Venezuela : un coup d’État peut en cacher un autre.

Depuis plusieurs semaines, les feux médiatiques sont braqués sur le coup d’État de la CIA en Ukraine et ses conséquences géopolitiques. Les puissances impérialistes s’activent sur un autre front, négligé par la plupart des medias occidentaux mais d’importance également stratégique : le Venezuela. Passé depuis 1998 dans le camp de la résistance au Nouvel Ordre Mondial, ce grand pays d’Amérique Latine est la régulièrement la cible de tentatives de putschs orchestrés par les USA. Les méthodes sont invariablement les mêmes : aide financière aux milices d’extrême-droite venezueliennes, campagnes idéologiques mensongères relayées par les medias occidentaux à propos de la répression gouvernementale de manifestations prétendument pacifiques. Ce coup d’État rappelle celui du Chili mais aussi celui d’avril 2002 mis en échec grâce aux soutiens dont bénéficie le pouvoir populaire bolivarien. Salim Lamrani, Maître de Conférences, spécialiste de l’Amérique Latine, en particulier de Cuba et du Venezuela, nous livre ici une analyse éclairante des événements en cours.

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/babel/34446/washington+isole+sur+la+question+venezuelienne.shtml

            Les Etats-Unis se retrouvent isolés sur le continent américain en ce qui concerne la question vénézuélienne, en raison de leur soutien apporté au secteur putschiste de l’opposition, dont les violences ont causé la mort de près de 30 personnes.

             Depuis le début du mois de février 2014, les secteurs d’extrême droite de l’opposition multiplient les actes criminels au Venezuela dans le but de rompre l’ordre constitutionnel et de renverser le président démocratiquement élu Nicolas Maduro. Les violences ont causé la mort d’au moins 28 personnes dont plusieurs membres des forces de l’ordre. Le plan d’action a été élaboré dès janvier 2014 par trois leaders de l’opposition : Leopoldo López, président du parti Voluntad Popular, María Corina Machado, députée à l’Assemblée nationale, et Antonio Ledezma, maire de Caracas. Tous trois ont publiquement appelé à un coup de force contre le gouvernement légal et légitime de la République bolivarienne du Venezuela.

            Les Etats-Unis se sont opposés dès le départ à Hugo Chávez et à la Révolution bolivarienne malgré son caractère démocratique et pacifique. Depuis 1999, Washington apporte un soutien politique, diplomatique, financier et médiatique à l’opposition vénézuélienne. En 2002, George W. Bush avait même orchestré un coup d’Etat contre le président Chávez avec la complicité de l’oligarchie vénézuélienne, d’une partie de l’armée et des médias privés du pays. Aujourd’hui, l’administration Obama soutient ouvertement les tentatives de déstabilisation de la démocratie vénézuélienne en apportant son concours à l’extrême droite.

Le Département d’Etat a ainsi défendu les manifestations violentes au nom de « la liberté d’expression ». Il a exigé des autorités vénézuéliennes qu’elles libèrent les responsables de ces actes qu’il estime « injustement détenus », alors que plusieurs ont été arrêtés les armes à la main. John Kerry, secrétaire d’Etat, a même menacé le Venezuela de sanctions.

Cependant, Washington se retrouve isolé sur le continent américain. En effet, l’immense majorité des pays de la région ont condamné les violences orchestrées par l’opposition et ont apporté leur soutien au gouvernement légitime de Nicolas Maduro. Le 7 mars 2014, l’Organisation des Etats américains, traditionnellement conservatrice et alignée sur Washington, et qui regroupe l’ensemble des nations du continent à l’exception de Cuba, a infligé un camouflet à l’administration Obama. Une résolution, adoptée par tous les pays à l’exception des Etats-Unis, du Canada et du Panama, a exprimé la « solidarité » et l’« appui [de l’OEA] aux institutions démocratiques, au dialogue et à la paix en République bolivarienne du Venezuela ». Dans une allusion à la position de Washington, l’OEA a appelé au « respect du principe de non-intervention dans les affaires internes des Etats » et a exprimé « son engagement envers la défense des institutions démocratiques et de l’Etat de droit ». Elle a également condamné l’attitude de l’opposition en exprimant « son refus le plus énergique de toute forme de violence et d’intolérance ». Enfin, l’OEA a fait part de son « plein appui ainsi que son encouragement des initiatives et des efforts du gouvernement démocratiquement élu du Venezuela et de tous les secteurs politiques, économiques et sociaux pour qu’ils continuent d’avancer dans un processus de dialogue national ».

Donc son côté, l’Union des nations sud-américaines, qui regroupe les 12 pays de la région, a condamné « les récents actes de violence ». « Toute demande doit être canalisée de façon pacifique, par la voie démocratique et en respectant l’Etat de Droit et ses institutions », a-t-elle souligné. Elle a également exprimé sa « solidarité » avec « le peuple et le Gouvernement démocratiquement élu de cette nation » et a décidé de « soutenir les efforts du Gouvernement de la République Bolivarienne du Venezuela pour établir un dialogue » avec tous les secteurs de la société. Dans une évidente allusion aux Etats-Unis, l’UNASUR a fait part de son « inquiétude face à toute menace contre l’indépendance et la souveraineté de la République Bolivarienne du Venezuela ».

Michelle Bachelet, Présidente du Chili, qui a accueilli à Santiago du Chili la réunion de l’UNASUR, a apporté son soutien total à Nicolas Maduro et a condamné les tentatives de l’opposition de rompre l’ordre constitutionnel. « Nous n’accepterons jamais personne, que ce soit un individu ou un pays, qui incite à travers des mécanismes violents à renverser un Président légitimement élu », a-t-il affirmé, dans une nouvelle allusion aux Etats-Unis. Selon elle, les conflits doivent être résolus par la « voie du dialogue et de la paix », rejetant ainsi les manifestations violentes de l’opposition.

