Le tricheur, une quête identitaire

Jean est un jeune homme mal dans sa peau et hanté par des idées morbides. Refusant la médiocrité de la société moderne et ses faux-semblants, il voue un véritable culte au sombre héros du Feu follet, Alain Leroy. Au début de l’été, il croise le chemin de Carole, une jeune fille de bonne famille qui l’introduira dans le milieu de la grande bourgeoisie. Paris, Menton, Barjac… son périple dans la France pompidolienne le mènera aux confins de sa quête identitaire, où il finira par se perdre…  C’est un roman sur les rapports de classe ?

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Nicolas Bourgoin : Oui, mais pas seulement, même si la dimension sociale tient une place importante. L’itinéraire de Jean est guidé par un sentiment de révolte, de refus de la modernité, ce qui fait du Tricheur un « roman picaresque » au sens classique, un genre où le héros traverse une série d’aventures prétextes à contester l’ordre établi.

Eric Michel : Tu peux nous en dire plus sur Alain Leroy ? Quel rapport entretient-il avec Jean ?

NB : Alain Leroy est un double obscur du héros principal, comme lui il exècre la médiocrité et les faux-semblants de la société hors-sol qui est la nôtre. Le terme de « tricheur » est d’ailleurs à prendre dans ce sens : tricher, c’est transgresser les règles du jeu social mais c’est aussi refuser les diktats d’une société hypocrite afin de rester authentique et fidèle à soi-même. La citation de Sacha Guitry placée en exergue le résume bien : « dans un monde où chacun triche, c’est l’homme vrai qui fait figure de charlatan ». C’est précisément le drame que vit Jean : sa lucidité sur le monde qui l’entoure fait son malheur.

EM : En rejoignant la Communauté, il arrive pourtant à réaliser son désir de rompre avec la société…

NB : En partie seulement, car la modernité délétère est partout, y compris dans « le retour à la nature » des communautés des années 70. La volonté de Jean de renouer avec l’esprit chevaleresque ou une certaine forme de virilité, de s’enraciner, de vivre sainement au contact direct des éléments naturels est très idéaliste, nourrie par sa culture littéraire : Maurras et Drieu La Rochelle bien sûr, mais aussi Céline, Rebatet, Pierre Loti. Elle va se heurter à la réalité de ce que pouvaient être les communautés post soixante-huitardes (l’action se déroule en 1972). Et puis, surtout, l’autarcie absolue est illusoire même avec l’autonomie alimentaire : on reste toujours plus ou moins dépendant de la société globale.

EM : La vie en communauté est un thème actuel quand on pense aux survivalistes ou aux BAD.

NB : Les Bases Autonomes Durables prennent acte de l’effondrement économique et de la décomposition sociale en cours. Elles sont organisées sur un principe d’auto-défense complètement absent de la communauté que je décris qui, elle, s’inscrit dans un projet politique gauchiste : non-violence, faible division du travail, refus de la hiérarchie ou des rapports de domination. Restent évidemment des points communs, comme les techniques de permaculture et de production d’énergies alternatives visant l’autonomie.

EM : La morale de ton livre pourrait être : on n’échappe pas à la société ?

NB : En effet, fuir la société est illusoire, c’est une quête sans fin car la modernité nous façonne, pose son empreinte partout. Et on n’échappe pas plus à soi-même en voulant être un autre, Jean en fera l’amère expérience.

 

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