Réponse à Pierre Tournier (suite). Pourquoi autant de haine ?

Dans son dernier numéro d’Arpenter le Champ Pénal, Pierre Tournier se livre à une critique plus précise de mon travail. Il a relevé un certain nombre d’erreurs factuelles que je lui sais gré de me signaler. Toutefois, au-delà de ces points techniques il est dommage que Pierre Tournier n’aborde pas le fond de mon propos car cela aurait permis aux lecteurs d’ACP de comprendre les citations extraites de mon livre, qui apparaissent ici hors contexte et donc sans signification. Je vais donc rappeler brièvement mon argumentaire.

Depuis le milieu des années 1970, et encore plus depuis 10 ans, on assiste en France à une hyper-inflation carcérale : les taux de placement sous écrou et de détention (les deux étant en effet à distinguer) augmentent comme jamais auparavant. Elle est le produit à la fois d’un accroissement des entrées sous écrou ou en détention,  et d’une augmentation régulière du temps moyen passé sous écrou ou de la durée moyenne de détention. Le taux de placement sous écrou a plus que doublé depuis 1975. Cette augmentation du nombre de détenus est davantage le résultat d’un durcissement des politiques pénales que d’une augmentation des faits délinquants (le volume de la criminalité constatée par la police et la gendarmerie a notamment décru entre 2001 et 2011).

Cette nouvelle politique punitive est liée à l’intensité la crise économique comme le montre les évolutions similaires des taux de détention et de chômage depuis 1975. L’intransigeance affirmée face aux désordres délinquants, aussi bien dans la législation – 61 lois sécuritaires entre 2002 et 2012 – que dans les pratiques – près de 600.000 gardes à vue (hors délinquance routière) en 2009 contre un peu plus de 300.000 en 2001 – est une façon pour les gouvernants de reprendre la main. L’appareil d’État est tenté de retrouver avec le pénal la légitimité qu’il a perdue par son incapacité à répondre efficacement à la crise, autrement dit de gérer par la force les contradictions sociales. L’État policier remplace progressivement l’État providence. Cette posture autoritaire le conduit à renforcer le contrôle social, en particulier la surveillance des populations, et à modifier progressivement le droit pénal dans un sens de plus en plus répressif, notamment par une multiplication des procédures d’exception.

Le danger fasciste est donc une réalité et non un fantasme de gauchiste. Cette évolution concerne l’ensemble des pays développés à l’exception notable de quelques-uns (Pierre Tournier évoque le cas de l’Allemagne mais on pourrait aussi prendre l’exemple des Pays-Bas). Les droits des justiciables reculent, ainsi que les libertés publiques, tandis que les pouvoirs donnés à la police et aux services de renseignement augmentent. Le nier ou le cacher derrière des critiques formelles est faire le jeu de ces forces réactionnaires. Au lieu d’une présentation honnête et équilibrée de mon travail, Pierre Tournier se livre à une entreprise de démolition dont les mobiles m’apparaissent davantage de nature politique que scientifique. Je ne peux que le regretter.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s