Comment les élites ont fabriqué le « problème salafiste »

Bis repetita placent. Invité à clôturer la journée de conférences et de débats sur «l’islamisme et la récupération populiste en Europe», organisée par le forum «Le Sursaut», Manuel Valls a, une énième fois, considéré que le voile « n’était pas un objet de mode mais un asservissement de la femme ». Cette déclaration fait écho aux propos racistes de la ministre des droits des femmes assimilant les femmes qui choisissaient de porter le voile « aux nègres américains qui étaient pour l’esclavage. » On peut bien sûr voir dans cette ostracisation la dernière carte d’une équipe gouvernementale en déroute. La stratégie du bouc émissaire ou du diviser pour mieux régner et toujours rentable dans les périodes de crise pour dédouaner les vrais responsables (qui ne sont évidemment pas musulmans…). Mais cette haine anti-Islam rejoint un projet politique plus vaste : lever les derniers obstacles qui s’opposent encore à la mise en place d’un capitalisme globalisé.

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Renforcer les clivages communautaires

Les propos de Manuel Valls déclarant que le salafisme était en train de « gagner la bataille idéologique et culturelle » ont été qualifiés par le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Anouar Kbibech de positions « clivantes » et « anxiogènes ». Ces deux termes résument en effet la stratégie suivie par le Premier Ministre : entretenir un climat de peur en agitant le fantasme d’un Islam conquérant, tout en renforçant les clivages entre communautés par le mécanisme bien connu du self-fullfilling prophecy – l’ostracisation favorise le repli communautaire, donnant ainsi des arguments à ceux qui le dénoncent. Le terme de « bataille identitaire » employé par Manuel Valls n’est pas anodin car elle suppose qu’un individu se définit avant tout par son appartenance religieuse. Postulat totalement contradictoire avec la laïcité dont il a pourtant fait son cheval de bataille…

… en instrumentalisant le féminisme.

Manuel Valls n’a pas manqué d’en appeler à la défense des femmes contre l’asservissement religieux, alibi classique des préjugés islamophobes. Dans son viseur : la mode pudique qui permet aux femmes musulmanes de se vêtir en conformité avec leurs valeurs. La ministre des Droits des femmes lui a emboîté le pas en s’en prenant aux marques qui font la promotion de la mode pudique. La ministre a ainsi déclaré que les « burkini » de Marks & Spencer faisaient « la promotion de l’enfermement du corps des femmes » et a jugé que la collection pudique et les autres collections de ce type étaient « irresponsables ». « On ne peut pas admettre que c’est banal et anodin que de grandes marques investissent ce marché et mettent les femmes musulmanes dans la situation de devoir porter ça », a-t-elle soutenu.

L’argumentaire de la ministre repose sur deux postulats : que les femmes qui portent ces vêtements le font sous la contrainte et que l’émancipation féminine passe forcément par la nudité (comme le défendent les Femen). Difficiles à démontrer à moins de tenir pour acquise la supériorité des « valeurs occidentales ». La question identitaire posée par Manuel Valls rejoint finalement la question coloniale : le dévoilement forcé des musulmanes fait écho à la cérémonie du dévoilement à Alger de sinistre mémoire (des femmes musulmanes ont été forcées de brûler leurs voiles pendant la guerre d’Algérie sous la menace de militaires français). Comme le rappelle la sociologue Zahra Ali, « l’argument de l’émancipation et de la libération des femmes musulmanes a été central durant la colonisation, et ce féminisme colonial a servi d’assise à la prétention à civiliser le « monde musulman ». Ce féminisme réactionnaire n’est jamais loin du néoconservatisme : le thème de la « libération des femmes » a été largement investi par l’administration Bush pour justifier ses guerres impérialistes en Afghanistan et en Irak.

Salafisme ou Islam.

À l’avant-poste du combat anti-pudique, l’islamophobe Elisabeth Badinter qui a appelé au boycott des marques occidentales (Dolce & Gabbana, H&M, Marks and Spencer, Uniqlo…) développant des tenues islamiques en qualifiant au passage d’islamo-gauchistes ceux qui défendent les musulmans contre l’impérialisme occidental. Position pour le moins surprenante quand on connaît les liens étroits qui unissent notre féministe patentée à l’Arabie Saoudite qui ne brille guère, pourtant, par la place qu’y occupent les femmes.

Finalement, on peut se demander contre quelle cible est dirigée la croisade menée par les élites socialistes. L’Islam ? L’islamisme ? Pas le salafisme en tout cas, et surtout pas à l’époque où Fabius affirmait qu’Al Nosra faisait du bon boulot. Il est vrai qu’il parlait alors de la Syrie…

La vraie cible est peut-être bien l’Islam, religion structurée et structurante dont les principes s’opposent à l’idéologie consumériste que les impérialistes rêvent de voir s’étendre à l’ensemble du monde. Comme l’expose Pierre Hillard, l’Islam est sans doute le dernier rempart contre le Nouvel Ordre Mondial. Un rempart que les élites oligarchiques voudraient bien voir sauter…

Voir ici une vidéo de présentation de mes travaux.

