Les années 80 ou le Grand Bond en arrière

Eric Michel : Pourquoi un livre sur les années 80 ?

Nicolas Bourgoin : C’est à cette période que tout ce que nous connaissons aujourd’hui se met en place : le néoconservatisme de Reagan et Thatcher, la russophobie (on se souvient de la campagne hystérique contre les JO de Moscou), les politiques sécuritaires, la conversion de la gauche au libéralisme économique, l’implantation durable du Front National dans le paysage politique français, l’émergence de la question identitaire en lieu et place de la question sociale avec le lancement de SOS Racisme… Les années 80 ferment la période ouverte par mai 68, celle de la contestation sociale et de l’esprit critique.

E.M. : Que désigne « Les Partisans » ?

N.B. : C’est une référence (explicitée dans le livre) aux résistants soviétiques de la Seconde Guerre mondiale. Plus généralement, les partisans sont des combattants non intégrés à une armée. Par extension, le terme peut désigner les activistes politiques du tournant des années 80 en France et ailleurs : Action Directe, la Fraction Armée Rouge en Allemagne, les Cellules Combattants en Belgique, les Brigades Rouges en Italie, etc. Leur engagement part d’un même constat : que le Parti Communiste est incapable de guider la classe ouvrière dans sa mission historique car il s’est social-démocratisé. En France, le PCF s’est allié au PS sur fond de Programme Commun, il a abandonné certains principes-clés de son programme lors des XXIIème et XXXIIIème congrès… Ce processus ne concerne pas seulement l’hexagone comme le montrent les reniements de l’eurocommunisme.

E.M. : On dit souvent que les années 80 scellent le triomphe de l’idéologie individualiste…

N.B. : C’est en effet la traduction sociétale de cette évolution politique, la réussite individuelle en lieu et place de l’émancipation collective. En ce sens, le personnage principal du roman, Philippe, est un archétype : il s’inscrit à l’UEC, le quitte pour s’engager dans la lutte armée, fait le constat que c’est une impasse et choisit de s’en sortir par lui-même en trahissant ses idéaux. D’autres personnages du roman, celui de Marie par exemple, portent ce cynisme ambiant qui est avant tout celui d’une époque. De ce point de vue, les années 80 sont vraiment un cauchemar politique dont nous ne sommes toujours pas sortis et dont nous ne sortirons sans doute jamais.

E.M. : Il y aura une suite ?

N.B. : Pas à proprement parler. En réalité, Les Partisans est le premier volet d’une trilogie consacrée à l’histoire de la fin du XXème siècle. Le principe : illustrer une décennie par une fiction. Il ne s’agit pas seulement de reconstituer une époque à travers des éléments contextuels (culturels ou politiques) mais de saisir son idéal-type (au sens de Max Weber) pour en faire le ressort principal de l’intrigue. Si la décennie 80 est celle des années-fric avec Bernard Tapie ministre d’un gouvernement socialiste (!) et le charity business en lieu et place de la lutte des classes, les années 1990 sont celles de l’idéologie de la « fin de l’Histoire ». Ce sera l’objet du second tome que j’ai intitulé « L’Avenir Radieux ». Le troisième, très logiquement, sera consacré aux années 70.

 

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2 réflexions sur “Les années 80 ou le Grand Bond en arrière

  1. Les années 80 ou le Grand Bond en arrière | Boycott

  2. L’avenir radieux, une histoire des années 90. – Nicolas Bourgoin

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