Qui est derrière le coup d’État en Ukraine ?

Les impérialistes occidentaux ne renoncent jamais. Après avoir tenté en vain de faire tomber le régime de Bachar al-Assad à grands renforts de campagnes médiatiques mensongères et de livraisons d’armes aux rebelles (voir ici), ils ont réussi à écarter l’Iran de la conférence de Genève 2 destinée à trouver une issue politique à la guerre en Syrie (voir ici). Au Venezuela, la tentative de coup d’État orchestrée par la CIA se poursuit dans un silence diplomatique assourdissant (voir ici). Autre front : l’Ukraine, pivot géostratégique entre l’Ouest et l’Est,  repassée depuis 3 ans dans le giron russe après la période calamiteuse de la gouvernance « orange ». La tactique est la même – aide financière à une opposition factice et diffusion massive de contrevérités médiatiques à propos de la répression menée par le pouvoir -, le but également : affaiblir la Russie en la privant de ses partenaires commerciaux et en l’isolant diplomatiquement. Révolution orange, le retour.

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Acte 1

On se souvient sans doute de la « Révolution orange », largement médiatisée à l’Ouest. Viktor Ianoukovitch, le candidat proche de Vladimir Poutine, est élu président de l’Ukraine le 21 novembre 2004. Une série de manifestations suivent la proclamation des résultats. Organisées par le candidat malheureux, Viktor Iouchtchenko, financées par des milliardaires ukrainiens et des organisations américaines (voir ici), soutenues par de nombreux pays occidentaux dont les Etats-Unis (elles ont été financées à hauteur de 65 millions de dollars par l’administration Bush), elles prennent rapidement de l’ampleur et forcent le gouvernement à organiser un nouveau scrutin un mois plus tard. Entaché de nombreuses fraudes, il verra la victoire de Viktor Iouchtchenko et ouvre une période marquée par un rapprochement avec le camps occidental et l’OTAN mais aussi par une gouvernance calamiteuse gangrenée par la corruption. Les multiples malversations du « clan orange » (délits financiers, détournements de fonds, évasion fiscale, favoritisme) conduiront notamment Ioulia Timochenko, l’ex-Première ministre ukrainienne, derrière les barreaux. Le président sortant ne recueillera que 5,45 % des voix lors du scrutin de 2010. Rideau sur le premier acte de la « Révolution orange ».

Acte 2

Des milliers d’opposants pro-européens manifestent violemment suite au refus du président ukrainien en novembre dernier de signer un accord d’intégration avec l’UE, décision motivée par la lourdeur des « réformes structurelles » exigées en  contrepartie par les européens (privatisations massives, réduction drastique des dépenses de l’État et de l’emploi public, remise en cause de la protection sociale et du droit du travail) alors que le pays est économiquement affaibli, ainsi que par le souhait de donner la priorité aux relations économiques avec la Russie. Rappelons que c’est aussi sur la base de ce rapprochement avec la Russie que le président ukrainien a été élu. Loin d’être pacifiques, ces manifestations apparaissent comme des tentatives de déstabiliser le gouvernement, voire de le renverser (voir ici), des snipers israéliens sont même présents (voir ici). Elles sont soutenues par Ioulia Timochenko, égérie de la révolution orange, et par la quasi-totalité des classes politiques occidentales. Certains manifestants sont affiliés à l’organisation d’extrême-droite Svoboda, violemment anti-russe, dont la plupart des membres sont armés (voir ici). Des saccages, de nombreuses déprédations sont commis dont la destruction d’une statue de Lénine (voir ici la déclaration à ce sujet du Parti Communiste d’Ukraine). Des catapultes géantes sont même montées pour l’occasion et utilisées contre les forces de l’ordre qui comptent déjà de nombreuses victimes dans leurs rangs (voir ici). L’opposition, qui n’a pas la majorité au parlement, ne peut en effet compter que sur la « pression » de la rue, autrement dit la violence, pour faire plier le gouvernement et tenter remettre sur les rails l’accord avec l’UE, d’autant plus que les ukrainiens dans leur majorité ne soutiennent pas les pro-européens, comme le montre un récent sondage (voir ici).

