L’explosion de l’islamophobie en France, symptôme d’une société malade.

Depuis plus de 10 ans, les agressions contre les musulmans se multiplient en France. Elles sont en hausse de 11,3 % sur les 9 premiers mois de l’année par rapport à la même période en 2012. Cette année-là, près de 500 actes envers des institutions ou des individus ont été recensés, 200 de plus qu’en 2011 et 300 de plus qu’en 2010. En moyenne, une institution chaque semaine et un individu chaque jour sont victimes d’actes d’hostilité, dégradation ou agression physique. Et encore, ne s’agit-il là que des seuls actes déclarés par les victimes, un grand nombre d’entre elles préférant se taire. Cette comptabilité laisse également de côté la cyber-haine islamophobe qui envahit les réseaux sociaux. Totalement occultée par les medias dominants, l’islamophobie n’en fait pas moins des ravages dans notre société. Cette évolution massive des opinions et des comportements est l’indice d’une transformation profonde du champ politique, elle-même étant le reflet de mutations plus larges, notamment économiques.

L’islamophobie explose en France. Selon le rapport du Collectif Contre l’Islamophobie en France[1], les agressions physiques ou verbales contre les musulmans ont augmenté de 57 % en 2012 par rapport à l’année précédente. Depuis 2005, leur fréquence a quasiment décuplé. Les atteintes interpersonnelles (agressions verbales ou physiques) ont connu une croissance pharamineuse avec 27 fois plus de cas recensés en 2012 qu’en 2008. Les institutions (cimetières, mosquées, associations, centres culturels, boucheries et restaurants halal) sont régulièrement la cible d’actes de vandalisme ou de dégradation en nombre croissant : ces actes ont été en 2012 cinq fois plus fréquents qu’en 2007 et ceux visant les mosquées ont été deux fois plus nombreux en 2012 qu’en 2011. L’islamophobie se banalise et touche désormais tous les secteurs de la société : « Nous observons une mutation de l’islamophobie, qui après avoir été longtemps et majoritairement l’œuvre des services publics, s’enracine désormais dans le monde du travail, dans le secteur privé, sous la forme d’atteintes interpersonnelles ou d’agressions. La France est passée d’une islamophobie politique à une islamophobie culturelle, relayée politiquement » note le CCIF dans son rapport annuel. Le rôle joué par les medias dans cette diffusion est déterminant.

La construction médiatique du « problème musulman[2] »

L’agenda politico-médiatique des affaires relatives à la question musulmane semble influencer fortement la fréquence des agressions anti-islam. La forte recrudescence d’actes islamophobes correspond à une actualité où la couverture médiatique de l’islam et des musulmans est forte : en 2004, année des débats sur le vote de la loi interdisant le port du hijab à l’école publique, en 2009 au moment du débat sur l’identité nationale et en 2010 au moment du vote de la énième loi ant-voile. L’année 2012 connaît des pics sensibles en avril-mai et en septembre-octobre, aux périodes de l’affaire Mohamed Merah et aux moments de la sortie de la vidéo raciste L’innocence des musulmans, de la publication des caricatures du prophète par Charlie Hebdo et de l’épisode du pain au chocolat de Jean-François Copé. « Cela fait plusieurs années que le CCIF constate cette corrélation entre le traitement médiatique et politique du fait musulman en France et la hausse du passage à l’acte islamophobe », lit-on dans le rapport.

Pour l’opinion, les sujets abordés par les médias étant par définition dignes d’intérêt, on comprend qu’un sujet médiatiquement surinvesti acquiert facilement le statut de problème prioritaire. Si les politiques et les médias sont à ce point obsédés par la question de l’Islam, c’est le signe évident que cette religion pose problème. Dans une étude plus large, on notait une relation similaire entre fréquence des articles ou des émissions traitant de la délinquance et variation du sentiment d’insécurité (préoccupation pour la délinquance) (voir ici). Tandis que les lois antivoiles banalisent la discrimination en la légalisant, les campagnes ou débats publics autour de l’Islam ont pour effet de libérer la parole islamophobe (ceux de l’automne 2009 à propos de l’identité nationale ont été sur ce point exemplaires). Les deux combinés ouvrent la porte à toutes les dérives et ne peuvent qu’encourager les agressions contre la communauté musulmane et ses institutions.

