La panique morale, dernière carte d’un gouvernement en déroute

Abandon-surprise de l’écotaxe, casse de la politique familiale, cafouillage à propos de la fermeture de Fessenheim, sabordage du mouvement des pilotes d’Air France… le gouvernement de François Hollande paraît naviguer à vue. Mis sous pression par Bruxelles et les agences de notation, il se trouve totalement incapable d’honorer ses engagements de campagne. Si sa politique économique et ses réformes lui ont valu le satisfecit de l’OCDE, elles ne peuvent en revanche que susciter déception et colère parmi ses électeurs et le condamne à terme à perdre le peu de légitimité et de crédibilité politique qui lui restent. Seule échappatoire : reprendre la main sur les questions d’ordre intérieur, une tactique qui a déjà fait ses preuves. Manuel Valls lui-même l’avait compris il y a déjà belle lurette :  « Pour l’opinion, la sécurité est le seul sujet que les politiques sont capables de traiter. Et il est au coeur de la crise de confiance que traverse le pays » (Le Monde, 3 juin 2006). Et pour redonner un vernis « de gauche » à la politique de sécurité du gouvernement, rien ne vaut la bonne vieille lutte contre l’extrémisme ou l’intégrisme religieux. Dans le viseur : le voile islamique, Dieudonné, la quenelle, les loups solitaires, les gauchistes et les dissidents, tous déclarés « ennemis de la République ». La fuite en avant, c’est maintenant.

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La « panique morale » est une réaction à un danger imaginaire ou amplifié. Elle surgit quand « une condition, un événement, une personne ou un groupe de personnes est montré (par les élites, la presse ou le peuple) comme une menace pour les valeurs et les intérêts d’une société ». Elle met en présence deux acteurs majeurs : les  « chefs moraux » (moral entrepreneurs) initiateurs de la dénonciation et les « démons populaires » ou « boucs émissaires » (folk devils), personnes ou groupes de personnes désignés à la vindicte collective[1]. Souvent liée à des controverses, elle est alimentée par une couverture médiatique intense qui en donne souvent une image stéréotypée ou grossie et qui contribue à la faire exister en tant que problème digne d’attention… et de préoccupation. L’origine immédiate est souvent un « fait divers » qui suscite l’effroi, provoque l’indignation collective au nom de la norme dominante et pointe un bouc émissaire individuel ou collectif. L’événement est non seulement amplifié par les medias mais encore présenté comme annonciateur de répliques ou symptôme d’une tendance générale. Cette campagne donne le champ libre aux entrepreneurs de morale qui se saisissent de cette opportunité et contribuent ainsi à produire un nouvel agencement politique. Partant d’un événement parfois exceptionnel qui sert de « fenêtre d’opportunité », ce que Stanley Cohen appelle la « déviance initiale » (initial deviance), « la panique morale peut produire des changements dans les lois, les politiques publiques ou même dans la manière dont la société se conçoit ». Les deux précédents gouvernements ont puisé sans vergogne dans ce registre pour justifier leurs réformes sécuritaires, en particulier dans le domaine de la justice des mineurs[2]. Un fait divers, une loi de circonstance est une recette qui a fait ses preuves. Poursuivie sous la gauche les cibles changent (extrême droite contre ultra-gauche), mais la méthode est similaire.

L’affaire Dieudonné, réplique aggravée de la croisade morale contre le lancer de nains, est un bon exemple de cette mécanique médiatico-politique dont la finalité ultime est pour le gouvernement de surmonter une crise de légitimité en retrouvant un certain crédit politique. Une fois le « désordre » fabriqué médiatiquement ou même matériellement (par exemple en encourageant les opposants à manifester), il a ensuite été facile à Manuel Valls de faire une belle démonstration de force en mobilisant les pouvoirs publics contre un homme et ses adeptes « quenelliers » transformés pour l’occasion en néo-nazis. C’est l’étape de « l’inventaire » (inventory) dans laquelle la cible de la panique morale devient durablement synonyme de déviance. L’alchimie médiatique a transformé un geste équivoque en signe d’infamie politique – ce qui a nécessité une bonne dose d’exagération et de simplification – afin que l’on puisse user de l’arme pénale contre les contestataires. Mais rien n’est de trop pour combattre les ennemis de la République : « devant cette menace, il appartient à tous les républicains de faire bloc et de se rebeller contre l’infâme » (France 2, 6 février 2014). Et au besoin, changer la loi puisque le droit existant ne suffisait pas – la liberté d’expression ayant une valeur constitutionnelle. Il fallait « créer les conditions d’une inversion de la jurisprudence, donc engager une bataille dans l’opinion », commente Jean-Jacques Urvoas, président de la Commission des lois à l’Assemblée Nationale[3].

