Sécuritarisme : un état des lieux, par Céline Berthenet

Chasse aux sorcières, mise sous surveillance d’Internet, laminage de la liberté d’expression, guerre contre l’Islam, montée en force du délit d’opinion… les analyses développées dans « La République contre les libertés » donnent des clés pour comprendre la politique actuelle du gouvernement, aux antipodes de ce que la gauche défendait dans la décennie 1970. Les prémices du tournant autoritaire du Parti Socialiste remontent à 1983, au moment de sa conversion au libéralisme économique, et il ne cesse depuis de s’affirmer menaçant toujours plus les libertés publiques. Est présenté ci-après le texte d’un entretien de presse sur ces questions publié initialement dans l’édition de L’Est Républicain du 11 février 2015. 

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« LA RÉPUBLIQUE contre les libertés » sonne comme une mise en garde. Nicolas Bourgoin démographe et enseignant chercheur à l’université de Franche-Comté, dresse un panorama objectif de 30 années de politique sécuritaire de gauche.

« Pendant longtemps, le parti socialiste a considéré la liberté comme supérieure à la question de la sécurité. Mais en 1995, un virage s’opère. Le candidat Jospin, après l’échec des législatives, souffre d’une réputation de laxiste. La solution c’est l’action, et le thème sécuritaire est un formidable moyen de se faire valoir auprès de l’électorat. Depuis, la gauche n’a cessé de se réapproprier l’argument de l’insécurité et le gouvernement actuel en a fait une de ses priorités ».

Le pragmatisme au service de l’instabilité

L’auteur assume son point de vue critique voire politique. Il livre une lecture pessimiste du paysage politique français qui peine, selon-lui, à soutenir le débat démocratique. « Aujourd’hui, droite et gauche s’alignent sur beaucoup de points ce qui fausse le débat ».

« Celui qui incarne le mieux ce tournant radical de la gauche en France, c’est Manuel Valls ».

Dans le livre de Nicolas Bourgoin, l’actuel premier ministre est décrit comme « un marginal, un électron libre dans son propre parti ». « Manuel Valls est un homme très habile, qui a compris que les français sont en attente d’efficacité. Les difficultés économiques exigent qu’on agisse concrètement et Manuel Valls a fait du parti socialiste un parti pragmatique. Cette quête du résultat était jusqu’à présent traditionnellement de droite. Il semble que ce temps soit révolu ».

Autorité, égalité, fraternité

Alors que le chômage est au plus haut et le pouvoir d’achat au plus bas, l’Etat régalien n’a jamais été autant plébiscité. Pour Nicolas Bourgoin c’est un réflexe logique. « Nous vivons dans une société en proie à l’instabilité, qui pense que l’insécurité économique et les problèmes de délinquance sont un tout. On a l’impression que les vols, les agressions sont un phénomène inhérent à la crise. Dans ce genre de climat, les français apprécient les réformes sécuritaires, seules mesures concrètes qui font remparts face à l’instabilité ».

« La république contre les libertés » met aussi en garde contre « les dérives commises à l’égard de la liberté d’expression et notamment de la laïcité ». « La laïcité est censée être un droit, aujourd’hui c’est une contrainte, un concept instrumentalisé pour défendre les valeurs de la république. Bien souvent il s’agit de discriminer une catégorie de la population, à savoir la communauté musulmane ». Mais le problème est plus vaste encore. L’émotion suscitée par les attentats au mois de janvier a exacerbé la volonté de prévenir d’éventuelles menaces. En 30 ans, 15 lois anti-terroristes ont été promulguées, une preuve pour Nicolas Bourgoin que le sécuritaire à tout prix a ses limites. « Le risque zéro n’existe pas et c’est illusoire de vouloir le contraire. Le principe de précaution implique qu’on surveille constamment tout le monde. C’est dangereux et peut mener à des dérives. Il ne faut pas tomber dans le piège de la chasse aux sorcières comme aux Etats-Unis où le Patriot Act conduit à arrêter des gens sur la base de suspicions ».

Céline BERTHENET

Photo de Nicolas Barreau

Source : www.estrepublicain.fr

Voir aussi : La République contre les libertés, entretien avec Eric Michel.

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