La France interdite, de Laurent Obertone : tromperies sur l’immigration et embrouille idéologique.

Posté sur une plage de Normandie, Laurent Obertone fixe l’horizon, le visage grave. Un mauvais vent s’est levé, des nuages noirs ternissent le ciel. La bande-son anxiogène annonce un drame imminent… Un débarquement de réfugiés ? Une tempête migratoire ? Comme un présage de cette menace, une vague plus forte que les autres lui recouvre les pieds… Il se recule et se met en marche d’un pas lourd, les gestes décomposés par le ralenti.

Dans ce clip chichiteux et racoleur dont la maison d’édition Ring s’est fait une spécialité, Laurent Obertone nous explique qu’il « est temps de regarder les choses en face », « de nous poser les bonnes questions », de reprendre en main notre destin confisqué par les élites médiatico-politiques pour le rendre à la démocratie ». En clair : d’en finir avec les tabous sur l’immigration de masse pour lever le voile sur cette réalité. Et il y a urgence, s’agissant du « seul et unique sujet important, crucial, vital pour notre pays et pour les peuples européens ». Fichtre ! L’immigration, plus grave que le changement climatique ? Les tensions géopolitiques ? Les crises financières ? Les risques sanitaires ? Oui, car nous dit Laurent Obertone, elle renferme à elle seule tous les autres problèmes. L’heure est donc grave mais fort heureusement, il est possible d’y voir plus clair à condition de s’intéresser aux faits, rien qu’aux faits. Intention louable… Mais si les faits sont têtus, ils peuvent être passablement déformés. Démonstration faite avec ce nouvel opus qui cumule erreurs grossières, approximations et manipulations chiffrées.

Dm5ZM1vW0AAjbEI

La thèse de la France Interdite tient en trois phrases : notre pays, et plus globalement l’Europe, sont victimes d’une immigration incontrôlée menaçant le devenir des « français de souche » ou des « natifs ». Cette invasion a lieu avec la complicité active des élites politiques et médiatiques qui travestissent et minimisent la portée du problème. Soumis au conditionnement médiatique (longuement analysé dans La France Big Brother), les populations blanches seraient condamnées à subir cette dépossession identitaire, ce lent génocide ethnico-culturel sans pouvoir réagir…

Fantasme ou réalité ? La loi du silence étouffe-t-elle l’information sur l’immigration ? Un bref examen de la presse mainstream nous rassure aussitôt : la question migratoire est bien traitée par les médias, et sans modération. Il suffit par exemple d’ouvrir le journal « Valeurs actuelles » (et même souvent l’ouvrir n’est pas nécessaire, un simple coup d’oeil sur la couverture suffit amplement). Un artiste connu parle « d’invasion passive » à propos des réfugiés ? La presse hexagonale s’en fait aussitôt l’écho. Et que dire de l’étrange complaisance dont semble bénéficier Eric Zemmour dont on ne compte plus les dérapages ? A-t-on affaire vraiment à une « invasion ? Le terme convient-il au regard des chiffres ? Pour le démontrer, Laurent Obertone s’attelle à mesurer « le Grand Remplacement »… mais force est de constater qu’il échoue à le faire de manière convaincante.

Mesurer l’invasion

Par bonheur, les statistiques relatives à l’immigration en France existent. Par malheur, elles tendent à infirmer la thèse de Laurent Obertone : la proportion des allogènes en France est remarquablement stable. Entre 1975 et 2015, le taux d’immigrés n’a que très modestement augmenté (de 7,4 % à 9,3 %) et le pourcentage d’étrangers est resté quasiment stable : de 6,5 à 6,7, de même que le solde migratoire qui oscille positivement entre 50.000 et 100.000 depuis 40 ans. Ces chiffres pourraient clore le débat mais, pour Laurent Obertone, tous les migrants ne se valent pas. Les uns, issus de l’immigration européenne ou eurasienne se fondent aisément dans la masse tandis que les autres, venant d’autres continents, ont la particularité de ne pas pouvoir s’intégrer (tout comme l’huile et le vinaigre qui ne se mélangent pas quand on agite la bouteille (p.364)). Mais même en acceptant ce postulat, il n’y a pas péril en la demeure. Il est vrai que le printemps arabe et les guerres menées par la France en Lybie et ailleurs ont eu pour effet indirect de faire monter cette immigration extra-européenne mais dans des proportions somme toute raisonnables : de 200.000 en 2011 à 250.000 en 2017, sans compter les retours. Les demandes d’asile ont, certes quasiment doublé en 15 ans pour franchir la barre symbolique des 100.000 mais les admissions n’ont pas explosé : on en compte 43.000 en 2017 contre 13.000 40 ans plus tôt. Rien dans ces chiffres, que n’importe qui peut aisément consulter, n’indique un Grand remplacement.

