A l’université comme ailleurs, non à l’islamophobie !

Un professeur de l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence a désapprouvé publiquement durant un cours le port du voile par une de ses étudiantes. Violemment prise à partie par l’enseignant qui l’a accusée d’être un «cheval de Troie du salafisme», la jeune fille a alors quitté l’amphithéâtre accompagnée d’une bonne moitié des étudiants présents. Cet incident montre par l’absurde les ravages que peuvent produire dans la société française les campagnes islamophobes à répétition. Musulmans de France sommés de se désolidariser des djihadistes égorgeurs de chrétiens (comme si l’appartenance religieuse créait une solidarité de fait), campagnes incessantes contre le port de signes religieux assimilé à une atteinte contre la sacro-sainte laïcité, racisme au plus haut sommet de l’État… l’Islam ne quitte pas le viseur du gouvernement et de ses agents. Mais à qui profite donc le crime ?

Pas de répit pour les musulmans : après la loi de 2004 interdisant le port de signes religieux ostensibles à l’école, celle de 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public, la circulaire Chatel qui interdit aux mères de porter le voile lors d’accompagements de sorties scolaires encore en vigueur, la loi anti-nounous voilées à domicile : le  rapport du 9 août 2013 du Haut comité à l’intégration (HCI) qui «proscrit le port de signe ostensible et ostentatoire d’appartenance à une religion quelle qu’elle soit» à l’Université. C’est sur ce dernier que s’est basé l’enseignant pour humilier son étudiante.  Précisons tout de même que la loi de 2004 qui interdit le port de signes religieux à l’école ne s’applique pas aux établissements d’études supérieures et que celle proscrivant le port du voile à l’Université n’est pas (encore) votée. L’Observatoire contre l’Islamophobie, rappelait même que « la liberté d’expression reconnaît aux étudiants — par l’article 50 de la loi du 26 janvier 1984 — le droit d’exprimer leurs convictions religieuses à l’intérieur des universités », à condition toutefois d’éviter le prosélytisme.

Mais le mal est déjà fait. Ces campagnes à répétition ont hissé le port du voile au rang d’un vrai problème de sécurité intérieure. Et puisque cette question monopolise à ce point les medias et les politiques, comment ne pas penser qu’elle pose problème ? Rien de plus facile que de réactiver les vieux réflexes coloniaux toujours vivaces dans notre société.

Le musulman n’est pas seulement considéré comme une menace pour la République, il est aussi traité comme un paria. Réduisant toujours plus le champ des espaces publics dans lesquels le port du voile reste autorisé, les textes, lois ou circulaires promulgués depuis 10 ans ont pour effet de créer deux types de citoyens : ceux qui ont le droit d’exprimer publiquement leur appartenance religieuse (les juifs, les catholiques et les protestants) et les autres (les musulmans) sommés de se plier aux lois de la République (dont les prétendues « racines judéo-chrétiennes » sont régulièrement rappelées dans les discours des élites politiques) qui leur interdisent tout signe religieux ostentatoire. Ces lois de Nuremberg des temps modernes se servent de la laïcité comme outil de stigmatisation des musulmans. Dès lors, comment s’étonner que le port du voile puisse devenir pour certain(e)s une revendication identitaire ?

L’hystérie antimusulmane entretenue par le gouvernement n’a pas d’autres fonctions que de créer un rideau de fumée masquant son incompétence face à la crise économique. Il est plus facile de s’attaquer à l’Islam qu’à la finance… Le musulman est appelé à jouer une fois de plus les boucs émissaires et il excelle d’autant plus dans ce rôle qu’il en cumule toutes les qualités : fragile, visible et isolé. Tactique usée jusqu’à la corde mais toujours efficace pour masquer les vraies responsabilités qui sont avant tout celles des exploiteurs des peuples et des fauteurs de guerre : le racisme reste le meilleur moyen pour les maîtres de communier avec leurs serviteurs.

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