Cette stratégie de la tension semble être jusqu’ici payante puisque Viktor Ianoukovitch s’est entretenu une nouvelle fois avec les chefs de file des opposants et a demandé que le Parlement se réunisse en urgence pour discuter de la démission du gouvernement réclamée par l’opposition, et tenter de mettre un terme à la crise politique… sans succès toutefois, l’opposition exigeant purement et simplement la démission du Président, pourtant légitimement élu. Après cet échec de l’ultimatum fixé au Président (voir ici), les violences on repris de plus belle : nouvelles barricades, Ministère de l’Agriculture pris d’assaut par les manifestants en armes … (voir ici). Ce 19 février, les forces de sécurité ukrainiennes ont repris une partie de la place de l’Indépendance à Kiev après une nuit d’affrontements avec les manifestants antigouvernementaux (voir ici). Les États-Unis et l’Union Européenne, qui appuient les revendications de l’opposition, continuent de maintenir la pression et envisagent des sanctions contre Kiev en réponse à la répression des manifestations. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a brandi la menace de représailles contre les dirigeants ukrainiens, pourtant totalement légitimes. Le vice-président Joe Biden, pour sa part, a eu un entretien téléphonique avec le Président ukrainien et l’a averti que si les autorités ne calmaient pas la situation, cela aurait des « conséquences ».

Dans les coulisses

Comme au temps de la Révolution orange, les media occidentaux présentent unanimement les manifestations anti-russes comme un mouvement spontané regroupant des « combattants de la liberté » épris d’Europe, en butte à un pouvoir autocratique (voir par exemple ici). L’inénarrable Bernard-Henri Lévy, de tous les mauvais coups contre les pouvoirs hostiles à l’atlantisme, n’a évidemment pas fait défection en appelant même l’UE à suspendre sa participation aux jeux de Sotchi (voir ici). En réalité, il s’agit d’une manipulation bien rodée et qui a déjà fait ses preuves lors de la Révolution orange dont la logistique avait été assurée par les organisations pro-occidentales Pora et Znayuliées au mouvement Otpor. Celui-ci avait déjà joué un rôle actif dans la chute de l’ex-président Slobodan Milosevic en juillet 2000, dans la « Révolution des roses » georgienne de décembre 2002 ainsi que dans les tentatives de putsch contre le président biélorusse en 2001 et 2004. Toutes ces organisations sont généreusement financées par des officines occidentales : le Konrad Adenauer Institute, proche de la CDU, l’Open Society Institute de Georges Soros, leNational Democratic Institute et la Freedom House, proches du gouvernement américain, entre autres.

Les manifestants actuels semblent bénéficier à nouveau des mêmes largesses dans le financement de mouvements dont l’objectif est in fine de déstabiliser des pays souverains afin de les soumettre aux intérêts occidentaux (voir ici). En réalité, cela fait déjà longtemps que les USA s’intéressent à l’Ukraine (voir ici). La volonté des américains de renverser le gouvernement ukrainien, pourtant totalement légitime, répond à trois objectifs, de nature économique et géostratégique : renforcer l’OTAN par l’intégration d’un nouveau pays (le plus grand d’Europe), affaiblir la Russie en l’isolant diplomatiquement et s’approprier un marché jugé trop protectionniste en créant un « climat d’investissement favorable aux entreprises étrangères» – en clair : en privatisant ce qui ne l’est pas encore et en faisant prévaloir les intérêts des investisseurs étrangers sur ceux de la population nationale. Ils justifient les financements faramineux investis dans l’aide logistique aux groupes anti-russes ainsi que l’effort déployé par les media occidentaux pour tenter de faire passer pour une révolution populaire et pacifique ce qui n’est ni plus ni moins qu’un coup d’État.

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56 réflexions sur “Qui est derrière le coup d’État en Ukraine ?

  1. Bravo pour votre article.. allez vous faire un article sur ce qui se passe au Venezuela, qui finance l opposition.. en dehors des aspects economiques? Salutations

  2. Vos articles sont vraiment excellents ! Très intéressant ! Je vous lis par le biais du site d’E&R (dont je ne suis pas membre mais qui constitue ma principale source d’informations) qui relaie vos articles. Merci et continuez.