Mais pour Laurent Obertone, ces « minorités visibles » ne sont décidément pas assimilables car leur extranéité a la particularité de se transmettre de génération en génération. Ni les naturalisations, ni le droit du sol, ni aucun principe d’intégration ne peut en venir à bout pour en faire des citoyens comme les autres. Ce parti-pris lui permet d’affirmer qu’aujourd’hui « près d’un habitant de l’Hexagone sur cinq est visiblement issu de la diversité » (p.25). Cette proportion est six fois plus élevée qu’en 1970, ce qui n’est guère étonnant du fait des nombreuses vagues d’immigration s’étant produit depuis surtout quand on considère qu’on ne peut que rentrer dans cette catégorie et non en sortir.

On l’aura compris, tout le reste de la démonstration de Laurent Obertone repose sur ce tour de passe-passe : cliver les citoyens français en « natifs » et « membres des diversités visibles » en faisant de ces derniers et de leurs descendants des allogènes définitifs au mépris des lois qui gouvernement l’acquisition de la nationalité française. Fait aggravant, selon l’auteur qui reprend une étude controversée d’Hughes Lagrange, les familles subsahariennes sont souvent polygames et seraient nettement plus fécondes que les couples natifs. Affirmation à relativiser. Dans les faits, la France étant assimilationniste, cet écart n’existe généralement que pour la génération des arrivants : la fécondité des descendantes d’immigrés est proche de celle de la population majoritaire, en lien avec leur acculturation et leur conversion identitaire (les personnes de la seconde génération se sentent très majoritairement françaises). De façon plus large, la fécondité de ces couples étant en moyenne trois plus élevée que celle des natifs, près d’un tiers des naissances sur le territoire français est issu de l’immigration extra-européenne. Les naissances des parents « français de souche » ont en effet tendance à diminuer depuis le pic historique de l’an 2000 mais plutôt modestement (d’environ 10 %) et reste actuellement proche du seuil de remplacement des générations (contrairement à ce que suggère le graphique présenté page 37 dont l’échelle des ordonnées a été soigneusement choisie pour faire croire à un effondrement de la fécondité). Inversement, nous dit l’auteur, les « natifs » étant plus vieux, ils sont plus nombreux à décéder. En compilant toutes ces données, on arrive sans surprise à des projections alarmistes à l’horizon 2040 montrant un phénomène de vase communicant : toujours moins de « français de souche », toujours plus de faux français « issus de la diversité visible » et ça ne risque pas de s’arranger car comme disait Pierre Desproges, il y a de plus en plus d’étrangers dans le monde…  Grand remplacement ? L’auteur n’hésite pas à répondre oui sans hésiter, affirmant que la « majorité autochtone » sera « une minorité sur ces terres, au milieu de ce siècle » (p.43), oubliant au passage que ces descendants d’immigrés sont au moins administrativement aussi français que les autres et que la plupart parviennent tant bien que mal à s’intégrer.

