Manifestation interdite : un pas de plus vers la dictature.

Après les coups de matraque, l’interdiction. La fuite en avant sécuritaire dans lequel le gouvernement s’est engagé ne faiblit pas. Incapable de faire taire les voix qui contestent la funeste et bien mal nommée « loi travail », l’exécutif n’a plus que les rapports de force pour faire passer la casse du droit du travail : 49-3 à l’Assemblée et interdiction de manifester dans la rue. Cette décision a évidemment suscité un tollé dans le monde syndical, même la CFDT pourtant signataire du texte s’en est émue. Comme avec la circulaire Valls contre Dieudonné, la menace de « trouble à l’ordre public » est une fois de plus mise en avant pour justifier une mesure autoritaire et liberticide. Et dans ce cas comme dans l’autre, l’interdiction qui risque fort de faire jurisprudence est lourde de conséquences pour l’avenir des libertés publiques…

4920973_6_6448_2016-05-17-3ecbcda-5879874-01-06_a1008f013e233b1ec62dc4911ed8c1fa

Après avoir exigé un rassemblent statique (!) en lieu et place du défilé prévu entre Bastille et Nation, le préfet de police de Paris (dépositaire de l’autorité de l’État) a finalement interdit la manifestation de jeudi contre la loi Travail. Cette décision rompt avec soixante ans de tolérance relative vis-à-vis de la contestation sociale et politique : l’État français n’a jamais interdit à des confédérations syndicales de manifester depuis 1958. Cette surenchère autoritariste  n’a pas manqué de faire réagir les leaders syndicaux dont Jean-Claude Mailly pour qui elle fait reculer encore un peu plus l’État de droit. Par celle-ci, a-t-il affirmé, « la France rejoindrait le peloton de certains pays qu’on ne peut pas qualifier de démocratie« . Certains politiques se sont aussi indignés de cette décision, notamment Marine le Pen qui dénonce « une atteinte grave à la démocratie« .

Bien qu’il soit totalement à rebours des engagements du candidat Hollande (qui affirmait en mars 2012 : « le seul droit que nous avons, c’est le droit de manifester autant que nécessaire« ), ce coup de force ne surprendra que ceux qui ignorent le recul continu des libertés publiques laminées par les multiples lois censées combattre le terrorisme votées depuis quatre ans. Après avoir criminalisé la dissidence politique, l’exécutif passe maintenant à la vitesse supérieure : pénaliser la contestation syndicale pourtant déjà fortement contrôlée et encadrée par l’État. Rappelons qu’en cas de non-respect de l’interdiction, les peines prévues sont lourdes. Pour les organisateurs, le Code pénal prévoit six mois de prison et 7 500 euros d’amende. Les citoyens récalcitrants encourent une contravention de première classe, soit 11 euros. C’est ce que risquent Pierre Laurent, le patron du PCF, Marie-George Buffet ou encore Pascal Cherki ou Christian Paul, députés socialistes frondeurs, qui ont d’ores et déjà annoncé leur présence.

Les bonnes conscience de gauche qui ne se sont pas émues des effets liberticides de la circulaire du ministre Valls au moment de son bras de fer avec Dieudonné doivent se sentir bien seules. À l’époque, rares étaient ceux qui s’étaient alertés de cette jurisprudence pourtant lourde de conséquences pour l’avenir des libertés publiques (que nous avions analysé ici). Aujourd’hui, la mécanique est strictement identique : invoquer de possibles troubles à l’ordre public pour faire taire les voix contestataires de la politique de l’exécutif, de plus en plus nombreuses en ces temps de régression sociale généralisée. À tous ceux qui s’arrangent de ce Nouvel ordre sécuritaire, nous ne pouvons que conseiller de méditer cet aphorisme que l’on attribue à Benjamin Franklin : « un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. »

Advertisements

2 réflexions sur “Manifestation interdite : un pas de plus vers la dictature.

  1. Ma question est : à partir de quand les multiples observateurs / acteurs de la vie publique l’appelleront clairement « une dictature ». Que faut-il encore de plus pour que l’on cesse d’employer des formules comme « un pas de plus vers la dictature » ? Et surtout, qui oserait encore parler de « démocratie » ?!

    Je dois être un de ces « extrémistes conspirationnistes », sûrement…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s