première victime.

Le front des libertés publiques est l’un des rares domaines où le gouvernement ne chôme pas. L’encre du dernier décret concernant les sites faisant l’apologie du terrorisme est à peine sèche qu’une première victime est déjà tombée : le site islamic-news, réputé pro-djihad. Et celui-ci ne devrait être que le premier d’une (très) longue liste car au moins une cinquantaine de plateformes sont d’ores et déjà dans le collimateur du gouvernement. Prenant acte d’une individualisation des parcours terroristes, la loi du 13 novembre 2014 renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme est dirigée contre les « loups solitaires » se radicalisant sur Internet. Mais gares aux victimes collatérales… La tentation est évidemment grande de s’en servir aussi contre des sites contestataires non liés à la mouvance islamique mais prônant l’activisme militant ou le soutien aux mouvements de libération nationale. En réalité, tout est dans la manière de définir le « terrorisme », notion éminemment élastique…

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« La République contre les libertés » (entretien avec Eric Michel)

Eric Michel est l’auteur de deux romans « Algérie ! Algérie ! » et « Pacifique » qui ont rencontré un vif succès critique. Humaniste et engagé, sensible à la cause des peuples colonisés ou opprimés par l’impéralisme, Eric Michel est lecteur de mes travaux depuis quelques années. A l’occasion de la sortie de mon dernier livre, « La République contre les libertés », il s’est prêté au jeu d’un entretien amical au sujet de questions qui parcourent ce travail : la conversion libérale de la gauche, l’instrumentalisation de la laïcité, l’obsession antiterroriste, la censure de l’expression publique, entre autres. Cet entretien est présenté ci-après.

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