Etrangers de l’intérieur

Dès lors, la démonstration de Laurent Obertone ne tient qu’avec ce postulat : les migrants extra-européens et leurs descendants ne sont pas des gens comme nous, ils ont des particularités génétiques qui les rendent inassimilables et sont un obstacle insurmontable au « vivre-ensemble » que les élites politiques et médiatiques voudraient imposer aux « français de souche » contre leurs intérêts et leur volonté. Sur-représentés parmi les chômeurs et les bénéficiaires des aides sociales (p.68), davantage auteurs de crimes et de délits (p.86, 141, 235 et 253; aucune statistique ethnique n’existant en France, l’auteur s’appuie sur une étude de Pierre Tournier vieille de 20 ans, une vague référence aux faits divers de la « presse locale », à son livre La France orange mécanique et à des corrélations écologiques dont le caractère fallacieux a déjà été démontré), les immigrés de la « diversité visible » auraient une compétence moindre du fait d’un Quotient Intellectuel moyen plus faible que celui des natifs et leurs enfants seraient moins performants à l’école pour cette même raison. Les statistiques pour le montrer faisant encore une fois défaut, Laurent Obertone s’appuie sur les enquêtes nationales PISA (p.256) ainsi que sur des enquêtes étrangères parfois anciennes sur le lien entre nationalité d’origine et quotient intellectuel (p.323). La conclusion s’impose selon lui : les populations allogènes (« diversités visibles ») tirent la France et plus généralement l’Europe vers le bas en faisait baisser le QI moyen, la réussite scolaire et la compétitivité économique (p.324). Et ça ne risque pas non plus de s’arranger puisque l’intelligence serait « très fortement héréditaire » (p.325) et que les personnes incultes ou « socialement moins compétentes » ont plus d’enfants que les autres (p.326). Une question demeure toutefois : la baisse du QI que l’auteur situe à partir des années 1990 est beaucoup plus récente que l’immigration… pourquoi alors n’a-t-il pas baissé plus tôt ? L’hypothèse des perturbateurs endocriniens que l’auteur balaie d’un revers de main semble beaucoup plus solide.

Contre les lieux communs, il faut rappeler que près de la moitié des migrants à Calais appartiennent à des classes sociales supérieures dans leur pays d’origine et 20% à des classes moyennes. Le voyage coûte cher, plus de 5000 dollars pour simplement traverser la méditerranée, ce qui sélectionne les candidats à l’exil. « Il y a une règle : ce ne sont jamais les plus pauvres qui migrent », souligne Pierre Henry, directeur de l’association France Terre d’Asile à « l’Obs ». « Pour la plupart, ce sont des gens qui ont eu accès à l’éducation et la culture dans leurs pays d’origine. C’est même souvent l’éducation qui les pousse à tenter leur chance pour un meilleur avenir. » Se pose aussi la question de la discrimination à l’égard des populations de couleur que Laurent Obertone évoque pour l’écarter aussitôt : les asiatiques, bien que tout aussi discriminés que les noirs et les arabes, réussissent mieux que ces derniers (p.267). Sauf que, reconnaît l’auteur, si la communauté asiatique a été ostracisée, c’est surtout « dans le passé »… Certaines enquêtes montrent exactement le contraire : les immigrés non-européens se sentent majoritairement français à partir de la seconde génération… mais se sentent tout aussi majoritairement perçus comme étrangers.

Partant de ce constat pour le moins fragile (les Noirs et les Arabes ont des compétences inférieures à celles des Blancs) bricolé avec des données peu fiables et hétérogènes, l’auteur justifie leur discrimination de fait : « si nous ne sommes pas égaux, en aptitude comme en volonté, nous n’avons aucune raison de viser et encore moins d’obtenir les mêmes revenus, les mêmes prestiges, les mêmes gratifications. L’inégalité est un fait, l’égalité est un rêve » (p.317). Il va même jusqu’à affirmer que leur exclusion sociale devrait être encore plus forte compte tenu de leurs faibles compétences (p.290). Pourquoi donc ne l’est-elle pas ? À cause de la discrimination positive qui défavoriserait les Blancs, la peur des employeurs ou des bailleurs d’être taxés de racistes et sans doute une vague culpabilité d’anciens colonisateurs soigneusement entretenue par les medias. Cette sélection « contre nature » (p.313) stigmatisant les autochtones serait, selon lui, la manifestation d’un « racisme anti-blanc ». Faut-il rappeler une nouvelle fois que ce mythe propagé par la droite est un non-sens sociologique ? Le racisme est une violence symbolique exercée par des dominants à l’encontre de dominés. Agressivité, ressentiment ou animosité oui, racisme non. Mais il est vrai que Laurent Obertone ne croit pas aux réalités sociales…

Le gène de la pauvreté.