  3. Analyse re-mar-qua-ble.
    Mais que faire ? Que faire de cette clairvoyance ?

    Emballé par votre blog, j’ai commandé votre ouvrage sur la Révolution sécuritaire.

    Continuez, c’est un bonheur.

  4. Qui est derrière le coup d’État en Ukraine ? - Les Observateurs

  5. Qui est derrière le coup d’État en Ukraine ? | Philippehua's Cellule 44

  6. Une analyse très détaillé, objectif, pertinente et assez complète sur le sujet
    merci pour votre neutralité on n’en voit plus des articles de cet acabit ..

    Au plaisir de vous relire !!

  7. L’UE veut des sanctions contre l’Ukraine, mais pas de sanctions contre Obama? | Wikileaks Actu Francophone

  8. j’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre article. Je savais que quelque chose ne tournait pas rond en Ukraine mais quoi ?….maintenant je le sais et vous en remercie.
    je reblog et vous suit 😉

  9. A reblogué ceci sur la bulle des machins choseset a ajouté:
    A toutes mes lectrices et lecteurs, si vous aussi trouvez que quelque chose ne tourne pas rond en Ukraine mais que vous ne savez pas quoi et que vous avez l’impression qu’on nous prend pour des imbéciles, lisez cet article et vous y verrez plus clair 😉

  10. UKRAINE – Qui est derrière le coup d’État ? « Mouvement des Citoyens Malagasy de Paris

  11. J’ai lu votre article par le biais du blog de bulle12, c’est surprenant comment on peut se faire manipuler en nous faisant avaler des tas de trucs ! moi aussi je sentais que cette manifestation n’était pas très nette (entrendre par là : spontanée), mainteant je comprend mieux pourquoi. Merci pour les infos

  12. excellent article, il faut également faire le lien avec le gaz russe dont l’Europe est dépendante, les découvertes de gaz au Qatar et la guerre des gazoducs en Ukraine et en Syrie.

  13. Stratégie du choc : après la Grèce, l’Ukraine ? – Nicolas Bourgoin

  14. "Stratégie du choc" : après la Grèce, l’Ukraine ? – Nicolas Bourgoin

  15. Je suis tout à fait d’accord avec vous, sauf au début quand vous dites : « Après avoir tenté en vain de faire tomber le régime de Bachar al-Assad à grands renforts de campagnes médiatiques mensongères et de livraisons d’armes aux rebelles ».
    Je suis désolé, je vais sortir du sujet principal (l’Ukraine), mais il y a des choses qu’il faut absolument dire.
    En effet, si l’Occident voulait vraiment faire tomber Bachar, il l’aurait fait depuis longtemps en fournissant à l’opposition syrienne des armes de pointe (notamment les anti-chars et antiaériennes). Je vous cite une déclaration importante d’un chef de l’Armée Libre Syrienne (à ne pas confondre avec les djihadites), qui a dit que les Etats Unis ne laissent pas entrer ce genre d’armes, et laissent passer seulement les « petits » armes. Pire encore, un responsable américain a dit il y a quelques semaines que « notre stratégie est de garder un équilibre militaire dans le terrain, pour finalement « obliger les deux côtés à trouver une solution politique » ».(*)
    Bachar était utile pour l’Occient. Contrairement à son discours anti-israélien, il n’a jamais commis un acte contre Israel. L’Occident et Israel gagneront beaucoup plus en laissant la Syrie se détruire.
    D’ailleurs vous pouvez comparer la réaction de l’Occident vis-à-vis de la révolution syrienne et leur réaction face aux autres révolutions arabes de 2011. En Tunisie, en Egypte et surtout en Libye, l’Occident n’a pas tarder à réagir politiquement et médiatiquement (voire militairement). Par contre, en Syrie, même si la répression était plus féroce, il a fallut six mois avant que Hilary Clinton dise que Bachar doit quitter. Et maintenant après trois ans de guerre civile, le comportement de l’Occident montre qu’il n’y a pas du tout une vraie volonté pour faire tomber le régime de Bachar ».

