Les années 80 ou le Grand Bond en arrière

Eric Michel : Pourquoi un livre sur les années 80 ?

Nicolas Bourgoin : C’est à cette période que tout ce que nous connaissons aujourd’hui se met en place : le néoconservatisme de Reagan et Thatcher, la russophobie (on se souvient de la campagne hystérique contre les JO de Moscou), les politiques sécuritaires, la conversion de la gauche au libéralisme économique, l’implantation durable du Front National dans le paysage politique français, l’émergence de la question identitaire en lieu et place de la question sociale avec le lancement de SOS Racisme… Les années 80 ferment la période ouverte par mai 68, celle de la contestation sociale et de l’esprit critique.

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Charlie, nouvelle religion d’État.

Par quel miracle un journal satirique a-t-il pu devenir l’un des organes de la pensée officielle ? Cette métamorphose témoigne bien sûr de la capacité du système à faire feu de tout bois et à tout recycler mais elle montre surtout les affinités entre la pensée libérale-libertaire et les intérêts des élites mondialistes. Et celles-ci ne sont jamais avares pour récompenser leurs loyaux serviteurs comme on l’a vu à l’occasion du battage médiatico-politique qui a suivi les attentats de janvier : minutes de silence un peu partout en France, drapeaux en berne, journées de deuil national, manifestations de solidarité émaillées de « dérapages » anti-Islam, grande marche républicaine symbolisant l’union sacrée des politiques contre « la barbarie et le terrorisme » à laquelle se sont associés la totalité des partis du système et des organisations de l’antiracisme institutionnel ainsi que de nombreux chefs d’État, slogans de soutien omniprésents, déclarations martiales des responsables politiques en dépit des zones d’ombre qui brouillent cette nouvelle affaire, à l’image de celles des attentats du 11 septembre.

À l’occasion du premier anniversaire des attentats, les élites politiques ressortent les plats – avec parfois quelques ratages – au risque de provoquer la nausée. Exploiter jusqu’au bout ce drame pour renforcer le système de domination et pour lancer la France dans des aventures militaires de tous les dangers – le tout sous couvert de « guerre contre le terrorisme » – est clairement la ligne politique du gouvernement. Les bénéfices attendus sont bien là : restauration d’un crédit politique perdu sur le front économique et social et promulgation d’une batterie de lois liberticides pour museler la contestation sociale. Mais l’essentiel est peut-être ailleurs. La mascarade du 11 janvier et celle des commémorations forcées du premier anniversaire (en attendant les suivants !) ont aussi pour objectif de formater les esprits en posant les bases de ce que l’on pourrait appeler une « religion d’État ». Une religion laïque – et même laïciste – mais dont la fonction première est de dresser un rideau de fumée idéologique entre la conscience et la réalité.

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Le musulman, paria de la République

Une nouvelle loi anti-voile ? après celle de 2004 proscrivant le port des signes religieux à l’école, celle de 2010 pénalisant le port de la burqa, la circulaire Chatel relative aux sorties scolaires et la loi anti-nounous concernant les assistantes maternelles, la prochaine pourrait bien viser les  étudiantes voilées. La secrétaire d’État aux droits des femmes a en tout cas relancé le débat en affirmant qu’elle était à titre personnel hostile au port du voile à l’Université. Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, avait exprimé un avis similaire suite à la publication d’un rapport du Haut Conseil à l’Intégration en août 2013, avec un même argument : le port du voile menacerait la laïcité. Mais celui-ci ne résiste pas à une lecture des textes fondateurs qui définissent la laïcité comme une obligation concernant les locaux, le programme scolaire et le personnel enseignant, mais non les élèves – principe retenu par l’avis du Conseil d’État à propos de la première loi anti-foulard de 1989. Elle donne en réalité obligation à l’institution scolaire d’accepter tous les élèves, quelle que soit leur origine ou leur religion, d’accueillir chacun avec ses croyances. La fausse laïcité est aujourd’hui une vraie islamophobie, un principe discriminatoire qui s’exerce au dépens exclusif des musulmans. La question qui vient alors est : pourquoi un tel acharnement contre l’Islam ?

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