Le schéma – croisade morale lancée par les medias puis entreprise de morale – est identique à propos des « loups solitaires », pour la plupart jeunes issus de l’immigration post-coloniale auto-radicalisés sur Internet ou formés au djihad en prison, et décidés à partir combattre en Syrie. Cette nouvelle figure de la dangerosité sociale concentre à elle seule toutes les peurs : musulmans, fanatisés et terroristes. Une bonne occasion de donner un nouveau souffle à la sempiternelle croisade morale contre l’ennemi intérieur socio-ethnique adepte du voile et opposé à la laïcité. La campagne contre ces nouveaux ennemis de la République initiée par la fusillade de Bruxelles en mai 2014 a duré le temps de justifier une énième loi antiterroriste, la seconde promulguée par le gouvernement socialiste – la précédente avait été votée dans le sillage de l’affaire Merah.

Années 30 le retour ? Manuel Valls ne craint pas d’user de la dramatisation : « Le point commun avec les années 1930, c’est cet anti-républicanisme et la détestation violente dans les mots comme dans les actes de nos valeurs et de nos principes. […] L’extrême droite traditionnelle, sa haine de la République, ce n’est pas nouveau » (France 2, 6 février 2014, cité par regards.fr, 1er mars 2014). Pour le ministre de l’Intérieur, le succès des manifestations « Jour de colère » est le signe qu’une droite analogue au « Tea Party » étasunien prend racine en France. Et forcément anti-républicaine puisque opposée à la politique de son gouvernement et, plus largement, à l’ordre établi : « une fronde des anti : anti-élites, anti-État, anti-impôts, anti-Parlement, anti-journalistes… Mais aussi et surtout des antisémites, des racistes, des homophobes… Tout simplement des antirépublicains[4]« .

La défense de « l’ordre public » contre une menace en partie fictive, en tout cas médiatiquement grossie, est un moyen pour le gouvernement de retrouver une légitimité de gauche au moment où celle-ci lui fait cruellement défaut. C’est cette même mécanique qui avait conduit à la dissolution de plusieurs organisations nationalistes suite au décès de Clément Méric et à la blitzkrieg contre les groupes extrémistes qui s’en était suivie – avec Manuel Valls en chef de guerre contre le fascisme (« La dissolution de l’Œuvre française, le point final d’une aventure fasciste » titre par exemple Le Nouvel Observateur du 24 juillet 2013). Fait paradoxal, le « combat contre le fascisme » sert surtout à justifier le recul de la liberté d’expression et de réunion ainsi qu’à masquer les renoncements de la gauche à mener une vraie politique progressiste en matière sociale et pénale. Quant à la guerre contre le fondamentalisme musulman, elle a donné lieu à la promulgation de la loi la plus liberticide jamais votée, de l’avis de nombreux juristes. Ou comment porter atteinte aux droits de l’Homme au nom de la défense de la République contre la dangerosité supposée de personnes ou de groupes de personnes… Cette politique conduit à creuser le sillon de la pénalité préventive en créant ce qu’on pourrait appeler une « présomption de culpabilité ». Ce faisant, elle contribue à poursuivre, sous une forme nouvelle, les régressions sécuritaires des précédents gouvernements.

[1] Stanley Cohen, Folks Devil and Moral Panics. The creation of the Mods and Rockers, Oxford, Martin Robertson, 1972.

[2] Voir Christine Machiels et David Niget, Protection de l’enfance et paniques morales, Yakapa.be, 2012.

[3] Cité par Emmanuel Ratier, Le vrai visage de Manuel Valls, op.cit., p.86.

[4] « Valls : un climat comparable à celui des « années 1930 » », Le Point, 2 février 2014.

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3 réflexions sur “La panique morale, dernière carte d’un gouvernement en déroute

  1. salut sieur nicolas

    mais qui c est ces fionnards qui mangent plus de pain que nos noblions

    et c est beau nez de soeur rale diode au nez et zhumour nos trois guignols plus trop cathodiques qui paient symboliquement une addition largement partagee par tout con citoyen qui bouffe de la quenelle de 669 parce qu il prefere la brioche

    moins il y a fous qui se goinfrent plus long riz

    bouhouh

    c est flipant comme un flan a la mimolette l autre fromage de grholland quand il bouge son seant semblable a de la gelatine

    bon je sors

    a plus

    et au plaisir de nombreuses futures lectures

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