« Discrimination raciale et politique de classe » par Vincent Gouysse (Organisation des Communistes de France)

Les émeutes/manifestations de Ferguson qui secouent les USA depuis quelques semaines suite au décès d’un jeune noir tué par un policier révèlent l’ampleur de la ségrégation raciale aux États-Unis. Le racisme d’État est propre aux économies capitalistes, il était inexistant dans les pays du bloc socialiste avant la chute de l’URSS et aujourd’hui à Cuba et en RPDC, et il particulièrement virulent dans la première économie capitaliste mondiale. Également à l’avant-poste de la discrimination raciale, la République d’Afrique du Sud. Si le régime d’apartheid a été officiellement aboli par Nelson Mandela, la bourgeoisie gouverne toujours ce pays et la discrimination raciale continue de s’y exercer pleinement sur fond d’inégalités sociales abyssales. Le camarade Vincent Gouysse, il y a tout juste un an, faisait le bilan critique du mandélisme. Ses réflexions permettent de mieux saisir l’enjeu de classe de la discrimination raciale. 

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« Certes, en sortant de prison le leader nationaliste de la bourgeoisie noire en 1990, les colons blancs d’Afrique du Sud ont décidé d’abolir la ségrégation raciale dans sa forme la plus brutale ─ c’est-à-dire telle qu’on la rencontrait encore dans certains Etats du sud des USA il y a seulement un demi-siècle.

A cette ségrégation ouvertement raciste, qui ne pouvait qu’amener à la radicalisation sociale des larges masses exploitées assimilés à des sous-hommes, la bourgeoisie blanche a décidé de substituer la démocratie bourgeoise.

Les noirs sud-africains se sont ainsi vus accorder des libertés politiques formelles, mais la bourgeoisie blanche n’a pas lâché un iota de son pouvoir économique, et aujourd’hui siège à ses côtés une bourgeoisie noire, numériquement restreinte, mais socialement suffisamment puissante pour décomposer le mouvement ouvrier révolutionnaire sud-africain et garantir à l’ensemble des exploiteurs une relative paix sociale.

De l’aveu même de la presse bourgeoise, l’Afrique du Sud n’a en rien réglé une autre forme de ségrégation raciale, une ségrégation à la fois économique, sociale et géographique, à l’exception d’une minorité noire privilégiée invitée à prendre sa part de l’exploitation des grandes masses du prolétariat noir misérable d’Afrique du Sud.

Deux décennies après l’abolition de l’Apartheid, un quart de la population sud-africaine ne mange pas à sa faim et plus de la moitié vit au-dessous du seuil de pauvreté alors que le PIB annuel moyen par habitant (7 900 $ US par habitant) est le plus élevé du continent.

Avec un coefficient de Gini de 63,2 en 2009, l’Afrique du Sud est ainsi le pays le plus inégalitaire du monde. Ce sont 2 millions de personnes qui vivent dans les bidonvilles et le SIDA y constitue une véritable pandémie et touche 6 millions de personnes, soit 11,5 % de la population.

Alors que les noirs représentent 80 % de la population et les blancs 9 %, le taux de chômage officiel des noirs flirte avec les 30 %, un taux qui est plus du septuple de celui des blancs. En 2011, c’était 62 % de la population noire qui vivait sous le seuil de pauvreté, contre 1 % de la population blanche, et au final, à environ 3 000 euros par mois, le revenu mensuel moyen d’un foyer blanc est plus du sextuple de celui d’un foyer noir !

En dépit d’une croissance économique assez soutenue ─ en moyenne 3 % par an durant la période 2010-2012 ─, une croissance notamment induite par le dynamisme de son secteur minier exportateur, la presse bourgeoise est forcée d’admettre que la lutte contre la pauvreté montre de bien « lents progrès » en Afrique du Sud.84

Voilà en quoi consiste le bilan économique et social du Parti de la bourgeoisie noire de Nelson Mandela et de Jacob Zuma !

