1960′ : les années Mao et Coca-Cola

« Novembre 1966. Fille et petite-fille d’ouvriers, Françoise « monte » dans la capitale faire ses études de lettres. Elle découvrira les bidonvilles de Nanterre, le racisme et la violence patronale mais aussi la fraternité militante et l’amour par-delà les frontières. Ses rencontres successives lui feront peu à peu oublier sa honte de transfuge de classe. Celle, décisive, avec un militant maoïste « établi » en usine bouleversera son parcours tout tracé en la faisant renouer avec ses origines sociales. Son engagement politique révolutionnaire la mènera-t-elle jusqu’au point de non-retour ? »

C’est un livre sur les rapports de classe ? Sur le maoïsme ? Sur la fin des illusions ?

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Nicolas Bourgoin : C’est d’abord l’itinéraire d’une jeune fille issue de la classe ouvrière qui se retrouve à la fac, comme le résume le texte de la quatrième de couverture. C’est un apprentissage à la fois culturel, intellectuel, sentimental et politique, tout ça étant évidemment lié. Mais au-delà, c’est une critique des contradictions propres à la société des années 60 : un consumérisme effréné mêlé à un radicalisme politique gauchiste. Comme le dit Jean-Luc Godard dans Masculin Féminin (que Françoise va voir avec ses amis), les jeunes de cette époque sont en quelque sorte « les enfants de Marx et de Coca-Cola ».

Sur un plan plus personnel, c’est aussi un livre sur la fin des illusions de l’enfance. Fille unique choyée par ses parents, Françoise va se retrouver confrontée à une réalité qu’elle ne soupçonnait pas, elle qui idéalisait l’Université. Les bidonvilles de Nanterre, le racisme, la violence politique, l’exploitation patronale, la guerre du Vietnam.

Eric Michel : Quid de sa relation avec Ahmed ?

NB : La relation amoureuse qu’elle noue avec un jeune ouvrier maghrébin du bidonville est symptomatique de la naïveté de son rapport au monde. N’ayant qu’une conscience limitée des clivages de classe, elle ne comprend pas pourquoi elle est vouée à l’échec. Pourquoi aussi les injustices sociales ne se réparent pas avec un simple claquement de doigts. Comme dit l’un des personnages du livre, il ne suffit pas de sauter par-dessus une frontière de classe pour l’annuler, elle continue d’exister malgré soi.

EM : Sa relation avec ses parents est aussi marquée par une certaine ambivalence…

NB : Ils représentent pour Françoise ce dont elle cherche à s’émanciper : la classe ouvrière. La honte de ses propres origines influence ses rapports avec les autres, notamment ses camarades étudiants à qui elle cherche à les cacher. Mais, paradoxalement, l’ouvriérisme est valorisé dans une université rouge comme l’était celle de Nanterre où l’on prenait le contre-pied des codes culturels bourgeois, avec une certaine hypocrisie d’ailleurs. L’engagement dans le communisme sera pour Françoise une manière de résoudre cette contradiction.

EM : De retrouver ses racines aussi ?

NB : Oui, et surtout dans la mesure où ses parents, en devenant cafetiers, se sont émancipés  du prolétariat. Françoise n’a en réalité qu’un rapport indirect et très fantasmé, idéalisé, avec le monde ouvrier, concrètement avec un grand-oncle communiste décédé quand elle était petite fille. En ce sens, l’établissement maoïste en usine représente pour elle une voie royale : s’émanciper culturellement tout en renouant avec ses origines de classe.

EM : Le livre porte une critique du syndicalisme traditionnel…

NB : Il y a une bureaucratisation, un embourgeoisement des syndicats que Françoise perçoit très bien. Avant de défendre la classe ouvrière, de se battre pour son émancipation et par voie de conséquence celle de la société toute entière, ils se battent pour leurs privilèges d’aristocrates ouvriers. L’action qui se déroule en 1967 préfigure sur ce plan ce qui se passera avec les accords de Grenelle, par exemple. Françoise en est consciente car elle n’a pas oublié là d’où elle vient. D’où son radicalisme politique qui la conduit à l’action directe.

EM : Il y a une critique du maoïsme, aussi

NB : Il a représenté une forme historique du marxisme-léninisme non organiquement liée à la classe ouvrière. Beaucoup de ses responsables politiques étaient des intellectuels qui ont eu ensuite la trajectoire que l’on connaît. Le personnage d’Ibrahim, normalien « ulmard » en est un archétype.

EM : C’est un livre féministe ?

NB : D’une certaine manière, oui, mais un féminisme politique. Dans l’usine où se retrouve Françoise, il n’y a que des ouvrières et donc le combat de classe se superpose de fait au combat de genre. Comme le rappelait Marx, dans la société bourgeoise la femme ouvrière est doublement exploitée, en tant que femme dans les rapports de couple, et en tant qu’ouvrière dans les rapports de production. Mais, l’un des personnages du livre le souligne bien, ces femmes sont d’abord des ouvrières, et aux yeux de l’héroïne c’est bien là l’essentiel.

 

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