Les machines de guerre islamophobes : laïcité et féminisme

L’islamophobie aime se présenter sous le masque respectable de la laïcité. Dernière manoeuvre politicienne en date, la promulgation d’une charte de la laïcité à l’école a été une nouvelle fois l’occasion de s’attaquer aux signes extérieurs de la pratique religieuse des musulmans et de stigmatiser cette communauté (voir ici). En réalité, cette laïcité que revendiquent les politiques est à géométrie variable : tandis que l’on stigmatise l’Islam à travers les manifestations visibles de sa pratique, on ne craint pas de défendre « l’identité judéo-chrétienne » de la France ou ses « racines juives » (voir ici).

Alors que les victimes des actes islamophobes déclarés sont très majoritairement des femmes (elles représentent 85 % de l’ensemble des cas visant des individus et la quasi-totalité des agressions physiques), certaines associations féministes combattent ouvertement le port du voile et ont milité activement pour son interdiction, en particulier le collectif Ni Putes Ni Soumises (voir ici). Rappelons que les femmes voilées sont une cible privilégiée de la violence islamophobe, celles-ci représentant plus des trois-quarts de l’ensemble des victimes et que cette violence est souvent une violence d’État, au moins un fonctionnaire étant mis en cause dans plus de 40 % des cas recensés. Dans deux cas sur trois, il s’agit d’un fonctionnaire de l’Education Nationale, dans un cas sur sept, d’un fonctionnaire de police. Mais cette contradiction manifeste ne semble pas beaucoup gêner l’association Ni Putes Ni Soumises toujours prompte à stigmatiser le sexisme des jeunes maghrébins et à combattre le port du voile dans des campagnes à forts relents néocoloniaux.

L’idéologie islamophobe au service de la classe dominante.

« Les idées dominantes d’une époque sont les idées de la classe dominante », écrivait Marx. Ainsi, il s’est construit un véritable consensus national sur l’idée que l’islam pose problème et notamment qu’il constitue une menace pour la laïcité. Consensus fabriqué de toutes pièces par les medias dominants soumis aux logiques financières des grands groupes capitalistes, dont certains journalistes n’hésitent pas à tenir des propos ouvertement islamophobes (voir ici). Ce consensus est d’autant plus fort qu’il apparaît comme un moyen efficace dont disposent la classe dominante et son État pour faire diversion face à la crise. La maîtrise des flux migratoires et la stigmatisation des populations immigrées et de leurs enfants au travers de lois sécuritaires et discriminatoires permettent au gouvernement de retrouver une part de la souveraineté qu’il a perdue dans son impuissance manifeste à combattre efficacement la crise économique et sociale du fait des contraintes budgétaires européennes auxquelles il est soumis avec une intensité croissante, tout en canalisant les colères populaires contre un ennemi imaginaire. Face au désarroi provoqué par les politiques d’austérité, le musulman est appelé à jouer le rôle de bouc émissaire, et il excelle d’autant plus dans ce rôle qu’il en cumule toutes les qualités : sans soutien, visible et socialement dominé. La stigmatisation dont il est l’objet semble être sans limites. L’islamophobie se diffuse dans tous les espaces sociaux : les femmes voilées sont exclues d’un nombre croissant de lieux du fait de l’empilement des lois votées depuis dix ans (voir ici), sans même parler de celles à venir (voir ici), la discrimination à l’égard des musulmans s’amplifie et ceux-ci se voient de plus en plus fréquemment privés d’accès à certains services comme ceux proposés dans les auto-écoles, les salles de sport, les centres de bronzage ou de beauté, les restaurants, les centres de formation professionnelle,… en raison des signes de leur appartenance religieuse. « Plus grave, de nombreux médecins refusent de soigner des femmes en raison de leur voile ou des hommes en raison de leur barbe », note le CCIF dans son rapport.

Nouvelle idéologie dominante, l’islamophobie se banalise non seulement dans les actes et mais aussi dans les esprits : d’après une récente enquête, les Français soutiennent très largement (à 87 %) la crèche Baby Loup dans son différend avec une salariée musulmane voilée qu’elle a licenciée et se déclarent favorables (à 84 %) à une loi interdisant les signes religieux ou politiques dans les entreprises privées. Droite et gauche confondues, le consensus islamophobe est aujourd’hui quasi-total (voir ici).

L’islamophobie fait le lit du fascisme.