De façon plus générale, comme dans son précédent opus La France Big Brother, Laurent Obertone prend systématiquement le contrepied des analyses sociologiques en substituant un hypothétique déterminisme génétique aux déterminismes sociaux. Conséquence de ce parti-pris, les données empiriques dont il abreuve le lecteur (on trouve plus de 60 pages de références !) sont souvent sorties de leur contexte social, culturel et historique et s’en trouvent de fait fragilisées. « Tout groupe vivant veut protéger son homogénéité. Toute différence est perçue comme une menace. Cette défiance réciproque, norme plus qu’exception, est le prix de la préservation des espèces. » Cette assertion empruntée à Konrad Lorenz permet à l’auteur d’affirmer que le multiculturalisme est un crime contre l’humanité (p.161). S’applique-t-elle à toutes les sociétés humaines ? On peut évidemment en douter. Même motif même punition page 315 («Comme tous les êtres humains, et comme tous les animaux, nous naissons avec l’ambition de créer une inégalité favorable à notre personne »). L’homme n’est-il pas (au moins en partie) un être social, façonné par une société ? Plus loin (p.332), l’auteur cite le professeur Tatu Vanhanen (« les difficultés intellectuelles sont le facteur le plus significatif pour expliquer la pauvreté ») mais sans montrer le mécanisme qui lie ces deux variables. En revanche, le rapport entre QI et réussite sociale évoqué peu après (p.337) se comprend si l’on considère que ce test mesure en réalité la capacité d’adhésion aux normes culturelles dominantes. On peut enfin citer cette perle : « la peur du métissage, qu’il soit racial ou culturel, serait un banal mécanisme de conservation » (p.364). Pas un mot pour expliquer pourquoi certains sont plus téméraires que d’autres…

Plus grave, certaines assertions sont partiellement ou totalement inexactes. Ainsi, il est vrai que le nombre d’accidents du travail diminue en France mais seulement chez les hommes (p.197), notre taux d’incarcération n’est pas « un des plus bas de l’Europe occidentale » (p.221) mais se situe plutôt dans la moyenne haute (il a quasiment triplé en 40 ans), les hommes des pays subsahariens n’ont pas « en moyenne 6 à 13 enfants » (p.93) mais un peu plus de 4 selon les dernières estimations de 2017 (INED). D’autres sont non sourcées, et pour cause : comment affirmer que la population extra-européenne et non eurasienne résidant en France a été multipliée par 200 en 40 ans (p.12) alors que les statistiques ethniques font défaut pour le montrer ? D’autres encore incomplètes : l’évaluation du « coût » de l’immigration (p.133 et suivantes) est uniquement à charge et présente des inexactitudes : les migrants ne touchent pas d’argent de poche, pour percevoir une allocation (famille ou logement) ou prétendre au RSA il faut être réfugié statutaire et avoir obtenu un permis de séjour de dix ans, l’attribution d’une AME n’est pas systématique mais très restrictive, etc. Et Quid de ce qu’elle rapporte à la France ? Question subsidiaire : combien leur ont coûté les guerres impérialistes menées par l’Occident en Lybie, en Afghanistan ou au Mali ?

« La frontière qui traverse l’Europe aujourd’hui est celle qui sépare les progressistes des nationalistes » (Emmanuel Macron).

En définitive, ce livre en dit autant sinon plus par sa réception que par son contenu explicite. Il y a ne serait-ce que 20 ans, sa diffusion aurait été confidentielle, cantonnée à des réseaux militants. Aujourd’hui, il s’affiche dans les cinq premières ventes sur Amazon juste derrière Destin Français , le dernier livre d’Eric Zemmour encensé par de nombreux médias. Cette mise en cause de l’immigration, symptôme d’un malaise identitaire, est répandue beaucoup de pays européens comme le montrent de nombreuses enquêtes. Entre temps, il y a eu la révolution (néo)conservatrice sur fond de « guerre contre le terrorisme » et les nombreuses lois contre le port du voile. Pendant qu’on montre du doigt l’Islam, on lamine l’esprit critique dans l’enseignement scolaire et on fait disparaître l’histoire de l’immigration des programmes de lycée. L’islamophobie monte en flèche, la parole raciste se libère un peu partout et ce livre, quoi qu’en dise l’auteur, en sera un formidable accélérateur. Du pain béni pour le système de domination en permettant à ses représentants politiques (Merkel, Macron et les autres) de se poser en « remparts contre le fascisme » et de réduire le débat à une opposition de façade entre libéraux-progressistes-mondialistes et populistes-nationalistes. Attali contre Zemmour. Dans ce clivage taillé sur mesure pour les dominants, c’est bien la question sociale qu’on étouffe sous la question identitaire.