Le moins que l’on puisse dire est qu’il reste encore beaucoup à faire…

Or si l’action de l’ANC avait encore un caractère progressiste dans sa lutte contre l’Apartheid, ce n’est plus le cas maintenant que la population noire s’est vu accorder les libertés politiques les plus élémentaires.
L’action de l’ANC revêt aujourd’hui un caractère exclusivement réactionnaire, maintenant que la bourgeoisie noire a obtenu le droit de vivre aux côtés de son homologue blanche dans des quartiers huppés sécurisés, bien loin des quartiers misérables où s’entassent leurs esclaves salariés noirs.

Le « mandélisme » est aujourd’hui utilisé comme une arme idéologique pour maintenir les larges masses misérables du prolétariat noir ad vitam aeternam dans sa condition d’esclave salarié, en lui faisant croire qu’il a obtenu tous ses droits alors que les inégalités économiques et sociales les plus criantes persistent et qu’il lui reste encore à lutter pour ses droits économiques !

Notons au passage qu’on pourrait dresser un constat assez similaire en ce qui concerne l’impérialisme américain, un siècle et demi après l’abolition de l’esclavage et un demi-siècle après la fin de la ségrégation raciale.

Comme dans tous les pays impérialistes à vocation « cosmopolite », c’est-à-dire étant parvenus au cours de l’Histoire récente à s’accaparer de vastes sphères d’influences ─ une catégorie à laquelle appartiennent également l’impérialisme français et l’impérialisme britannique ─, la question de la persistance de formes de ségrégation des minorités ethniques ayant longtemps fourni au Capital une main-d’œuvre docile et bon-marché pour l’industrie et la construction au cours des périodes de relative prospérité économique, continue de se poser, et se posera même avec une acuité de plus en plus aigüe à mesure que la crise économique structurelle s’approfondira dans ces pays.

« Les noirs et les hispaniques ont historiquement de moindres revenus, un plus fort taux de chômage et un plus bas niveau d’éducation », reconnait sans ambages la presse bourgeoise américaine pour laquelle « la ségrégation raciale en matière de richesse n’est pas une nouveauté ».

Selon le Bureau américain du recensement, la richesse médiane nette des foyers américains blancs était de 110 730 $ US en 2010. Celle des hispaniques n’était pour sa part que de 7 420 $ US et celle des noirs de 4 950 $ US, soit respectivement 15 et 22 fois moins !

Pour les foyers noirs et hispaniques, la crise a été terrible : alors que les foyers blancs ont vu leur richesse fondre de « seulement » 11 % durant la période 2007-2010, les foyers noirs et hispaniques l’ont vu s’effondrer de respectivement 31 et 44 %.

Mais fort heureusement pour l’impérialisme américain, l’importante représentation de la minorité grande-bourgeoise noire et hispanique au sein du monde politico-médiatico-culturel ─ une stratégie de mystification dont l’accession de Barack Obama à la présidence américaine constitue le point culminant ─, parvient encore à donner l’illusion aux larges masses misérables des minorités noires et hispaniques que la question de la ségrégation raciale, une ségrégation qui revêt aujourd’hui une dimension aussi bien économique, que sociale et géographique, a été définitivement réglée aux USA…

Quoiqu’il en soit, qu’il s’agisse du prolétariat bourgeois américain paupérisé, des ouvriers indiens du textile ou des mineurs sud-africains, il faudra à l’élite du mouvement ouvrier de ces pays parvenir à rompre et à se soustraire complètement aux mystifications bourgeoises que constituent « l’obamisme », le gandhisme et le « mandelisme » avant de pouvoir hausser la lutte anticapitaliste à son niveau révolutionnaire ».

(Vincent Gouysse, Les classes sociales sous l’impérialisme, Edition numérique, pp. 67-69 — http://marxisme.fr/imperialisme_et_classes_sociales.htm)

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4 réflexions sur “« Discrimination raciale et politique de classe » par Vincent Gouysse (Organisation des Communistes de France)

  1. salut nicolas

    j ai envoye deux commentaire peux tu s il te plait publier le dernier

    st cloud beret basque d avance

    inutile de publier celui ci par contre

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