Voir également sur ce site : un entretien à propos de mon dernier ouvrage « La République contre les libertés« .

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11 réflexions sur “Comment les élites ont fabriqué le « problème salafiste »

  1. Réflexion toujours aussi pertinente, je signe à 100%!
    Si nos élites œuvraient au service du peuple, il y a longtemps qu’on le saurait.
    Plus que jamais, il convient de résister à l’opposition des uns et des autres et rester unis au-delà des divergences politiques et religieuses. Bravo à Nicolas Bourgoin pour son courage et sa pugnacité! 🙂

    Nicolas

  2. Je veux bien admettre que les gens puissent avoir besoin de se mettre des carcans pour évoluer, nous sommes tous passés par là , « quand j’étais enfant, je raisonnais comme un enfant… » et nous avons tous recherché une tutelle morale, ou intellectuelle pour apprendre à penser.
    Mais au même titre qu’à l’échelle individuelle, il existe peut-être « un génome de l’humanité » qui a fait , il y a plusieurs millénaires la lecture du « gène religieux », comme il fait depuis quelques siècles la lecture du « gène industriel ». Il est établi que tout point de fixation psychologique induit des facteurs de régression au détour du processus d’évolution…. facteurs de régression d’autant plus marqués qu’un élan violent voudrait nous extraire de ces phases de la pensée. La pensée religieuse et messianique est tout simplement révolue, elle est un frein à l’évolution de l’espèce… si Dieu, Allah ou Yahvé existaient, ne voudraient-ils pas ultimement notre émancipation totale de sa tutelle pour partager ses attributs ….n’est ce pas le propre de l’amour? … « devenons des adultes et raisonnons enfin comme des adultes « … or l’adulte ne peut avoir qu’une seule préoccupation, vivre libre et heureux !
    La politique pénale perpétue la volonté d’asservir les masses en subsituant l’autorité politique à l’autorité religieuse. La politique pénale est économique et repose in fine sur le souhait de maintenir le peuple inerte et surtout l’empêcher de parvenir à l’autonomie intellectuelle. Nos politiciens sont ces facteurs de régressions , ils sont archaïsants, obsessionnels et manipulateurs. Ils font bois de tout !

  3. Merci pour votre article, ça me fait un bien fou de voir qu’il y a encore des gens qui reflechissent et qui se bougent pour defendre la vérité. Je suis choquée moi quand je lis « que les « burkini » de Marks & Spencer faisaient « la promotion de l’enfermement du corps des femmes » » mais on peut dire de même que le bikini fait la promotion de l’exteriorisation du corps des femmes, celles ci devraient avoir le droit de se couvrir tout comme elles ont le droit de se découvrir, je ne comprends pas qu’il y ait tant de scandale autour de ces marques qui, soit dit en passant, n’ont d’ambition que d’agrandir leur éventail de clientelle et non faciliter les musulmans dans leur integration dans la société « moderne », pourquoi ce scandale alors que tout ce qui va dans l’autre sens est banalisé, pourquoi quand on parle de liberté, c’est forcément sous entendu la liberté de se debaucher, de se dénuder, de consommer, de s’accoupler avec un ,plusieur partenaires, etc etc, mais lorsque quelques uns ont envie d’un retour à quelques valeurs religieuses ou morale il faut forcément détruire ces gens et les montrer du doigt?

    Parcontre, comme vous parlez de salafisme, je pense que vous savez déja mais le mot en lui même est utilisé a toutes les sauces, a la base un salafiste n’est pas un terroriste, un takfiri, un khawarij est un terroriste oui, quelqu’un qui commet des attentats sucides etc.. Un salafiste est un musulman qui a decidé de pratiquer son Islam de façon complete et totale, en se coupant certes un peu du monde dans lequel nous vivons, mais sans pour autant vouloir faire exploser la planete ou égorger son voisin, loin de là.

    Merci et continuez!

  4. Pour aller plus loin que votre texte qui me parait être un peu « réducteur », je vous propose ces 2 liens :
    http://calenda.org/353893
    http://calenda.org/352913

    En quoi vous me paraissez « réducteur » :
    -vous n’intégrez pas le poids de l’Histoire en France, où le pays a été « fille aînée de l’Eglise »
    – que le pays est traversé par le cartésianisme et adore l’intégration verticale des institutions
    – que le ministre Valls pourrait être lui-même un produit de l’éducation espagnole fortement tenue par la rigueur religieuse (à replacer dans le contexte familial) …

    Bien sûr, le contexte est électoral et le bouc émissaire est facile (facteur de ralliement et écran de fumée) mais n’oubliez pas non plus qu’en terme d’assujettissement volontaire, une éducation bien « conditionnée » peut faire que l’esclave libéré réclame un maitre … Et face au voile, toutes ces couches se superposent.

  5. Chirac avait respecté le peuple français avec son référendum sur l’Europe, Sarkozy l’a imposée : la France avait refusé car on savait que ce n’était qu’une Europe de la finance et que rien n’y était prévu sur le plan social ! l’Europe de la finance est la perte des peuples et de leur autonomie et la renaissance de l’esclavagisme , la liberté pour les exploiteurs et empoisonneurs et une cage pour les modestes.

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