La France interdite, de Laurent Obertone : tromperies sur l’immigration et embrouille idéologique.

Posté sur une plage de Normandie, Laurent Obertone fixe l’horizon, le visage grave. Un mauvais vent s’est levé, des nuages noirs ternissent le ciel. La bande-son anxiogène annonce un drame imminent… Un débarquement de réfugiés ? Une tempête migratoire ? Comme un présage de cette menace, une vague plus forte que les autres lui recouvre les pieds… Il se recule et se met en marche d’un pas lourd, les gestes décomposés par le ralenti.

Dans ce clip chichiteux et racoleur dont la maison d’édition Ring s’est fait une spécialité, Laurent Obertone nous explique qu’il « est temps de regarder les choses en face », « de nous poser les bonnes questions », de reprendre en main notre destin confisqué par les élites médiatico-politiques pour le rendre à la démocratie ». En clair : d’en finir avec les tabous sur l’immigration de masse pour lever le voile sur cette réalité. Et il y a urgence, s’agissant du « seul et unique sujet important, crucial, vital pour notre pays et pour les peuples européens ». Fichtre ! L’immigration, plus grave que le changement climatique ? Les tensions géopolitiques ? Les crises financières ? Les risques sanitaires ? Oui, car nous dit Laurent Obertone, elle renferme à elle seule tous les autres problèmes. Puisque l’étranger semble être la cause de tous nos maux, l’heure est grave mais fort heureusement, il est possible d’y voir plus clair à condition de s’intéresser aux faits, rien qu’aux faits. Intention louable… Mais si les faits sont têtus, ils peuvent être passablement déformés. Démonstration faite avec ce nouvel opus qui cumule erreurs grossières, approximations et manipulations chiffrées.

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« Guerilla » de Laurent Obertone : pourquoi un tel succès ?

Le succès éditoral de Guerilla ne faiblit pas. Parti sur les chapeaux de roues (30.000 exemplaires ont été écoulés le mois de sa sortie), le livre marche toujours aussi bien deux ans après, figurant encore dans le peloton des 1000 premières ventes sur Amazon. Comment expliquer ce phénomène ? Bien que le roman ait largement bénéficié de l’intérêt et du soutien des médias au moment de sa sortie en tout cas ceux ancrés à droite (contrairement à ce qu’affirme l’auteur) ainsi que des réseaux islamophobes ou identitaires, le buzz ne fait pas le best-seller, loin s’en faut. Invoquer ses qualités littéraires intrinsèques ? À vrai dire, elles font plutôt défaut. Au lieu du choc annoncé dans de la bande-annonce tapageuse et racoleuse dont les sulfureuses éditions Ring se sont fait une spécialité, c’est plutôt du toc qui attend le lecteur. Écrit à l’emporte-pièce, décousu et morcelé, passant d’un personnage à un autre sans unité d’ensemble, le roman se contente d’aligner avec complaisance scènes de pillages, de lynchages et de meurtres jusqu’à l’écoeurement. Et lesdits personnages ne brillent pas par leur finesse. Les portraits prétendument sociologiques (le journaliste bobo, le militaire en retraite, l’antifa, le militant identitaire,…) sont grossiers et caricaturaux, sans nuances. Tout est artificiel, outrancier, invraisemblable jusqu’au nom du Président de la République (franchement, qui oserait s’appeler Jacques Chalarose ?).

Alors quoi ? Pour expliquer ses ventes, Laurent Obertone invoque souvent ses positions à contre-courant des médias officiels. Mais est-ce vraiment le cas ? Et si au contraire Guerilla devait son succès à sa parfaite conformité à l’air du temps ?

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«La France Orange mécanique», exemple d’un flagrant délire sécuritaire

 «La France Orange mécanique», exemple d’un flagrant délire sécuritaire, par Louise Fessard.

Article publié le mercredi 20 février 2013 sur http://www.mediapart.fr/

Le livre La France Orange mécanique caracole en tête des meilleurs ventes des livres d’actualité sur les sites d’Amazon et de la Fnac. Dès la préface du criminologue Xavier Raufer, le ton est donné : il s’agit de traiter de « l’ensauvagement d’une nation ». Journaliste de 28 ans, diplômé de l’école supérieure de journalisme (ESJ) de Lille selon son éditeur, Laurent Obertone (un pseudonyme) prétend dévoiler les « vrais chiffres » de la délinquance.  Ceux qu’on nous cacherait et qui font froid dans le dos. Construit sur le mode d’un compte à rebours vers une « explosion » finale, La France Orange mécanique n’aborde son réel sujet que dans les derniers chapitres : si la délinquance explose en France, c’est, selon l’auteur, du fait de la « mondialisation », entendez de l’immigration. Le procédé est assez habile. Assommé sous une avalanche de chiffres et 45 pages d’affilée de faits divers relevés dans la presse locale, le lecteur non averti s’engouffre dans l’explication « culturelle » offerte par Laurent Obertone. Le livre, qui prétend casser les tabous, esquisse des solutions ultra-sécuritaires : des juges plus sévères, le retour de la peine de mort ou à tout le moins de la vraie perpétuité, la construction de 300 000 places de prisons, et moins d’immigration. Non « politisé » La France Orange mécanique, comme l’affirme son auteur ? Si sûrement que le député Gilbert Collard et Marine Le Pen en font la promotion depuis plusieurs semaines. « Ce livre, vous devez absolument le lire et le faire lire », vante la présidente du Front national dans une vidéo en une du site du parti. Présenté comme un travail scientifique, ce « livre choc » accumule pourtant sans aucune précaution des chiffres souvent non sourcés, erronés, et interprétés au forceps pour coller à la thèse de l’auteur. Détail.

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