En un peu plus de 10 ans, la présence musulmane est devenue un véritable problème de sécurité intérieure : loi antiterroriste de Daniel Vaillant, lois discriminatoires anti-voile de Sarkozy, racisme anti-arabe assumé de Brice Hortefeux, croisades antimusulmanes de Claude Guéant, délires islamophobes de Manuel Valls (ce dernier renie d’ailleurs le terme même), … les ministres changent, la ligne politique reste identique : taper encore et toujours sur le musulman. La lepénisation des discours et des pratiques atteint la quasi-totalité du corps politique français qui reprend à son compte la rhétorique frontiste sur « l’islamisation de la France », la « menace intégriste » ou le « communautarisme musulman ». Ce véritable racisme d’État qui se met peu à peu en place n’est pas sans rappeler les lois de Nuremberg adoptées dans un contexte d’ailleurs similaire au nôtre (crise économique et sociale et tensions internationales).  Aux mêmes causes, les mêmes effets. Le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie, mais son évolution par temps de crise, écrivait Bertolt Brecht. L’exclusion progressive des musulmans de la société française, comme d’ailleurs des autre sociétés européennes également touchées par les politiques d’austérité, ne peut que contribuer à lui donner raison.


[1] Rapport annuel 2013 sur les valeurs 2012, Collectif Contre l’Islamophobie en France.

[2] J’emprunte cette expression à Marwan Mohamed dont on lira avec profit le dernier ouvrage : Islamophobie. Comment les élites françaises fabriquent le problème musulman (avec Abdellali Hajjat), Éditions La Découverte.

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4 réflexions sur “L’explosion de l’islamophobie en France, symptôme d’une société malade.

  1. L’antisémitisme augmente-t-il en France ? – Nicolas Bourgoin

  2. Communautaristes et néoconservateurs : les soutiens français de l’agression israélienne. – Nicolas Bourgoin

  3. pas mal mais en ce qui concerne l’islamophobie c’est une vaste blague si les musulmans de france etaient traités comme on traite les chetiens dans les pays musulmans ils ne resteraient pas longtemps en france. IL faudrait surtout parler de chistianophobie mais bien sur vous n’en parler pas ; en fait ce qu iil faut comprendre c’est que les gens sont pas fou nous voyons tous que nous assistons à une immigration forcé par nos elites et la discriminations positives est deja la en france. POUR conclure de nos jours il est plus avantageux d’etre francais d’origine etrangere ou etranger que francais de souche qui lui est vraiment stigmatisé et n’a qu’un droit c’est fermer sa gueule sous peine d’etre traité de raciste’ dhomophobe d’antisemitei

    • Les musulmans de France ,sont pour la plupart des FRANÇAIS et méritent à ce titre qu’on les traite comme les autres Français : juifs,chrétiens, athées ou autres…Et non que leurs pseudo-élites passent leur temps à leur cracher à la figure et à monter l’opinion publique contre eux . Après avoir servis comme chair à canon contre les allemands et avoir été exploités pendant des décennies pour la construction de la France en chantier . C’est le minimum qu’on leur doit!
      Quand à la comparaison avec le traitement réservé aux chrétiens dans les pays musulmans, elle est tout simplement abjecte.
      Ainsi il vous semblerait normal de bafouer les droits de citoyens musulmans dans un pays démocratique, sous prétexte que leur coreligionnaires dans certains pays que vous n’hésiteriez certainement pas à qualifier d’arriérés (et vous n’auriez pas totalement tort) on ne respecte pas le droit de pratique religieuse des chrétiens ou autres ??
      N’oubliez pas que contrairement à ces pays… La France s’érige perpétuellement en « donneuse de leçon » et parangon de liberté
      , elle doit donc de ce fait, au moins faire semblant de croire aux valeurs qu’elle prône en s’y conformant…
      Quant au « français de souche » c’est vrai qu’il est à plaindre le pauvre, c’est vrai qu’il galère tellement pour obtenir un logement du fait de son patronyme, sans oublier qu’il est discriminé à l’emploi, et contrôlé plusieurs fois par jour par la police pour délit de sale gueule.
      Ce racisme institutionnel anti français de souche, ou peut-on dire anti-blancs… Et dont personne ne s’indigne sauf Alain Finkielkraut, William Goldnadel et Jean François Copé (trois français pure souche ) dont le courage et la probité intellectuelle ne sont plus à démontrer 😃

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