« Société de vigilance » : demain, tous suspects ?

« La société de vigilance » est le nom donné par Emmanuel Macron à la nouvelle doctrine de sécurité publique pour les années à venir. Le passage de l’état d’urgence dans le droit commun n’aura donc été qu’une étape d’un processus visant à mettre la société française sous surveillance et à promouvoir un état de suspicion généralisée. La prochaine sera la mise sur pied de la « Police de Sécurité du Quotidien » qui servira d’accélérateur à une politique sécuritaire prédictive.

Une société de méfiance généralisée

Emmanuel Macron a annoncé la couleur : les citoyens devront être les propres acteurs de leur sécurité quitte à faire basculer la société française dans la paranoïa généralisée. Dans son discours du 18 octobre à l’Elysée, il s’est engagé à promouvoir « une société de vigilance qui assume que l’État n’est plus l’unique acteur de la sécurité, chacun et chacune ayant un rôle à jouer pour identifier la menace. » Cette annonce encourage la suspicion généralisée où chacun devient un suspect potentiel aux yeux de tous, a fortiori s’il est basané ou s’il a un comportement qui s’éloigne un tant soit peu de la norme. Elle ouvre aussi un boulevard aux milices privées de sécurisation résidentielle (neighbourhood watch ou « voisins vigilants ») ou le community policing (coopération entre forces de l’ordre et résidents) fondé sur le partage d’informations, la coopération et le renforcement de la confiance entre police et citoyens dans une optique de prévention situationnelle. La coproduction de la sécurité réunissant policiers, résidents, personnels éducatifs ou associatifs n’est pas nouvelle, elle fut notamment l’objectif des Groupes Locaux de Traitement de la Délinquance (GLTD). Ce qui l’est davantage, en revanche, c’est la montée en puissance de la culture de la peur et de la méfiance généralisée sur fond de tout-répressif.

La Police de sécurité du quotidien n’est pas une police de proximité

Cheville ouvrière de la nouvelle doctrine de sécurité : la future police de sécurité du quotidien (PSQ). Emmanuel Macron a bien pris soin de souligner ses différences d’avec la défunte « police de proximité » mise en place à la fin des années 1990. Pas une police de service public à même de retisser le lien avec la société, donc, mais une force publique chargée de « restaurer l’ordre républicain » là où il fait défaut. Pour ce faire, il faudra lui donner « des moyens de sanctions immédiates, et sur certains territoires une réponse judiciaire », comme l’a affirmé Emmanuel Macron au mépris de toute séparation des pouvoirs. Pour enfoncer le clou, le chef de l’État annonce en parallèle « une réforme de la procédure pénale et de la justice (…) au service des missions de la police ». De quoi affaiblir encore un peu plus les droits du citoyen et de sa défense.

Gouverner par la peur

Cette culture de la peur savamment entretenue par les pouvoirs publics et les médias est une manne pour le pouvoir car elle favorise la demande de sécurité ainsi que le sacrifice des libertés publiques. La menace terroriste tombe à pic pour redonner du crédit à un pouvoir économiquement disqualifié. L’enrôlement des citoyens eux-mêmes dans la défense de leur propre sécurité ne peut qu’aller dans ce sens en alimentant l’obsession sécuritaire et en divisant pour mieux régner. Mais au-delà de ces bénéfices immédiats, l’enjeu est d’affaiblir les protections judiciaires données aux citoyens. La normalisation de l’état d’urgence institutionnalise la mise à l’écart du juge dans certaines procédures dérogatoires à l’État de droit comme les perquisitions ou les assignations à résidence. La société de vigilance qui se dessine va encore plus loin en instaurant une pénalité prédictive par laquelle il ne sera plus nécessaire d’avoir commis une infraction pour être inquiété mais simplement d’être susceptible d’en commettre une.

Pour aller plus loin : 

Lire Surveiller et prévenir. L’ère de la pénalité prédictive, L’Harmattan, 2017.

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2 réflexions sur “« Société de vigilance » : demain, tous suspects ?

  1. relayé sur
    http://www.vududroit.com/2017/11/harcelement-macron-tweets/#comment-1688

    depuis feu passecouagne sous mite errante et balamou la presomption de culpabilite est d usage pour les z intructions en matière de recel et de vol
    cette porte ouverte au déni de presomption d innocence se genéralise aujourd hui comme c etait certainement planifié en cas d élection de l ex ami de 30 ans d unkeul jack

    ce principe de suspicion de la plbr entérine le 2 poids 2 mesures dans les regles de societe ou le nantis peut nuire impunement protege par ses passes droit pendant que le precaire de base est prive progressivement du moindre recours legal pour se defendre contre la predation du 1er

    encore une fois bravo nicolas pour ton acuite de decriptage du plan de l executif et tes prises de positions pour une justice équitable

    bien a toi
    au plaisir

    william

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