Aggravation de la « crise » et fuite en avant sécuritaire : l’éternel retour.

Plusieurs événements récents sont venus bousculer une actualité pourtant riche en reculs sociaux : achat de drones américains et israéliens par la France (tout un symbole !), postures autoritaires de Manuel Valls et arrestations massives lors des manifestations anti-mariage pour tous, paranoïa antiterroriste et islamophobie galopante suite à l’agression d’un militaire à la Défense (!), nouvelles interpellations dans « l’affaire Mehra », bruits de bottes en Syrie sur fond de média-mensonges. L’impérialisme est confronté une fois de plus à une aggravation de la « crise », autrement dit à un durcissement des contradictions sociales et économiques, contre laquelle il ne peut rien, ou pas grand chose. Restent la bonne vieille méthode de l’écran de fumée idéologique (diviser les pro et anti-mariage gay – en attendant les pro et anti-droits de vote aux étrangers – pour mieux régner)… et la fuite en avant sécuritaire.

 
Répression rime avec récession : (quasi-)invariablement, les périodes de recul économique ont vu un accroissement du nombre de détenus, en France comme ailleurs. Toutes les études réalisées sur ce rapprochement aboutissent à ce résultat qu’on peut ériger au rang de « loi sociale »[1]. Mis en échec par la conjoncture économique, le pouvoir reprend la main sur les questions de sécurité en durcissant le ton et les actes. Tolérance zéro pour ceux qui ne se soumettent pas aux rigueurs de l’économie libérale et aux dégradations de leurs conditions de vie. Cette relation se vérifie une nouvelle fois pour la période récente.
L’évolution du taux de détention est corrélée négativement à celle de la croissance du PIB depuis 35 ans : la période qui débute en 1975 est caractérisée à la fois par un ralentissement tendanciel de la croissance économique et une montée durable du taux de détention. La décennie 2000 est marquée par un emballement sécuritaire et une chute accentuée du taux de croissance du PIB.  Enfin, les années de reprise provisoire à la fin des décennies 1980 et 1990 sont aussi celles où la population carcérale a diminué et le retournement de conjoncture qui a suivi s’est à chaque fois traduit par un accroissement du recours à la prison.

            Les politiques de réduction du coût du travail menées contre les salariés dans la décennie 1980 ont entraîné une diminution de la part des salaires et des cotisations sociales dans la richesse produite. La Révolution néolibérale, contemporaine de la Révolution sécuritaire, s’est traduite par une progression continue du montant des dividendes versées aux actionnaires depuis 1976 et d’une baisse concomitante de la part des salaires dans la valeur ajoutée. Elle a assuré une hausse momentanée du taux de profit (rapport de l’excédent net d’exploitation au stock net de capital fixe) des sociétés non financières qui se stabilise dans la décennie suivante pour ensuite diminuer durablement après 1999 en raison de la chute de la productivité du capital.  L’ensemble des entreprises françaises connaissent une baisse de leur taux de profit d’environ 20 % entre 1998 et 2008[2]. Isaac Joshua note a ce propos : « le modèle néolibéral a tourné court. Il l’a fait, par les effets désastreux d’une confiance aveugle d’un marché fétiche, mais tout autant par son incapacité à faire face durablement au défi de la profitabilité, ce pour quoi il a précisément été instauré[3] ». L’instabilité financière produite par la Révolution néolibérale a d’ailleurs les mêmes effets d’un côté et de l’autre de l’Atlantique en provoquant une baisse tendancielle des indices boursiers à partir de l’automne 2000. Celle-ci s’accompagne d’un durcissement des politiques de remise en cause des acquis sociaux et, par ricochet, d’une accélération du processus sécuritaire constatée après 2001 dans l’ensemble des pays industrialisés.

            La misère toujours plus grande provoquée par l’austérité à perpétuité made in EU offre un bel avenir à la politique du bâton (et de la matraque !)

Nicolas Bourgoin


[1] Voir mon livre, La Révolution sécuritaire (1976-2012), Champ social éditions, 2013.

[2] INSEE, compte des sociétés non financières, statistiques reprises par Issac Joshua, « Note sur la trajectoire du taux de profit », Contretemps, (http://www.contretemps.eu/fr/interventions/note-sur-trajectoire-taux-profit).

[3] I. Joshua, « Note sur la trajectoire du taux de profit ».

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