Cristina Fernández, Présidente de l’Argentine, a également exprimé son rejet des tentatives putschistes et a manifesté son soutien « à la démocratie vénézuélienne », en rappelant que l’actuel pouvoir tire sa légitimité des 18 processus électoraux sur 19 qu’il a remportés lors des 15 dernières années. Elle a appelé l’opposition à ne pas abandonner la voie démocratique en soulignant la possibilité d’organiser un référendum révocatoire en 2016 à mi-mandat qui permettrait d’organiser des élections présidentielles anticipées en cas de victoire. « Le Venezuela est le seul pays de la région qui dispose de ce système où l’on peut révoquer le Président », a-t-elle souligné. De la même manière, elle n’a pas manqué de dénoncer les tentatives de déstabilisation orchestrées par les Etats-Unis en mettant en garde contre les « interventions extérieures et étrangères, car il serait désastreux de permettre que des vents étrangers détruisent un pays frère comme le Venezuela ». Fernández a également dénoncé « la tentative de coup d’Etat ‘doux’ que l’on essaye d’organiser contre la République bolivarienne du Venezuela ».

 Tout comme durant la présidence d’Hugo Chávez, les Etats-Unis n’ont pas renoncé à mettre un terme à la Révolution bolivarienne démocratique, pacifique et sociale. Ils s’opposent au Président Maduro et soutiennent l’opposition putschiste. De leur côté, les médias occidentaux, principal relais de cette tentative de déstabilisation, ont manifestement pris fait et cause pour les partisans de la rupture de l’ordre constitutionnel et contre la démocratie vénézuélienne.

Salim Lamrani.

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5 réflexions sur “Venezuela : un coup d’État peut en cacher un autre.

  1. Trés interressant article.
    Il serait bon de savoir ce qu’en pense l’adminstration brésilienne, et ainsi l’entourage de Dilma Roussef.

    • Bonsoir Foxhound,

      Le Brésil marche sur des oeufs, en ce moment. L’Occident ne voit que la future coupe du monde des milliardaires en short qui ne va pas tarder à commencer, mais le brésil fait face à bon nombre de mouvements sociaux. Dernièrement, ce sont les éboueurs qui ont transformé Rio en immense décharge. Le gouvernement a fait qqs concessions, mais les mouvements sociaux prendront plus d’ampleur durant la coupe du monde.

      Or, si l’Etat ne traite pas les dossiers comme il se doit à ce moment là, non seulement il sera montré du doigt par l’Occident, mais en plus le peuple saura se faire entendre. Si en plus vous ajoutez à cela qqs agitateurs venus de l’extérieur, je vous laisse imaginer ce qui se passera après la remise de la coupe au vainqueur (normalement cela devrait être le Brésil, histoire de faire plaisir au peuple; suivant le vieil adage: du pain et des jeux…)

      N’oublions pas, non plus, que le Brésil va remettre ça dans deux ans, avec les JO…

  2. Un bon indicateur de la cohérence régionale sont les votes qui ont eu lieu récemment à l’OEA.
    Le premier : Panama (répondant seul à la pression exercée par les USA) demande la création d’une commission des pays membres, destinée à préparer une intervention au Venezuela pour cause de rupture de l’ordre constitutionnel. résultat des votes 29 contre 3 pour (USA, Canada, Panama)
    Vendredi dernier : Le Panama cède son tour de parole à la député vénézuélienne d’extrême-droite Maria Corina Machado. Proposition mise au vote 21 contre son intervention, 3 pour (le mêmes) les autres se sont abstenus.
    Rappelons aussi que lors de l’élection de Maduro TOUS les gouvernements de la région avaient Immédiatement reconnu sa légitimité.
    Il y a beaucoup de critiques à faire à Maduro,, le contraire serait étonnant, mais il est certain que le respect de ses collègues qu’il a gagné alors qu’il était Ministre des Affaires Étrangère est un facteur majeur dans la cohésion régionale qui permet aujourd’hui au Venezuela d’avoir mis en échec la stratégie de coup d’état « doux », malgré une campagne de presse mensongère d’une grande agressivité. Mais dérouter le coup d’état est une bataille gagnée dans une guerre qui s’annonce longue et montre à présent les caractéristiques des prémisses d’une guerre de basse intensité.
    On peut ajouter que la décision de Panama avait immédiatement suscité une réaction de colère de nombreuses associations et personnalités du pays, et que tout pays d’AL qui refuserait d’apporter son soutien au gouvernement et au peuple du Venezuela s’expose au risque de troubles intérieurs. On peut ajouter encore que le Ministre des Affaires Étrangères du Venezuela, Elias Jaua, fait admirablement bien son travail, tant avec les gouvernement de la région que dans les instances internationales comme l’ONU et le CIDH.
    La droite est en déroute, implosée par ses propres contradictions, et il est clair qu’il ne reste plus d’autre solution à l’alliance entre Washington et l’extrême-droite d’autre moyen que la violence pour prendre le pouvoir au Venezuela.
    Tous les gouvernements et associations souverainistes de la région sont tout à fait conscients que cela signifierait la fin de leur histoire. De même que de ne pas le faire signifierait la fin pour l’Empire du Nord. Ce que confirme la déclaration de Kerry au sujet de l’approche vigoureuse à mener auprès d’une arrière-cour dont il est vital pour la « sécurité et les intérêts des EU » de reprendre le contrôle. Un front d’une guerre planétaire, peuples souverains contre Corporations transnationales. Bienvenue dans la guerre des mondes.

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