    (*) Je n’ai pas les sources maintenant, cependant, si vous voulez vous assurez, je peux les rechercher tout de suite.

  16. Merci pour l’article très interessant. Pourtant, il y a un aspect que vous ne mentionnez pas :
    Zbigniew Brzezinski, l’ancien conseiller de Jimmy Carter, conseiller d’Obama, membre du Comité Bilderberg et de la Commission Trilatérale ainsi que du Council on Foreign Relations, un think tank américain, a publié en 1997 une analyse de la stratégie globale américaine: “The Grand Chessboard. American Primary and Its Geostrategic Imperatives“ (Le grand échiquier. L’Amérique et le reste du monde) où il a écrit:
    «L’Ukraine est un espace important sur l’échiquier eurasien, parce que son existence même d’État indépendant contribue à la transformation de la Russie. Si Moscou reprenait le contrôle de l’Ukraine, avec ses 52 millions d’habitants, d’importantes ressources minières et avec l’accès à la mer Noire (les ports russes d’Odessa et de Sébastopol), la Russie aurait les moyens d’être un empire puissant, comprenant l’Europe et l’Asie. Sans l’Ukraine, la Russie ne peut plus devenir un empire eurasien. [Par conséquent, il y a aux États-Unis] de plus en plus un consensus que les pays d’Europe centrale, les républiques baltes [et] à un certain moment, entre 2005 et 2010, l’Ukraine, doivent être inclus dans l’UE et dans l’OTAN. L’Europe de l’Ouest et l’Europe centrale vont largement rester un protectorat américain, dont les membres ressemblent aux états vassaux d’antan payant un tribut. Chaque élargissement de la sphère d’influence européenne élargit automatiquement la sphère d’influence directe des États-Unis. Ainsi une telle Europe pourrait fonctionner comme pilier essentiel d’un système eurasien de sécurité et de coopération, sous tutelle américaine. Compte tenu de l’intérêt géopolitique spécifique de l’Allemagne et de la Pologne pour l’indépendance de l’Ukraine, il est également envisageable que l’Ukraine soit progressivement intégrée dans les relations particulières entre la France, l’Allemagne et la Pologne. [Pour cette raison] l’Amérique et l’Allemagne sont devenus les fervents défenseurs d’une identité indépendante de Kiev, les politiciens américains décrivant la relation américano-ukrainienne comme un «partenariat stratégique», comme ils avaient décrit la relation des États-Unis avec la Russie.
    Les analystes russes de la politique étrangère des États-Unis soutiennent (pas totalement à tort) que «les États-Unis visent une réorganisation des relations intergouvernementales à travers l’Eurasie … selon laquelle il ne devrait pas exister sur le continent une grande puissance mais plusieurs puissances moyennes, relativement stables et assez fortes … qui inévitablement resteront inférieures, en tant qu’individus et comme collectif, aux des États-Unis ». Les analystes chinois ont reconnu que « L’objectif stratégique des États-Unis est d’étendre leur hégémonie sur le monde entier, ils ne peuvent donc pas accepter qu’une grande puissance surgisse en Europe ou en Asie qui, un jour pourrait menacer leur position dominante. »
    Ainsi, le scénario envisagé par Brzezinski s’est développé comme prévu, les services secrets américains n‘y sont pas pour rien. En fait, en organisant la deuxième révolution en Ukraine ils ont fait d’une pierre deux coups, ils affaiblissent la Russie en prévenant la création de l’Union eurasiatique de Poutine et ils affaiblissent l’Union européenne en préparant l’intégration de l’Ukraine à l’OTAN et à l’UE. Et l’Europe se laisse abattre pour nuire à la Russie et satisfaire l’Amérique.

  17. Mais qu’arrive-t’il au golfe persique ? – Hen Sen

  18. Les Quatre Cavaliers, le roman de l’Apocalypse. À découvrir ! – Nicolas Bourgoin

  19. Ukraine: l’Occident jugé coupable – news sans frontières

  20. Ukraine: l’Occident jugé coupable | Réseau International

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