Publicités

« Guerilla » de Laurent Obertone : pourquoi un tel succès ?

Le succès éditoral de Guerilla ne faiblit pas. Parti sur les chapeaux de roues (30.000 exemplaires ont été écoulés le mois de sa sortie), le livre marche toujours aussi bien deux ans après, figurant encore dans le peloton des 1000 premières ventes sur Amazon. Comment expliquer ce phénomène ? Bien que le roman ait largement bénéficié de l’intérêt et du soutien des médias au moment de sa sortie en tout cas ceux ancrés à droite (contrairement à ce qu’affirme l’auteur) ainsi que des réseaux islamophobes ou identitaires, le buzz ne fait pas le best-seller, loin s’en faut. Invoquer ses qualités littéraires intrinsèques ? À vrai dire, elles font plutôt défaut. Au lieu du choc annoncé dans de la bande-annonce tapageuse et racoleuse dont les sulfureuses éditions Ring se sont fait une spécialité, c’est plutôt du toc qui attend le lecteur. Écrit à l’emporte-pièce, décousu et morcelé, passant d’un personnage à un autre sans unité d’ensemble, le roman se contente d’aligner avec complaisance scènes de pillages, de lynchages et de meurtres jusqu’à l’écoeurement. Et lesdits personnages ne brillent pas par leur finesse. Les portraits prétendument sociologiques (le journaliste bobo, le militaire en retraite, l’antifa, le militant identitaire,…) sont grossiers et caricaturaux, sans nuances. Tout est artificiel, outrancier, invraisemblable jusqu’au nom du Président de la République (franchement, qui oserait s’appeler Jacques Chalarose ?).

Alors quoi ? Pour expliquer ses ventes, Laurent Obertone invoque souvent ses positions à contre-courant des médias officiels. Mais est-ce vraiment le cas ? Et si au contraire Guerilla devait son succès à sa parfaite conformité à l’air du temps ?

guerilla-9791091447492_0

Lire la suite

«La France Orange mécanique», exemple d’un flagrant délire sécuritaire

 «La France Orange mécanique», exemple d’un flagrant délire sécuritaire, par Louise Fessard.

Article publié le mercredi 20 février 2013 sur http://www.mediapart.fr/

Le livre La France Orange mécanique caracole en tête des meilleurs ventes des livres d’actualité sur les sites d’Amazon et de la Fnac. Dès la préface du criminologue Xavier Raufer, le ton est donné : il s’agit de traiter de « l’ensauvagement d’une nation ». Journaliste de 28 ans, diplômé de l’école supérieure de journalisme (ESJ) de Lille selon son éditeur, Laurent Obertone (un pseudonyme) prétend dévoiler les « vrais chiffres » de la délinquance.  Ceux qu’on nous cacherait et qui font froid dans le dos. Construit sur le mode d’un compte à rebours vers une « explosion » finale, La France Orange mécanique n’aborde son réel sujet que dans les derniers chapitres : si la délinquance explose en France, c’est, selon l’auteur, du fait de la « mondialisation », entendez de l’immigration. Le procédé est assez habile. Assommé sous une avalanche de chiffres et 45 pages d’affilée de faits divers relevés dans la presse locale, le lecteur non averti s’engouffre dans l’explication « culturelle » offerte par Laurent Obertone. Le livre, qui prétend casser les tabous, esquisse des solutions ultra-sécuritaires : des juges plus sévères, le retour de la peine de mort ou à tout le moins de la vraie perpétuité, la construction de 300 000 places de prisons, et moins d’immigration. Non « politisé » La France Orange mécanique, comme l’affirme son auteur ? Si sûrement que le député Gilbert Collard et Marine Le Pen en font la promotion depuis plusieurs semaines. « Ce livre, vous devez absolument le lire et le faire lire », vante la présidente du Front national dans une vidéo en une du site du parti. Présenté comme un travail scientifique, ce « livre choc » accumule pourtant sans aucune précaution des chiffres souvent non sourcés, erronés, et interprétés au forceps pour coller à la thèse de l’auteur. Détail.

Lire la suite