Le musulman, paria de la République

Une nouvelle loi anti-voile ? après celle de 2004 proscrivant le port des signes religieux à l’école, celle de 2010 pénalisant le port de la burqa, la circulaire Chatel relative aux sorties scolaires et la loi anti-nounous concernant les assistantes maternelles, la prochaine pourrait bien viser les  étudiantes voilées. La secrétaire d’État aux droits des femmes a en tout cas relancé le débat en affirmant qu’elle était à titre personnel hostile au port du voile à l’Université. Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, avait exprimé un avis similaire suite à la publication d’un rapport du Haut Conseil à l’Intégration en août 2013, avec un même argument : le port du voile menacerait la laïcité. Mais celui-ci ne résiste pas à une lecture des textes fondateurs qui définissent la laïcité comme une obligation concernant les locaux, le programme scolaire et le personnel enseignant, mais non les élèves – principe retenu par l’avis du Conseil d’État à propos de la première loi anti-foulard de 1989. Elle donne en réalité obligation à l’institution scolaire d’accepter tous les élèves, quelle que soit leur origine ou leur religion, d’accueillir chacun avec ses croyances. La fausse laïcité est aujourd’hui une vraie islamophobie, un principe discriminatoire qui s’exerce au dépens exclusif des musulmans. La question qui vient alors est : pourquoi un tel acharnement contre l’Islam ?

islam-drapeautricolore3


Mis en échec sur le front économique, le gouvernement a recours à la bonne vieille tactique du bouc émissaire : taper encore et toujours sur le musulman à coups de lois ou circulaires anti-voile ou de déclarations islamophobes. Fabriquer un écran de fumée pour tenter de masquer l’essentiel est une recette qui a fait ses preuves et qui continue de fonctionner si l’on en croît les récents sondages indiquant un rejet grandissant de l’Islam dans la population française. Le coût social de cette politique n’est pas négligeable : le gouvernement  porte une lourde responsabilité dans la hausse spectaculaire des agressions contre les musulmans et leurs lieux de culte.

Selon Raphaël Liogier, la « grande bifurcation » (à partir de laquelle l’islamisation est posée par les responsables politiques comme un problème majeur) a lieu en France en 2003, année de l’intervention américaine en Irak. C’est à cette période que naissent l’ensemble des associations anti-islamisation comme l’Observatoire de l’islamisation, le Bloc Identitaire, Riposte Laïque ou encore Ni Putes Ni Soumises. C’est aussi en 2003 que François Baroin rendra, à la demande du Premier Ministre de l’époque, un rapport dans lequel il propose une nouvelle conception de la laïcité qui va faire d’un principe juridique (liberté de conscience et du droit de d’exprimer ses convictions, neutralité de l’État en matière religieuse) une « valeur de civilisation ». La défense d’une nouvelle laïcité est présentée dans le rapport Baroin comme une réaction nécessaire face au développement du communautarisme et à l’action des fondamentalistes, pour défendre les valeurs supposées judéo-chrétiennes de la République.  Exit le multiculturalisme, place à l’assimilationnisme.

En promouvant une conception quasi-religieuse de la laïcité, ce glissement a ouvert la voie à toutes les dérives islamophobes. La pratique religieuse des musulmans, véritable phobie collective, est perçue à la fois comme un signe d’obscurantisme et un problème menaçant l’identité nationale. Les partisans de l’interdiction du voile s’appuient sur une conception émancipatrice de l’instruction et sur une vision dévaluée du signe religieux opposé au progressisme et au scientisme de la philosophie des Lumières. De ce point de vue, ce n’est pas vraiment un hasard si l’Université, « temple du savoir », est objet de préoccupation.

Comme l’affirme Claude Guéant, « toutes les civilisations ne se valent pas » et l’Islam, de par sa nature conquérante, représenterait une menace pour l’Occident judéo-chrétien. Reprenant cette conception dévoyée de la laïcité, les politiques surfent depuis 10 ans sur le fantasme de l’islamisation, traduction française de la théorie néoconservatrice du choc des civilisations remise au goût du jour par Samuel Huntington. Les débouchés politiques en sont connus : stratégie du bouc émissaire et discrimination socio-ethnique, justification des guerres de l’Empire contre le monde musulman sous couvert d’éradication du djihadisme. Ce tournant idéologique, initié par la droite, est poursuivi par le gouvernement actuel qui affiche sur ce point une remarquable continuité avec le précédent en achevant sa mue sécuritaire.

Nouvelle idéologie dominante, le néoconservatisme sert les intérêts des élites mondialistes en justifiant leurs projets bellicistes. Le partage des rôles a le mérite de la simplicité : à l’avant-garde de la République : les juifs. Au ban de la République, les musulmans puisque l’Islam n’est pas compatible avec la démocratie et que le voile pose problème. Et entre les deux, l’immense majorité soumise à la propagande sioniste et « incorporable » mais n’ayant rien à gagner d’une guerre civile et/ou militaire contre le monde musulman. Loin d’être l’islamisation, la véritable menace est celle d’une confrontation avec l’Islam sur le modèle de la guerre des civilisations. Le refus de la guerre sans fin contre le terrorisme, coûteuse pour les deux camps, trace la seule voie praticable : renouer avec une conception tolérante, pacifiée et égalitaire de la laïcité qui laisse toute leur place aux différentes religions et respecte la libertés des pratiquants, œuvrer pour la réconciliation nationale avec les populations issues de l’immigration post-coloniale.

Rejoignez-moi sur facebook et twitter !

Publicités

4 réflexions sur “Le musulman, paria de la République

  1. croisade-politique | raimanet

  2. les politiques ne sont que des porte-paroles et ne sont là que pour faire passer des lois émanant des coulisses, ça peut paraître de l’islamophobie, mais je crois que « le religieux » tout court agace, il est vrai que le musulman reste plus conservateur que les autres, et que son attachement à l’islam (que certains médias-pour x raisons- qualifient d’islamisme) représente une menace pour les valeurs de la république que ce sont « la liberté de croyance et de culte » (sic), et l’entourloupe est l’usage du mot espace publique, qui est devenu un espace « éducatif » où l’on promeut « le conformisme » ou le conditionnement, parce que finalement si on ne peut plus exercer sa liberté dans l’espace publique c’est plus la peine de parler de liberté inconditionnelle …

    • Il n’y a aucune compatibilité entre la charia et les valeurs simplement démocratiques. Encore moins avec celles républicianes. Liberté ? Point de liberté de changer de religion en Islam, l’apostasie est punie de mort. Egalité ? Il n’y a point d’égalité puisque le Coran postule que les musulmans sont la « meilleures des communautés » ; racisme culturel implicite qui équivaut bien à la « race des seigneurs » de feu Adolf ou au « peuple élu » cher à une communauté dominante, que certains ici ne manquent pourtant pas de pourfendre… Fraternité ? Que nneni lorsque le même livre établit en dogme un distinguo fondamental entre les « purs » et les « impurs ».
      Il est tout de même hilarant que ceux qui ne cessent de fustiger les lois de la République prétendument racistes et/ou la politique étatique de discrimination passent par pertes et profits l’incroyable obscurantisme, lui authentiquement raciste et discriminatoire, au sein du texte cher à nos baboucholâtres.

  3. Crise financière, chaos économique et dictature politique, l’actualité de la lutte antifasciste | Reconstruction communiste Comité Québec

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s